Battlefield 1918: Captain America Edition

Avis sur Battlefield 1 sur PC

Avatar Léonard De Van Gogh
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Version PC

Quand on vous dit "première guerre mondiale", vous pensez à quoi?
Aux tranchées, aux hommes qui partent la fleur au fusil et la chanson à la bouche à l'été 1914, à Verdun, à la Marne, aux Dardanelles, à l'artillerie qui rugit, aux biplans? A quatre ans de boucherie permanente et de conflit qui bat tout les records d'absurdité ? Aux moustaches pointues de nos arrières-grand-pères sur les photos?

Très bien. Maintenant, vous allez me faire le plaisir de prendre votre cerveau et votre intérêt pour l'Histoire, et le mettre à la porte si vous comptez jouer à Battlefield One.

Alors que la plupart des fps "triple A" se passionnent ces derniers-temps pour les conflits futuristes, avec ce que ça compte de lasers, de piou-piou et de "taggle c'est le futur3", Electronic Arts a surpris tout le monde en annonçant faire revenir Battlefield en arrière, jusqu'à la première guerre mondiale.
Aujourd'hui, le jeu est sorti, et tout le monde s'extasie, tout le monde ou presque. Les suédois de DICE ont abattu un travail incroyable: comme d'ordinaire, le jeu est absolument magnifique et le moteur graphique Frostbite 3 est époustouflant. Textures, effets de lumière, fumée, c'est beau, y'a pas à dire. Et bien optimisé avec ça: dès la sortie, le jeu ne mettra pas à genoux votre configuration (n'espérez tout de même pas y jouer confortablement avec un PC vieux de trois ou quatre ans).

DICE rénove sa formule et récure dans les coins: pas avec un bouleversement total du jeu, mais avec toute une série de petites améliorations qui relèvent (enfin) le niveau.

Par exemple, fini les empoignades aux points de réapparition pour attraper un blindé ou un avion: dorénavant, vous apparaîtrez directement dedans après l'avoir choisi sur la carte. De plus, ils ne serviront plus de taxi pour être abandonné sous le nez de l'ennemi sur un point éloigné: si vous apparaissez dans un char, vous aurez une nouvelle classe de soldat, celle de membre d'équipage, avec une carabine pour vous défendre et le nécessaire pour réparer votre tacot (précisons aussi une nouvelle animation de rentrée dans les véhicules, qui renforce agréablement l'immersion.)

Pareillement, des classes d'élites ont été créées, a ramasser sur le champ de bataille, pour jouer un énorme soldat blindé a l'aide d'une armure, ou un lance-flammes.

Ou encore la météo dynamique qui varie agréablement les affrontements; et le fantastique mode Opérations, qui permet enfin de ressentir le vrai champ de bataille, avec une mise en situation et des secteurs à capturer.

Bon bah alors, qu'est-ce qui va pas?

J'y viens.

Premièrement, l'ambiance 14-18 va commencer a foutre le camp dès l'instant où vous allez vous apercevoir que le jeu est rempli d'armes automatiques. Fusils-mitrailleurs, semi-automatiques, mitrailleuses et pistolets-mitrailleurs; seul l'Éclaireur possède des fusils à verrou, qui étaient pourtant l'arme de base de la Grande Guerre. Boooon... d'accord, il faut que ça reste dynamique et gnagnagna, ok très bien, mais dans ce cas pourquoi choisir comme contexte une guerre qui est restée ultra statique dans sa majorité, et où les armes automatiques étaient une exception? De cette particularité, il ressortira donc souvent une impression étrange de jouer à un Battlefield 1939. Surtout qu'en plus la vitesse de déplacement de base est très, très rapide, et que le jeu encourage a une extrême nervosité.

Deuxièmement, si vous espérez jouer un "poilu" français, vous allez vous mordre les doigts. En effet, et malgré les déclarations ronflantes d'Electronic Arts qui déclarait vouloir "respecter les belligérants et les représenter de la façon la plus authentique possible", le jeu propose les armées ottomanes, britanniques, allemandes, italiennes, américaines, austro-hongroise... et c'est tout.
La France? Aux oubliettes.
Oui oui, la moitié des cartes du multijoueur sont sur le front français, celle du solo aussi; oui la France et ses armées ont enduré quatre ans de guerre, de destruction, des pertes abominables, oui les français se sont battus à mort contre l'Allemagne, en France et dans les Balkans ainsi qu'en Afrique, et non, ils ne sont pas là.

Pourquoi?

Parce que "l'armée française était tellement importante qu'il faut lui réserver du contenu spécial, aussi elle arrivera dans un DLC prévu plus tard dans l'année", dixit le directeur créatif de DICE en personne, avec un air gêné et la sueur qui lui perle du front.

Passons donc sur cet énorme bullshit marketing et sur la communication du jeu qui s'astiquait allègrement le poireau en déclarant représenter des passages inconnus de la guerre (pour mémoire, les "passages inconnus" en question, c'est le débarquement des Dardanelles, la bataille de la Marne et le front italien; ça revient à faire un jeu sur le Débarquement du 6 juin en disant "On va vous surprendre pasque c'est un truc que t'as jamais vu frère, juré! Le Débarquement de Normandie, ça a jamais été fait hein, tak tak tu connais pas? Clique bâtard!" ). Pourquoi écarter gratuitement le plus important belligérant de la guerre à l'ouest?

Réponse: parce qu'en plus d'être des gros cons francophobes (ce n'est pas la première fois qu'EA fait ce coup-là, coucou Medal of Honor: Warfighter), les équipes marketing d'Electronic Arts ont trouvé un bon moyen de revendre l'armée française dans le premier DLC, prévu en mars, qui ajoutera... quatre cartes.

Quatre cartes pour le principal belligérant de la Triple-Entente sur le front de l'Ouest; pendant que les américains se pavanent tranquillou billou dans le jeu de base, bannière étoilée au vent et brushing en avant, eux qui, rappelons-le, se sont pointés sur le front six mois avant la fin des hostilités.

Oui, c'est aussi stupide que de sortir un Battlefield: Guerre du Pacifique avec l'armée japonaise en DLC.

Aaaah, mais si! J'oubliais! Les français sont dans le solo: durant les 90 premières secondes du prologue, on peut apercevoir au troisième plan cinq soldats apparemment français.
Après, c'est fini, plus aucune allusion au plus gros belligérant allié sur le front de l'Ouest. Et si vous ne me croyez pas, eh bien vérifiez-vous même.

Alors, quoi? Alors, le jeu est très bon, mais il vous crache au visage en tant que joueur français. Deux solutions:

SOIT vous vous en foutez, auquel cas foncez, vous aurez un bon Battlefield dans les mains.

SOIT, comme moi, cette attitude qui touche au révisionnisme par omission vous donne la nausée; et vous dites à EA d'aller se faire mettre.

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