Il y a quelque chose de pourri au royaume de Dunwall

Avis sur Dishonored 2 sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Il y a du bon dans les séries B. Une aura, une volonté de parfois prise au sérieux rendant le grotesque et le ridicule merveilleux. Un scénario idiot débouchant sur des moments de pure génie ou des personnages grandioses, quels que soient ces éléments, ils donnent une dynamique et une sincérité à ces films que ne connaitront jamais des productions trop sérieuses. Cette digression sur le cinéma de genre me parait utile pour aborder le scénario de dishonored 2 dont je vais tenter de vous résumer le postulat de base:

Emily Kaldwin se voit contrainte de succéder à son assassinée de mère afin de régner sur l'Empire des Iles. Le problème, c'est que, tout comme son protecteur-père-assassin Corvo Attano, elle ne rêve que de courir sur les toits de Dunwall la nuit masquée (enfin semi masquée). Lors d'une assemblée, une armée de robots mécaniques appartenant duc Abele suivi du mystérieuse femme en noir revendiquant le trône, Delilah, vient perturber le quotidien de la jeune impératrice car: Delilah serait en fait la soeur de feu l'impératrice cachée pendant des années (NON, elle n'est pas amnésique!) qui revient prendre ce qui lui est dû par la force en transformant au passage Corvo ou Emily en pierre (astucieux choix de personnage). Votre héros, devra donc remettre de l'ordre dans tout ça, tuer/neutraliser un inventeur fou, une femme médecin folle et une sorcière folle et immortelle (mais pas tout à fait quand même) pour mettre de l'ordre dans une histoire invraisemblable et faussement alambiquée, mais finalement pas déplaisante.

Par contre, si le scénario peine à convaincre, l'univers du jeu, lui, est le véritable porteur l'ambiance phénoménale du titre. Les 9 chapitres à traverser vont du bon au génie. Le soin quasi maladif apporté à la moindre ruelle sinistre éclairée par un feu de poubelle mourant, au moindre intérieur d'immeuble ravagé par le temps, la misère et la maladie, au moindre meuble beau et froid forcent le respect et l'admiration. Ce monde sale et usé vit et prend vie grâce à des détails pouvant paraître insignifiants ou invisibles si l'on se presse trop; ainsi, comment ne pas être touché par une discussion entre 2 femmes se promettant de trouver un moyen de fuir l'horreur de leur quotidien, par un superviseur achevant son ami sur son lit de mort car il se refuse de le voir continuer à souffrir, par des gardes du palais du duc, abattu de se voir jeter de la nourriture par les convives à travers les fenêtres du palais pendant que le peuple meurt de faim, par ces chanteurs de rue aux accents mélancoliques poussant leur comptine lugubre dans l'obscurité d'une rue abandonnée... A un tel niveau, on frôle l'oeuvre d'art et le mot n'est pour une fois pas exagéré.

Outre, l'ambiance, chacun des chapitres et l'occasion de découvrir une carte et un level design dont la profondeur laisse sans voix. J'ai été quelque peu déçu par le surnoté Deus ex: Mankind Divided où les possibilité se limitaient souvent à pirater une porte ou autre pour trouver un conduit d'aération nous permettant de progresser. Ici, il n'en est rien, la liberté est véritable et totale et les possibilités nombreuses. vous souhaitez abuser des pouvoirs et du clignotement en particulier pour traverser les niveaux caché dans les airs? c'est possible. Vous faufiler dans le silence sans tuer ni être vu, c'est possible. N'utiliser aucun pouvoir et emprunter des chemins 'normaux' pour venir à vos fins, c'est aussi possible. Il n'y a pas une façon de faire Dishonored 2 mais de nombreuses et le fait que les 2 personnages ne partagent pas les mêmes compétences (Lien d'âme pour Emily et Faille temporelle pour Corvo, par exemple) renforce encore cette impression. On aime tester des choses sur le jeu, prendre tel ou tel pouvoir ou s'imposer un parcours non létal sans pouvoir et en ombre (un véritable plaisir). Le tout dans des niveaux incroyables abordés plus haut. A ce sujet, certains 'endroits' marqueront durablement: l'institut du chapitre 3, immense bâtisse aussi froide que triste où travaille un docteur rendu fou, le chapitre 4 et son manoir mécanique se modifiant au gré de vos pressions sur des leviers (celui-là, mérite à lui seul l'achat du jeu) ou le chapitre 7 jouant sur le temps et les époques... Vraiment, à ce stade, le sans faute est total.

Pourtant, tout n'est pas parfait, Dishonored 2 comporte pas mal de bugs allant de l'amusant: cuisinière coincée dans sa marmite mais continuant quand même son travail(un exemple de dévotion pour tous), balise tournoyant étrangement sur une mer calme, soldat vous menaçant d'une arme invisible, personnage qui se déplace en glissant ou se téléporte... Au franchement agaçant: plantage du chargement auto qui ne parvient pas à vous remettre à l'endroit où la sauvegarde a été faite vous balançant au milieu de 4 gardes alors que vous tenter de vous infiltrer ou encore victime apparaissant sans raison sur l'écran des stats, tuée par un robot mécanique fou à l'autre bout du niveau vous obligeant à recommencer votre partie sans mort...

Cela ne ternit toutefois pas trop un tableau très positif et une expérience rare dans le jeu vidéo. Celle de la vraie liberté d'action. Pas de celle de pseudos mondes ouverts vous laissant libres d'aller ramasser des collectibles inutiles, mais une volonté de laisser le joueur expérimenter afin de trouver son chemin dusse-t-il se confronter aux échecs à répétition. Pour conclure sur le bilan technique (sur console, j'ai un peu de mal avec la sacrosainte master race pour l'instant), hormis les bugs cités plus haut, le jeu est satisfaisant, assez fluide et de toute manière artistiquement incroyable. Alors, oui, je me fous de jouer en 1440 à 73 fps et je me contrefous du FOV visiblement seuls arguments de critique de certains sites de JV aveuglé par un élitisme assez malsain, je voulais juste découvrir un jeu bon et marquant. Dishonored 2 l'est. Foncez.

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