Opus Magnum

Avis sur BioShock Infinite sur Xbox 360

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Test publié par le (modifiée le )
Version Xbox 360

Bioshock premier du nom était un jeu malin, du genre à nous bluffer avec sa direction artistique d'anthologie, sa technique impeccable et ses effets visuels éblouissants, sans s'interdire un propos philosophique dense ni un twist désormais mythique, dont la phrase-clef se voit aujourd'hui régulièrement panthéonisée au firmament des meilleures citations vidéoludiques. Difficile, dans ces conditions, de succéder au "FPS le plus primé de tous les temps" ! Assez logiquement, Bioshock 2 (développé par 2K Marin et 2K Australia, sans le concours d'Irrational Games Boston) fut boudé par de nombreux fans du premier volet, critiqué pour son gameplay 1.5 et son recyclage de la ville sous-marine de Rapture, malgré de nombreux apports scénaristiques passionnants et une maîtrise du rythme narratif sans faille.

L'arrivée de Bioshock Infinite, cinq ans et demi après son glorieux ancêtre, marque le retour de Ken Levine (le père spirituel de la franchise) au commandes de la série, mais soulève de nombreuses interrogations... En particulier : y a-t-il encore un Bioshock sans Rapture ? La cité objectiviste d'Andrew Ryan était sans conteste le personnage principal de la première aventure conçue par nos Bostoniens préférés... Transposer l'action dans l'utopie céleste de Columbia (certes magnifique d'après les premiers trailers et screenshots) pour nous rejouer le coup de poker créatif du Grand Ancien : le pari était risqué... mais le résultat dépasse toutes les espérances ! Après douze heures de jeu, je viens de vivre la conclusion de cette nouvelle aventure urbaine... et je suis totalement sous le charme.

Œuvre au noir

Les premiers instants d'Infinite sont bien étranges, placés sous le double patronage du premier opus (un phare mystérieux, tel un écho brumeux sorti du passé, s'offre presque d'emblée aux interrogations du joueur) et de la célèbre expérience de pensée du Chat de Shrödinger, citation intrigante à l'appui.

Passée cette énigmatique introduction (qui ne prend tout son sens que dans les dernières heures de la narration), les premières heures de jeu sont principalement consacrées à la découverte de la cité flottante de Columbia, désormais invisible dans les cieux après avoir fait sécession avec les Etats-Unis d'Amérique. Nous sommes dans un 1912 alternatif et uchronique, où Pékin a été rayée de la carte par le feu divin de Columbia et où les mécanismes de la physique quantique trouvent des applications pratiques dans tous les domaines de la vie quotidienne. J'avoue avoir retenu mon souffle lorsque j'ai découvert les premiers bâtiments flottants de la vaste cité, qui lévitent doucement et s'amarrent à leurs voisins à heures régulières... Le capitalisme triomphant (ah, ces affiches de réclame "d'époque"...) et l'importance de la foi en Dieu et son prophète Zachary Comstock (véritable père fondateur de Columbia) évoquent un modèle américain poussé à l'extrême, qui s'exprime pleinement lors de la foire annuelle de la ville, où bonimenteurs et vendeurs en tout genre vantent les avancées technologiques les plus récentes et encouragent la jeunesse à perpétuer les valeurs sociales dominantes.

C'est dans ce contexte festif (au design particulièrement réussi !) que Booker DeWitt, le héros de ce nouveau Bioshock, entame son exploration de la cité céleste... bien décidé à rembourser ses dettes de jeu et à se libérer de son passé trouble en libérant la jeune Elizabeth de la gigantesque statue-prison de Monument Island. "Bring us the girl, and wipe away the debt !" Evidemment, tout ne se passe pas comme prévu, et Booker découvre bien vite qu'Elizabeth, en plus de constituer un enjeu majeur pour les fondateurs de Columbia, dispose de bien étranges pouvoirs...

