Le paradoxe des mécaniques ludiques

Avis sur Everybody's Gone to the Rapture sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Commencer une critique de Everybody's Gone to the Rapture en ciblant sa vitesse de déplacement ou son manque d'interactivité comme défauts est un parfait contresens, je savais très bien dans quoi je me lançais avant de jouer l'aventure. Ce n'est ni le premier, ni le dernier titre à se présenter comme une expérience narrative se résumant à se promener dans un environnement pour n'être que spectateur de ce que les développeurs ont souhaité y intégrer.

Hypnotisant au point d'en être assommant, ce jeu nous propose de revivre les derniers instants des habitants d'une petite campagne anglaise typique au travers de saynettes mises en scène avec brio. Tandis qu'on déambule dans un terrain de jeu splendidement réalisé (autant techniquement que son architecture), on découvre ainsi des tranches de vie de nombreux personnages. Peut-être un peu trop d'ailleurs, sur la vingtaine qu'on peut recenser, seuls 5 ou 6 sont vraiment développés et identifiés facilement (car reconnaître juste à la voix qui est qui au travers de mini-dialogues éparpillé est un peu complexe au début).

L'exploration est donc de mise dans ce jeu, habillement guidée par une sorte de sphère d'énergie qui indique où se passe "l'action". Là où j'ai un peu plus de mal c'est quand l'exploration à laquelle je suis incité est constamment bloquée par des éléments purement ludiques, des portes qui restent désespérément fermées aux fins buissons qui bloquent un chemin de manière très artificielle. Ajoutons à cela l'absence de physique sur beaucoup d'objets qui restent désespérément cloués au sol et la construction générale qui ne laisse finalement que peu de place à la découverte de chemins alternatifs ou encore ces barrières franchissables uniquement grâce à des petites planches (ce qui devient un gimmick hyper récurrent et donc pas franchement crédible). Tout ceci ne cesse de me rappeler que je ne suis "que" dans un jeu habituel, avec ses limites et ses contraintes, dans lequel la liberté n'est qu'une illusion.

Je ne suis pas idiot non plus, je sais que ces choix de développement sont forcés, aucun jeu ne peut se vanter de n'avoir aucune limite, cela est en revanche plus préjudiciable quand le jeu m'incite à l'émergence, à découvrir les choses par moi-même (par exemple en citant un lieux où se serait passé un événement pour au final découvrir qu'il est inaccessible). En découle une incroyable linéarité pour un jeu qui semble si ouvert de prime abord, une structure narrative assez répétitive qui atteint son paroxysme vers la fin (oui j'ai tourné un moment pour trouver comment la "débloquer", comme si cette fois là je n'avais pas le droit de faire les choses à ma manière).

Finissons avec le scénario maintenant, sans surprise il est très bien écrit bien que quelques peu bridé par le format. On regrette toutefois un manque de surprise dans le déroulement, tout s'enchaîne de manière assez logique et les thématiques abordées sont centrées autour de la catastrophe pour amener un beau message final sur les relations humaines. Difficile de ne pas être subjugué par Everybody's Gone to the Rapture qui dispose d'une réalisation frôlant la perfection mais ne parvient jamais à délivrer à 100% ses promesses en se cachant derrière une construction fondamentalement vidéoludique.

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