Le salopard des ténèbres

Avis sur Alan Wake sur PC

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Version PC

Porté à bout de bras par le studio Remedy et sensation de l'E3 2005 lors de sa présentation, le projet Alan Wake a ensuite pris son temps avant de finalement débarquer en 2010 sur Xbox 360. À l'époque exclusif à la console de Microsoft, il devait représenter un fer de lance, un palier technique et narratif et s'imposer comme une nouvelle référence. Trois millions de copies et un portage PC plus tard, le pari est plus ou moins relevé, mais pourtant aucune suite n'est à l'horizon après l'abandon d'un prototype voici quelques années. Mais de quoi ça parle au juste, Alan Wake ?

SI TWIN PEAKS M'ÉTAIT CONTÉ

Le jeu Alan Wake tire son nom de son personnage principal, ci-devant écrivain de thrillers, lequel décide de faire un break afin de retrouver l'inspiration dans une verdoyante petite ville de l'Orégon nommée Bright Falls. Végétation luxuriante, imposants et gigantesques arbres, montagnes, petits lacs, difficile de ne pas repérer les emprunts (nombreux) à Twin Peaks de David Lynch, y compris parmi les personnages. Alice, l'épouse - et muse - d'Alan est l'instigatrice du voyage, malheureusement dès l'arrivée du couple en ville le héros comprend que des choses un peu louches se trament... alors lorsque sa femme disparaît, Alan se met à sa recherche, et c'est là que ça se gâte. Dans tous les sens du terme.

D'une ambiance délicate à la Twin Peaks, l'histoire vire immédiatement au Stephen King des mauvais jours. Pourchassé par une créature semblant faite d'ombre, Alan est la proie d'ennemis vifs et à première vue invulnérables. Afin de percer leur bouclier de noirceur, il faudra donc pointer sur eux une torche et en "concentrer" le rayon ce qui aura pour effet immédiat de drainer les piles Energizer à l'intérieur. Un product placement assez honteux mais même pas le pire du jeu, ce privilège échoyant aux immenses billboards Verizon. Une fois ce bouclier détruit, les ennemis sont cette fois achevables à l'aide de l'une des armes disponibles - revolver, fusil à pompe, fusil de chasse, pistolet de détresse, flashbang...

MARCHE OU CRÈVE

L'un des premiers problèmes est que ces vagues d'ennemis, jamais bien subtiles - il y en aura quasi systématiquement un qui apparaitra dans votre dos, avec parfois un laps de temps extrêmement court pour réagir, juste pour vous faire chier - sont si nombreuses qu'elles en deviennent extrèmement prévisibles. Difficile d'apprécier la froideur et l'ambiance pesante d'une randonnée en forêt de nuit lorsque l'on est constamment interrompu par des gros mecs en chemise de hipster qui veulent vous faire la peau à coups de couteau ou de hache... les ralentis lorsque les ennemis apparaissent deviennent également source de frustration, puisque même si l'on peut ainsi repérer une attaque venant dans le dos il n'est pas toujours possible de réagir assez vite pour se défendre. Et ne parlons pas des fréquentes attaques de poltergeists qui enverront valdinguer sur le joueur des éléments du décor.

Le deuxième problème est que le héros, Alan, est absolument détestable. C'est un gros connard. Il est désagréable avec tout le monde, a des réactions complètement aberrantes, bref durant tout le jeu il est très difficile de ne pas le haïr, notamment lorsqu'il est casse-couilles avec son "meilleur ami" Barry, lequel apporte un peu de légèreté bienvenue en trimballant avec lui un cutout publicitaire d'Alan...

Enfin le dernier souci est qu'il n'y a pas que Alan à être mal écrit : c'est le cas de la plupart des autres personnages... et la narration est ratée, pour rester poli. Passe encore que la fin soit ouverte et n'apporte pas tellement d'explications, passe encore que les deux épisodes additionnels en DLC n'en apportent au final pas beaucoup plus, mais que tout ceci est mal raconté... entre l'agent du FBI hyper agressif sorti de nulle part, et dont il ne sera plus jamais question dès lors qu'il se fera happer par l'ombre, la ville en proie aux créatures de l'ombre chaque nuit mais où curieusement ça n'a l'air de déranger personne, et ce pan de scénario volontairement confus sur l'amour entre le précédent romancier et la jeune fille locale devenue méchante... c'est bien simple, tout ce qui n'est pas plagié ailleurs ne tient pas vraiment debout.

A. WAKE, LE JEU QUI FAIT DORMIR

C'est dommage, parce que malgré un développement commencé tôt et un âge qui se fait sentir notamment dans les contrôles, avec certains passages nécessitant de sauter particulièrement mauvais, le jeu est encore assez présentable, sur PC tout du moins en poussant tous les détails à fond.

Mais la répétitivité de l'action, avec ces vagues d'ennemis qui reviennent encore et encore, inlassablement, ces interminables épisodes 3 et 4 durant lesquels le scénario progresse à peine, ce lipsync raté qui gâche le jeu des acteurs, et la bêtise du scénario font que j'ai dû me faire violence pour terminer le titre.

Un beau gâchis.

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