Conte d'enfants au sujet de la Séparation
Après M/other et Un Couple Parfait, Suwa Nobuhiro revient avec Yuki et Nina, en compagnie de son ami Français Hyppolite Girardot qui, en plus d'être acteur, est également le co-réalisateur de ce long métrage.
Sans doute plus cadré et donc moins expérimental que son film précédant, Suwa s'intéresse encore une fois à la séparation, son sujet de prédilection (déjà présent dans les deux précédents films). Ici, cependant, la séparation s'intéresse au sort des enfants qui en subissent les conséquences (Yuki doit laisser sa vie en France et rentrer au Japon avec sa mère).
Le film se déroule en deux parties. La première expose les dissensions du couple et la séparation, avec le projet naissant de Yuki de réaliser une fugue, aidée par sa pétillante amie de classe Nina. La deuxième concerne la fugue, le film glissant vers le fantastique, laissant penser au Voyage de Chihiro ou plus encore, à la Forêt de Mogari. Cette fugue devient une réussite quand Yuki arrive à fuir le monde réel et avec le monde des adultes. La forêt sert de refuge à l'innocence enfantine. Il est aussi bien entendu le lieu où l'on abandonne les enfants dans les Contes (puisque c'est bien ce sentiment d'abandon qui pousse Yuki à partir dans la forêt).
Comme à son habitude, Suwa propose des scènes extrêmement soignées, où il se passe quelque chose sur plusieurs plans : Yuki qui écoute ses parents qui sont dans une autre pièce; Yuki et son père qui discutent tandis que la mère part dans la cour, en arrière plan, derrière la fenêtre; la dispute des deux petites filles où l'on voit l'une qui part et disparaît, l'autre qui attend, regarde et puis s'en va. Et quand elle s'en va, on revoit l'autre petite fille en arrière plan.
Si le film est plus cadré, plus écrit, Suwa et Girardot laissent une grande part à l'improvisation, comme à l'habitude du réalisateur Japonais (on peut d'ailleurs voir la même chose dans la Forêt de Mogari, déjà cité, réalisé par Kawase Naomi). Cela permet de donner un côté authentique, comme des instants réels pris sur le vif par une caméra invisible (les filles "jouent" avec un naturel désarmant). Il y a aussi ces scènes où les acteurs adultes peuvent s'exprimer, comme la mère (jouée par Shimizu Tsuyu) éclate dans une scène de sanglots devant sa fille, en un long plan de plusieurs minutes. A l'inverse, voir le père (joué par Hippolyte Girardot, donc), mettre la musique à fond et sauter comme un cabri, se sentant si léger après avoir retrouvé sa liberté, réveillant sa fille.