Le film qui se voulait interactif

Avis sur Final Fantasy VII: Remake sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Je tiens à préciser, avant tout, un point important : j'aime beaucoup l'univers de Final Fantasy VII, j'ai joué au premier opus, mais je ne suis pas un fan du jeu, ni même de la série. Je n'attendais pas spécialement ce remake, je ne comptais même pas forcément y jouer, mais c'est grâce au PlayStation + et ses jeux du mois que j'ai pu m'atteler, finalement à ce Final Fantasy VII Remake.

Si je précise ma relation avec le jeu original, c'est parce que tout le monde semble devoir le faire. En tant que monstre sacré du jeu-vidéo, et surtout en tant qu'objet de remake, l'épisode original ne peut évidemment pas être occulté d'une critique. Et, autre point plus amusant, les bonnes (voire très bonnes) notes accordés à ce FF7R viennent en majorité de gros, gros fans de la première heure... Je n'accuserai personne de subjectivité aveugle, mais ne me tentez pas :)

Alors, que dire sur ce jeu très, très attendu, qui n'ait pas encore été dit ? Quand j'ai détesté une œuvre, j'aime commencer par ses qualités. Ici, j'en vois notamment une importante : la direction artistique. Le jeu est une vraie claque visuelle, tant au niveau des décors que du chara-design des personnages (mention spéciale à Heidegger, dont j'ai beaucoup apprécié le côté chef militaire un peu kitsch, mais efficace). La ville de Midgar est impressionnante, dans ses détails travaillés comme dans sa grandeur écrasante - je pense notamment aux bidonvilles, dans lesquels on se sent comme des fourmis dans une usine. Les musiques sont également un point réussi du jeu ; les nostalgiques de l'époque retrouveront avec plaisir les titres les plus célèbres de la BO, tandis que les nouveaux venus se laisseront probablement porter par certains thèmes, comme "The bombing mission", en introduction. Et en parlant d'introduction, la troisième qualité de ce remake ; sa mise en scène. Le début du jeu est une vraie reprise, scène par scène, du jeu original, en "plus beau". Pour moi, cela fonctionne, ainsi que les nombreuses cinématiques du jeu, même si on tend à trop iconiser les personnages.

Mais qu'est-ce qui ne va pas, dans ce jeu ? Ai-je vraiment mis 3/10 à un jeu dont l'emballage m'a autant plu ? Eh bien oui, et croyez-moi, j'ai des raisons.

L'ennui, sous toutes les formes

Comme un pansement, je vais aller vite pour que ça fasse moins mal ; en tant que jeu-vidéo, FF7R est à mon sens très, très mauvais. Au bout de quelques heures de jeu, j'ai senti que quelque chose n'allait pas ; je m'ennuyais terriblement. Et j'ai vite pu identifier à quoi cela était dû : le jeu est un film interactif refoulé. Nous n'avons pas là un jeu entrecoupé de cinématiques, mais un film entrecoupé de pseudos-phases de jeu.

Et si je dis "pseudos", ce n'est pas pour rien. Très, très, très souvent, les cinématiques se terminent par un mouvement de caméra faisant comprendre au joueur que c'est à lui de prendre la main. Seulement, cela va consister, 90% du temps, à marcher quelques mètres, puis reprendre une cinématique ! Le reste du temps, il s'agira d'activer des leviers, ouvrir des portes, voire même... juste marcher, pendant une dizaine de secondes. Trop souvent, le jeu ressemble plus à une succession de QTE qu'à un "action-RPG".

Du moment où j'avais compris ceci, je me suis ennuyé affreusement. Je n'attendais qu'un chose ; la fin d'un chapitre pour assister à une scène bien foutue qui ferait avancer l'histoire.

Quand l'épilepsie s'invite dans le gameplay

Autre point dont je n'ai pas parlé, mais qui aurait droit à un livre entier tellement il y aurait à dire dessus : le gameplay des combats. Bon sang. Rien qu'écrire ces lignes me fait mal au crâne, en repensant à ces heures passées à me prendre toute sorte de particules multicolores en plein figure.

Lors des phases de combat, on ne comprend RIEN. Il faut gérer une jauge ATB (qui monte à mesure que l'on frappe), propre à chaque personnage de l'équipe. On peut également accéder à d'autres options, comme utiliser un objet, ou lancer un sort. Seulement voilà ; il m'est souvent arrivé d'utiliser une potion sans jauge ATB, alors que je pensais cette condition obligatoire. Et à l'inverse, j'ai déjà été bloqué car pas de jauge. Pour le reste, c'est une catastrophe. La grande majorité des combats consistera à marteler la touche d'attaque, lancer une attaque spéciale de temps en temps, et faire ça avec toute votre équipe. Ce n'est pas intéressant, ce n'est pas amusant, et ce n'est pas bien fait. Les combats sont un dégueulis de flashes, d'explosions, d'éléments incompréhensibles.

