La vie, non comme une boucle, mais comme une reprise

Avis sur GRIS sur PC

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Version PC

Devant bon nombre d'opportunités de consommation culturelle dans ce monde de brutes, j'ai hésité avant de lancer GRIS, mais une intuition ne m'a pas laissé le choix, la même intuition qui m'a laissé entrevoir le chef d’œuvre auquel j'avais affaire dès les premières secondes du jeu.

On y incarne une jeune fille, Gris, devenue muette qui se lance dans une quête initiatique dont les contours se dessinent petit à petit, rendant la finalité bien moins importante que les instants de grâce et de lutte qui font de ce jeu une leçon de résilience.

Des premières notes de musique, à la dernière lettre du générique, j'ai perdu toute notion du temps et retrouvé toute notion de ce qui fait l'essence même de la vie: l'espoir, le rêve et la poésie.
La direction artistique n'en finit à aucun instant d'en mettre plein les yeux par ses graphismes dessinés et léchés, son animation fluide et sans faute. GRIS est un véritable tableau jouable qui ne contient que la beauté d'un projet passionné et personnel.
Au moment où j'écris ces lignes je n'arrive pas à trouver de semblable dans la justesse constante du mariage entre le son et l'image. Le sound design et la musique n'en finissent pas d'accompagner à chaque instant les pas du voyage de notre héroïne et les sensations éprouvées rendent les mots finalement bien insuffisants pour définir ce qu'est une harmonie.
J'éviterais l'écueil de manquer de respect à cet art qu'est le jeu vidéo en voyant dans la durée de vie de GRIS et la sobriété absolue de son gameplay ne serait-ce que l'ombre d'un défaut. Je perd d'ailleurs toute notion d'objectivité et de bienséance face aux personnes qui ne voit dans le jeu vidéo qu'un moyen d'éprouver ses skills, l'empêchant ainsi de se revendiquer également comme vecteur de messages, parfois lourd de sens et de symboles.

Et GRIS, justement, est un jeu vidéo qui aborde et traite ces thèmes difficiles que sont la douleur, la tristesse, la mélancolie, le deuil ou plus généralement la dépression. Tous ces thèmes un peu tabou et très caricaturés, ces spirales de détresse intériorisées qui usent parfois pendant plusieurs années, sabotent l'aptitude humaine à voir le beau et soumettent les entourages à l'incompréhension et la culpabilité.
Le jeu met en lumière cette lutte acharnée contre ces parties de nous-même que l'on déteste, qui nous déchirent et nous assaillent d'anxiété, de peur, de doutes et de désespoir.
Quelle incroyable et bizarre sensation alors que de vivre, une manette à la main, cette quête, cette fuite en avant vers la couleur, la maîtrise et l'expression perdue des émotions. D'abandonner les faux semblants et d'avoir le cœur qui se serre à chaque instant de cette balade solitaire dans un monde intérieur en ruine, animés uniquement de tous ces proches qui n'ont pas encore fuis et qui nous aident malgré eux.
GRIS caresse les âmes, fait oublier toute frustration et nervosité.

Qu'est ce que ces 3 heures de jeu dans une vie? Il y a tant d'autres jeux auxquels jouer et d'autres qui ont été finis, de livres à lire et qui ont été lu, de film à voir et qui ont été vu, de moments à vivre et qui ont été vécu... GRIS n'est objectivement qu'une parenthèse très condensée de sensations et d'émotions. Mais c'est une porte d'entrée et de sortie à la fois et au final le temps n'a que le sens des évènements qu'il contient.
On peut passer des années à essayer de (se) construire et il suffit de quelques secondes pour que tout se fissure et s'écroule.
On peut également passer des années à lutter contre l'obscurité et il suffit de quelques instants de lumières pour continuer à comprendre et avancer.
Tout ne tient qu'à un fil et qu'est ce que la vie sinon ce combat, cette lutte sans fin pour y trouver un équilibre et un sens qui a été perdu depuis bien trop longtemps.
La perte, la quête de retrouver et reconstruire ces fragments de nous même que l'on a brisé, la bataille contre leurs ombres et le désespoir qui les accompagnent.
Tout ça c'est l'essence même de GRIS. Quelle aventure de continuer à avancer malgré cette haine de soi tapis dans l'obscurité, inarrêtable et ne veut que nous engloutir, quels frissons d'échapper à ses crocs encore et encore, quelle satisfaction d'aller toujours plus haut malgré la peine et de laisser enfin les couleurs s'étaler et s'intensifier progressivement. Quelle soulagement d'enfin pouvoir s'exprimer et de voir que tout ce qui a été arraché et détruit peut être reconstruit.

Il y a des rencontres qui nous bouleversent, des expériences qui se marquent au fer rouge dans notre mémoire dès les premières secondes. Des instants où les étoiles donnent l'impression de s'aligner, où vraiment plus rien ne revêt de sens à part le moment présent et on finit par se demander comment on a pu se passer de tout ça avant.
GRIS fait clairement partie de ces moments de grâce plein de philosophie, de poésie et qu'il faut absolument partager.

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