Entre jeu et film : une magnifique expérience interactive (garantie sans spoil).

Avis sur Beyond: Two Souls sur PlayStation 3

Avatar Camiille
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Version PlayStation 3

Allez, je me lance.

Nous avons là un jeu fort atypique que, par nature, beaucoup de joueurs auront énormément de mal à appréhender, donc à apprécier.
Il suffit de lire les forums pour comprendre où est le problème : entre jeu et film, Beyond divise.
Il va donc falloir tout reprendre pour comprendre à quoi nous avons à faire.

Parlons d'abord d'un grand point de discorde, l'aspect film très marqué du jeu. Beyond est et sera sans nul doute très critiqué, non pas parce qu'il a été conçu et développé à la manière d'un film mais pour le pendant de ce choix : la pauvreté du gameplay.
En toute logique, l'accent a été mis sur le scénario, la mise en scène, la photographie et la performance des acteurs, au point que le gameplay, autour duquel gravite toute expérience vidéoludique, est volontairement appauvri.
Comment cela se traduit-il? Par un environnement quasi intégralement scripté et dans lequel on avance avec un joystick et des QTE.

À l'heure où la tendance tend plutôt vers l'open world, c'était un choix très risqué de la part de Quantic Dream mais aussi très original.
Si le but était de rapprocher l'univers des jeux vidéos de celui du cinéma, alors ce choix s'imposait de lui-même.
On comprend qu'on a voulu déplacer l'intérêt du joueur ailleurs que dans la sacrosainte liberté, sur des éléments plus profonds, plus contemplatifs.
David Cage en appelle à une dimension pourtant connue du jeu vidéo : le role play, qui impose en principe de ne pas agir en contrariété avec l'univers du personnage et sa psychologie. Les seules différences ici, c'est que la psychologie du personnage est prédéterminée et l'aspect RP imposé.
Toutefois, si ténue soit-elle, la liberté existe : d'abord parce que si l'environnement est scripté, on peut ne pas tout explorer ni tout faire avec Jodie, ne pas forcément tout détruire ou ne pas écouter Jodie quand elle fait une demande à Aiden.
On peut faire des choix, bien que leur impact ne se fasse pas toujours suffisamment ressentir dans la suite du scénario.

Autre point de discorde, la durée de vie.
Celle-ci pose problème parce qu'elle est plus courte que ce qui est couramment admis pour un jeu mais trop longue parce que ce n'est pas un film.
En gros, jouer à un jeu d'une dizaine d'heures, ça fait cher l'heure de jeu. Mais un jeu d'une dizaine d'heures où on est quasiment réduit au rôle de simple spectateur, non merci.
Ici, je répondrais simplement qu'il est vain de chercher à savoir si le jeu est trop long ou trop court, il faut simplement y jouer et vivre l'expérience (car oui, la plupart de ceux qui ont formulé cette critique n'avaient pas encore joué, ce qui est formidable).

On remarque, au travers de ce dernier grief, que Beyond pose un sérieux problème d'étiquette. Et moi, j'ai un très sérieux problème avec le fait même de s'obstiner à vouloir poser des étiquettes.
En réalité, la notation ne colle pas parce qu'elle essaie de correspondre à un film ou à un jeu.
Et si ce n'était ni l'un, ni l'autre? (l'appellation "film interactif" me parait inappropriée).

Il nous est offert d'entrer dans la vie de Jodie, de l'accompagner dans différents moments qu'elle a vécus. Tantôt on contrôle Jodie, tantôt on contrôle Aiden.
On ne joue pas ; on contemple, on s'émeut de ce qui arrive au personnage et on l'accompagne en le dirigeant dans ses choix, son comportement.
Il est évident que c'est trop peu pour la plupart des joueurs, mais il est tout aussi évident que Beyond ne doit pas être abordé comme un simple jeu qu'il n'est plus vraiment, ni même comme le film qu'il ne sera jamais.

Bon, évidemment c'est très beau. J'ai envie de dire que ça peut, vu le temps qu'on passe à regarder.
La mise en scène est très travaillée (merci le motion capture), de même que les aspects visuels (décors, environnements, protagonistes, etc.) et sonores (magnifique BO, excellente ambiance sonore). La trame du scénario est fort décousue mais ce n'est pas réellement gênant si on se donne la peine de suivre (une trame temporelle est donnée à chaque changement de chapitre pour situer les évènements) ; certains ont pu dire que c'était inutile, je dirais qu'il me semble que ça permet de ne pas s'installer dans la routine d'évolution progressive de un personnage et de donner une bonne dynamique à l'histoire de Jodie.
Pour ce qui est du scénario en lui-même, il délivre une histoire basique et bourrée de clichés plus ou moins criants, mais la mise en scène ainsi que la prestation d'Ellen Page, impressionnante, compensent ce manque de qualité.
La rejouabilité est préservée grâce à un système de chapitres qui permet au joueur de modifier ses décisions en choisissant de revivre le chapitre de son choix, avec ou sans sauvegarde.

J'ai juste quelques regrets sur certains mécanismes assez attendus pour susciter une réaction chez le joueur lorsqu'il faut faire un choix.
Je déplore également certains placements de caméras un peu maladroits car très dirigés, ne laissant pas une liberté devenue quasi intuitive avec une caméra subjective classique. Ici, faire 360 degrés à la caméra autour de Jodie devient parfois pénible.
Enfin, point de différence avec la démo, le contrôle d'Aiden est par défaut balisé. Pour un peu plus de liberté, il est nécessaire de modifier cet aspect dans les menus du jeu.

Bref, l'expérience est là, et il y a un vrai travail.

Que ce ne soit pas la came de certains, certes.
Mais descendre un jeu parce qu'il ne correspond pas à l'idéal qu'on se fait d'un jeu, c'est idiot, particulièrement dans ce cas.
Il faut apprécier Beyond tel quel, sans chercher à le définir ou à le comparer. Il faut juste y jouer et voir ce qu'on ressent. C'est tout.

On est donc face à ce que je qualifierai d'expérience interactive. Ni jeu, ni film, c'est pour moi une expérience intense, tout à fait inédite (je n'ai pas joué à Heavy Rain, qui parait-il en est très proche, ou à un autre jeu exploitant ce concept) et très agréable.
J'apprécie l'ampleur du travail fourni sur les aspects mis en valeur à la manière d'un film et la façon dont on m'y a intégrée à la manière d'un jeu.
J'adhère à une autre façon de jouer, de vivre une histoire, d'y participer.

Quand je l'ai acheté, je n'en attendais rien, si ce n'est de voir dans quoi j'allais me lancer. Je savais simplement qu'il serait particulier. Je n'ai pas été déçue, loin s'en faut.
Honnêtement, on s'en fout de savoir si c'est plus un film qu'un jeu, ou le contraire.
Et bien sûr, je recommande.

Je terminerai par un élément qui m'a profondément touchée : Aiden est sans nul doute le rôle clé du jeu car il est le joueur, l'expression dans le jeu de bon nombre des sentiments que le joueur ressent pour Jodie. C'est par lui qu'une très grande partie de l'immersion se fait, c'est par lui que l'émotion passe et que le lien se fait réellement.
C'est bien ce rôle et tout ce qu'il véhicule, il me semble, qui rend cette aventure assez unique.

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