Des termes apparaissent à l'écran, annonçant les attaques ennemies, mais cela ne suffira pas ; vous ne pouvez pas vous défendre. Vous avez une option pour rouler (qui, contrairement à Dark Souls, ne vous donnera pas de frame d'invincibilité), et une pour parer, ce qui n'empêche pas votre vie de baisser à vue d’œil. Concrètement, j'ai passé beaucoup de combats à laisser tomber, me prendre volontiers des coups, puis d'utiliser potions et sorts de soin. Et à l'heure actuelle, je pense encore qu'il n'y a pas de défense dans ce jeu !

Cette bouillie de pixels vous fera convulser avant même de comprendre ce qu'il se passe à l'écran. Et c'est bien ce qui ne fonctionne pas du tout dans FF7R ; les phases les plus intéressantes sont celles où vous n'avez pas besoin de la manette.

Ce jeu aurait dû sortir au format série

J'ai adoré la plupart des cinématiques. J'ai détesté quasiment chaque passage où je devais prendre le contrôle des personnages. Après mes 20 heures de jeu, et la fin visionnée (oui, j'ai rushé), je peux affirmer que selon moi, ce jeu devrait être une série animée. beaucoup de passages sont très cinématographiques, le doublage est très bon (du moins, en anglais), et les fins de chapitre proposent des éléments donnant envie de continuer. Le paquet a tellement été mis sur l'aspect graphique du jeu, qu'ils en ont oublié que c'était... un jeu ! Eh oui les gars, c'est ça le "jeu" à côté de "vidéo".

En tant qu’œuvre visuelle et graphique, je trouve que ce FF7R est plutôt bon. Même l'histoire, qui a fait couler de l'encre par son étrange ambition de réécrire l'univers du jeu, fonctionne assez bien (sauf quelques éléments que je vais spoiler ci-dessous). Il y a bien des points discutables, comme

le fait que Zack soit en vie, le fait qu'Aerith et Sephiroth semblent comprendre ladite réécriture de l'histoire, ou encore que les "Fileurs" soient présentés en 4 secondes chrono au dernier chapitre.

Mis à part ça, j'ai apprécié suivre l'aventure du célèbre Cloud. Et le message écologique exposé par le jeu est évidemment d'actualité, et reste traité avec parcimonie et sans manichéisme, ce qui fait toujours du bien (la Shinra n'est pas si mauvaise, Avalanche ne sont pas si gentils).

Par contre, en tant qu'objet vidéoludique, force est de constater qu'on est face à quelque chose de médiocre. Plusieurs fois, je me suis surpris à le comparer à certains titres bien plus vieux, et me dire que ceux-ci étaient plus intéressants à jouer. Cela concernait surtout les phases de gameplay "marcher et activer des trucs", qui sont d'une lourdeur incroyable.

Et je peux en citer un tas : la fugue "furtive" de chez Aetith complètement loupée, le tunnel et ses bras mécaniques dignes d'un plan de Sly Cooper (sauf que c'est de la PS2), et bien sûr les dizaines de missions "FedEx" dans les bidonvilles, clairement inutiles.

Anti-Death Stranding

Pour son côté très ennuyeux, FF7R m'a fait repenser à Death Stranding. Vous savez, ce jeu d'Hideo Kojima, censé réinventer le jeu-vidéo, qui s'est avéré être un simulateur de livraisons ? J'avais assez peu aimé le jeu, justement pour son ennui omniprésent. Mais en jouant à FF7R, j'ai replacé cette notion d'ennui ; dans DS, il s'agit d'un concept propre au jeu. Votre personnage s'ennuie, son parcours est répétitif, car au final, le but est moins de jouer que de se poser et réfléchir (manette en main, certes). Dans FF7R, l'ennui est là car, comme je l'ai dit précédemment, la vidéo est passée avant le jeu. Le gameplay est mal foutu, les missions annexes sont nazes, la liberté totalement illusoire, et le tout est sur-scripté (le moindre petit espace à sauter sera indiqué par un logo au sol, et votre saut sera une animation entièrement scriptée !).

Un jeu-vidéo doit savoir utiliser son médium, c'est en ça qu'un jeu est bon ou non. Undertale est très moche visuellement, mais qui a totalement su faire cela (l'interface du jeu, par exemple, fait partie du scénario).

J'ignore si ces deux comparaisons feront mouche chez vous, mais pour moi elles m'on semblées évidentes. Et si j'ai un autre truc évident à dire, c'est que pour moi, la partie 2 de FF7R se fera sur YouTube.

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