Gris, ou comme les couleurs nous racontent une histoire

Avis sur GRIS sur PC

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Version PC

Ce jeu... mon dieu.
Une bombe visuelle, une bombe auditive... je vous laisse imaginez l'explosion.
Explosion de couleurs, de sonorités, de poésie, d'émotions d'une intensité telle qu'il fait partie de ces créations dont on a besoin de se remettre. Longtemps après les dernières images toute cette beauté continue de raisonner en nous, presque une transe...un état second.

Le jeu est clairement de type contemplatif, avec une direction artistique qui met le paquet sur un visuel épuré, d'un goût exquis et d'une délicatesse adorable. Un sans faute, une merveille, un chef d'oeuvre.
J'ai pris un millier de screenshot pour mes fonds d'écrans tellement c'est magnifique. Des screenshot pour mon âme aussi. Merci Gris.
L'art a ce pouvoir, depuis toujours, de nous remplir intérieurement. Et d'art, il est bien question ici, assurément.

Visuellement on commence sur la tonalité grise, qui nous raconte pudiquement une catastrophe qui s'est abattue sur le petit personnage que l'on incarne et sur une mystérieuse statue. Tout au long du jeu, les couleurs nous conteront plus sûrement que des mots une histoire que chacun sera libre d'interpréter à sa manière.

Le gameplay, contrairement à ce que l'on pourrait penser, est très dynamique.
Toujours en évolution, il permet de maintenir le joueur dans une constante vigilance pour adapter son play et sa logique de jeu. Aucun temps mort, on avance en collectant de petites étoiles et en débloquant des capacités.

Que dire de plus. Rien. A part ne ratez pas cette pépite. C'est un jeu, un album, une galerie d'art, une jolie histoire. Vous en aurez pour votre argent. Bravo à toute l'équipe, quelle sensibilité mise à l'ouvrage pour arriver à faire ressentir autant de choses si clairement, sans mots, uniquement à l'aide de musique et de couleurs. Du génie.

Je vais parler de mon interprétation. C'est un jeu très libre dans la perception, le propre des jeux sans mots et où réside une grande partie de leur magie. Un exercice qui me plait vraiment dans l'art.

Je pense qu' il est question du combat interne et difficile d'une femme (probablement violée) contre le drame qu'elle a subit, contre elle même et contre la vie qui commence à poindre en elle.
Le passage avec le monstre aquatique qui poursuit notre personnage et se démultiplie en des choses qui ressemblent fortement à des spermatozoides me confortent dans ce ressenti.
La statue ébréchée, en morceau, représente cette femme brisée (future mère) et son âme qui part en lambeau, à la dérive. Sourde à cet autre petit être au creux de sa main, notre personnage (l'enfant à naître). La peine, la colère, le désespoir dressant un mur, notre personnage, une petite fille, est dans l'impossibilité de faire entendre sa voix, de communiquer face à autant de douleur, à peine arrivée au creux de la main elle devient aphone.
Le jeux commence sur le gris de la solitude, pour cette femme, pour cet être en devenir qu'est notre personnage.
Et tout au long du jeux, il n'aura de cesse que de colorer ce gris, avec des capacités qu'il débloque, et de renouer contact avec cette statue prostrée.
Les couleurs s'immiscent dans le jeux comme la vie qui reviendrait, comme une sensibilité qui petit à petit est retrouvée, avec le remède universel à tout drame : le temps. L'histoire s'égrène probablement sur 9 mois, la durée d'une grossesse.
Le fil rouge du jeu sont ces étoiles que le petit être cherche et dont la quête l'aide à débloquer des capacités et des couleurs. Ces petites étoiles qui forment une constellation, ces constellations qui déterminent notre mois de naissance. Patiemment le temps s'égrène (9 mois) la constellation se forme (l'embryon se développe), le jeux se colore (la femme violentée laisse place à la future mère, la peine, la douleur, la haine s'efface devant la tendresse, l'amour maternel) Patiemment nous sommes les témoins de ce miracle qu'est la flamme vacillante de vie au plus profond du désespoir et de ce feu qui peut toujours renaître.
Dans les dernières cinématiques la statue reprend forme, et malgré les fissures éternelles cicatrices de l'âme , les couleurs l'ont imprégnée. La sève de vie circule à nouveau. Le lien est créé, notre personnage chante et sa mélodie interpelle la statue qui ouvre les yeux et pose son regard sur lui. Ah... enfin... elle le voit. Notre petit personnage a enfin cette attention tant recherchée, ce consentement tacite du droit de vivre.
La constellation est complète, le chemin qu'elle forme, notre petit personnage l'empreinte sans hésitation, après tout la statue l'a laissé se créer. Il est temps de voir le jour.

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