Œuvre au blanc

La narration du dernier-né d'Irrational progresse de manière relativement posée durant la première moitié du jeu, et laisse une relative liberté d'exploration au joueur (nourriture, vêtements, munitions, upgrades sont planqués un peu partout dans les décors), malgré une progression globale plutôt linéaire. On découvre avec plaisir que les plasmids et autres tonics des premiers Bioshock ont été remplacés par des "vigors", des elixirs qui confèrent au courageux qui ose les boire des pouvoirs surnaturels... Projection de grenades incendiaires, invocation de corbeaux affamés, possession de machines (ou d'adversaires) et électrocution sont au rendez-vous, et s'utilisent exactement comme leurs ancêtres de chez Ryan Industries.

Les combats sont en revanche beaucoup plus musclés et dynamiques que dans les précédents volets : lors des affrontements, les grandes rues et les places monumentales de Columbia offrent en effet davantage de fantaisie que les couloirs exigus de Rapture ! Hélas, le feeling des armes, un brin trop mou, et le manque de variété parmi les ennemis empêchent de crier au génie ; d'autant que les "skylines", sortes de rails aériens (régulièrement mis en avant lors de la promotion du jeu) qui permettent quelques acrobaties, sont trop rares et trop peu exploitées pour dépasser le statut de sympathique gimmick.

La grande nouveauté de cet épisode, c'est sans conteste la jeune Elizabeth, qui accompagne Booker durant la majeure partie de l'aventure. Sa présence, toujours agréable, jamais exaspérante, apporte incontestablement une texture et une saveur rafraîchissantes à l'expérience de jeu. Elle découvre un monde qui lui était auparavant interdit, s'émerveille de sa liberté fraîchement conquise, commente les situations que rencontre le joueur, questionne le héros sur son passé et ses motivations, s'émeut des injustices sociales qui frappent les prolétaires de Columbia... Design impeccable, expressions du visage crédibles et variées, motion capture et voice acting au top : comment ne pas s'éprendre, même pour quelques heures, de cette compagne d'aventures virtuelle ?

Œuvre au rouge

A ce stade de mon expérience, après les attentes immenses qu'avait suscitées en moi ce nouveau Bioshock, le jeu méritait un solide huit sur dix, voire un neuf : design et ambiance excellents (malgré une qualité technique très moyenne sur consoles), gameplay réussi à défaut d'être original, présence marquante d'Elizabeth... manquait cependant le grain de folie, le trait de génie que j'avais tant espérés durant les longs mois d'attente avant la sortie du jeu ! C'était fort heureusement sans compter sur la puissance de la narration de la seconde moitié de ce nouveau Bioshock, ce crescendo virtuose capable aussi bien d'émouvoir le joueur (sans violons ni grosses ficelles - merci Elizabeth !) que de stimuler avec brio son intellect... Là où Bioshock abordait les thèmes de l'objectivisme (cher à Ayn Rand) et de la génétique, Infinite s'intéresse en effet aux rouages de la physique quantique, et à ses implications potentielles sur notre macro-univers. Je n'en dis pas plus, mais sachez que le sous-titre "Infinite" ne se contente pas d'un clin d'œil aux cieux sans limites dans lesquels se meut Columbia...

Durant ses dernières heures de jeu, Bioshock number one nous retournait la tête avec un twist d'anthologie pour mieux nous laisser sur notre faim avec un boss final presque raté et une cutscene de trente secondes en guise de conclusion... Levine semble avoir médité sur ce semi-échec narratif, et... (attention, je risque de me montrer quelque peu grossier, l'émotion, que voulez-vous !) nous livre dans les derniers instants d'Infinite une putain de séquence d'anthologie, une fin tout bonnement incroyable, qui vous retourne la tête et vous laisse émerveillé et heureux, des images et des questions plein la tête... Bon Dieu, quelle fin ! Quelle fin, mes amis ! Le meilleur ending de jeu vidéo de toute ma carrière de gamer, sans l'ombre d'un doute ! J'en suis encore tout bouleversé, et tout heureux... Un grand moment, tout simplement. Inoubliable !

Pari gagné pour Ken Levine et Irrational Games ? Oh que oui ! Ce Bioshock Infinite ne se contente pas de s'inscrire dans la légende Bioshock, il la transcende et s'impose comme le meilleur de la série. Jouez à ce jeu ! Mais surtout, terminez-le... "Bring us the girl, and wipe away the debt !"

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