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Chrono Cross sur PlayStation par Flameche

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Version PlayStation

Dans le trou normand où j'ai passé toute mon adolescence, il était aussi difficile de trouver un jeu import qu'un prof de japonais, mais il y avait en revanche plusieurs petites enseignes indépendantes avec des vendeurs assez cools pour t'échanger presque sans frais un Killer Instinct GB contre un Final Fantasy Legend II (great deal) ou un Mystic Quest SNES contre un Final Fantasy VI US (fuckin' great deal). Après des journées passées à discuter et jouer avec le vendeur collectionneur aux dents du bonheur du magasin "Un Monde Meilleur" (qui n'existe plus qu'à Caen maintenant), il a accepté de commander en double certains jeux japs ou ricains qu'il chopait déjà pour lui à la base. C'est grâce à cela qu'une semaine ou deux après sa sortie, j'ai pu mettre le premier CD de Chrono Cross dans ma PS1 pucée à l'arrache par une fripouille du Manga Distribution de République. En dehors de Final Fantasy VIII et de Legend of Mana, je n'avais pas eu l'occasion de tenter beaucoup de RPG en moonspeak, ce qui m'a valu un blocage pur et simple face à l'énigme bidon du manoir Viper qui exigeait de faire tourner deux statues un nombre de fois précis. Le Net n'étant pas arrivé jusqu'à chez moi ou chez mes potes à l'époque, impossible de trouver une FAQ capable de m'apprendre que les kanjis en forme d'escargot indiquaient le sens à suivre pour la rotation des têtes de serpents dorées que même Felindra elle n'aurait pas pu maîtriser.

Vraiment dégouté de ne pas pouvoir continuer un voyage qui ne commençait relativement bien en dépit de mes trois points d'XP en japonais, je me suis résolu à mettre le jeu de côté jusqu'à la publication providentielle d'une soluce dans un hors-série de Gameplay RPG, un magazine que j'arrivais en ce temps à lire chaque mois de bout en bout sans m'étrangler face au style, à la maquette ou aux tests-fleuves blindés de spoilers. Heureusement, Squaresoft a eu le bon goût de localiser assez rapidement en anglais les aventures de Serge et de ses copains, en ne manquant évidemment pas de pondre une jaquette US avec un maximum de personnages et de couleurs dessus, au lieu de rester dans la sobriété et la classe de l'originale. Mais qu'importe le flocon pourvu qu'on ait l'Everest, j'ai enfin pu découvrir en plein mois d'août la suite de l'histoire et vivre pleinement mon premier mindfuck des années 2000, car mind fuck il y a eu.

Pour les hérétiques qui ne sauraient rien de Chrono Cross, il s'agit de la suite de Chrono Trigger, un jeu SNES à base de voyages dans le temps déjà tellement cool en 1995 qu'on peut y jouer pour la première fois en 2009 et le trouver tout aussi cool, en évitant tout de même la douloureuse conversion PS1 qui m'avait coupé les pattes au bout de quelques heures à cause de ses temps de chargement horribles. Chrono Cross, c'est aussi une relecture de Radical Dreamers, un jeu Super Famicom à base de scénarii croisés et tellement spécial (beaucoup de texte et aucun combat) qu'il n'a été commercialisé que via le Satellaview au Japon, même si on peut trouver assez facilement des versions tipiak traduites en anglais aujourd'hui pour enrichir sa culture générale. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait cette année, après avoir lu tout un tas de choses intéressantes sur le jeu et sur la carrière de Yasunori Mitsuda, le compositeur attitré de la série Chrono et membre de mon top 10 des meilleurs sound director de l'histoire du jeu vidéo.

Sans le travail exemplaire de cet homme, je pense que Chrono Cross aurait perdu au moins un tiers de son intérêt à mes yeux, tellement la qualité de ses musiques est stratosphérique et souvent belle à en chialer, au sens propre. Il arrive même à mettre de la cornemuse et du biniou dans ses morceaux, donc forcément ca parle encore plus à mon bout de coeur breton. C'est difficile de choisir des plages en particulier parmi l'abondante OST, mais je pense que Scars Left By Time (le thème d'ouverture accompagnant l'incroyable cinématique d'intro), Another Termina, Shadows End Forest, People Seized With Life ou Fragments of Dream font partie des pistes capables de représenter correctement le jeu, le mieux étant bien sûr de les entendre dans leur contexte original. J'étais tellement obsédé par ces musiques que j'ai appris à en jouer certaines sur le tas à la guitare, notamment le thème chanté Radical Dreamers - Without The Jewel. Cette générosité sonore est au diapason (hoho) avec la flamboyance visuelle du jeu. Bien qu'ils aient pris un petit coup de vieux maintenant, les graphismes sont vraiment sublimes, en particulier au niveau des décors (la Death Sea ou le monde pastel, mon dieu) et des cinématiques.

La variété de personnages que l'on rencontre et surtout que l'on peut recruter est particulièrement importante, sans atteindre les 108 étoiles des Suikoden (troll) mais sans atteindre l'ennui presque total généré par cette série non plus (/troll). Plusieurs d'entre eux n'ont pas vraiment de background, sont nuls à la baston ou ne servent à rien dans l'histoire. Pourtant, on est content quand l'un d'entre eux rejoint l'équipe, surtout quand on cherche à remplir son Pokédex et à voir les différentes fins, à l'aide du New Game + et de sa fonction magnétoscope magique pour tout faire avancer plus vite. Une option qui m'a changé la vie pendant les combats un peu mous, malgré leur système de champ élémentaire, de magies/objets à usage unique et conditionné par le nombre de coups normaux (sur trois niveaux de puissance/précision/consommation d'énergie, façon Xenogears) ayant fait mouche avant ou de montée en niveau balisée. Dans Chrono Cross, on ne peut pas tuer pas des monstres à la chaîne pour gagner de l'expérience, les stats des persos montent uniquement après certains affrontements clés. Du coup, au premier run, tout repose sur la tactique employée, l'analyse des faiblesses des ennemis et les alignements élémentaires des membres de l'équipe. On peut un peu se faciliter les choses en récupérant de meilleurs équipements, mais ce sont surtout le talent et de temps en temps la moule qui comptent, en particulier contre les boss. Je n'ai rien contre le leveling, c'est toujours rigolo quand les combats normaux ne prennent pas des plombes, mais depuis Chrono Cross, je regarde les compteurs d'XP différemment.

Le dernier gros point marquant du jeu est le scénario avec son ambiance très mélancolique, son rythme relativement lent et ses rebondissements fréquents. D'accord, ça part un peu en vrille par moments, on se retape deux fois les dragons et on trouve bien quelques fillers pour allonger un peu la sauce. Pour résumer, il y a du gras mais le gras c'est la vie et la plupart des longueurs cachent des détails importants ou des références subtiles à Chrono Trigger qui ne m'ont sauté aux yeux que bien plus tard, vu que je n'ai pas eu l'occasion de le terminer avant cette année sur DS. Ca ne m'a pas empêché d'être scotché pendant au moins deux semaines sur Chrono Cross, le temps de le terminer une première fois puis de débloquer toutes les fins possibles avec l'aide du fameux hors-série Gameplay RPG qui m'avait fait faux bond quand je cherchais à comprendre les escargots japonais. Mais on s'égare, l'essentiel est de retenir que Chrono Cross, c'est d'la bombe de balle.

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