Pourquoi GRIS n’est pas un chef d’œuvre ?

Avis sur GRIS sur Nintendo Switch

Avatar Lucas Borja
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Version Nintendo Switch

GRIS est un jeu qui bénéficie d’une excellente réputation et qui m’a été vendu comme le chef d’œuvre qu’il n’est pas. « Pourquoi ? » me demanderez-vous, c’est vrai après tout le jeu a une esthétique magnifique, des musiques magnifiques (bien qu’oubliables je trouve), une histoire belle et allégorique, pleine de poésie qui aborde un sujet profond mais… Ne manque-t-il pas quelque chose ? Quelque chose d’essentiel au jeu vidéo ? Ou plutôt pourquoi personne ne parle du gameplay quand il vante les mérites de ce jeu ?

Eh bien oui c’est bien là le cœur du problème que j’ai avec ce jeu. Toutes ces qualités que vous lui prêtez sont bien présentes, le jeu est magnifique, poétique et tout le reste mais ce ne sont pas des qualités qui sont intrinsèques au format du jeu vidéo. C’est bien simple pour moi le gameplay est au cœur d’un jeu vidéo, il en est le moteur, la charpente, la substantifique moelle… Tout le reste doit servir le gameplay pour sublimer le jeu. Et GRIS lui a un gameplay extrêmement basique et peu intéressant. Le gameplay de ce jeu est pauvre et peu inventif mais le plus gros défaut c’est qu’il n’est pas le moteur du jeu il n’est qu’un moyen, c’est même pire le gameplay de GRIS est un boulet pour celui-ci.

C’est-à-dire qu’il est clair que le jeu à pour première volonté de parler de la dépression et du deuil et de faire vivre au « joueur » une expérience poétique mais tout ceci n’est véhiculé que par l’esthétique du jeu (les couleurs, les décors, la musique…) mais pas par le gameplay. C’est-à-dire que les gars avaient un message à faire passer, ils ont choisi le format du jeu vidéo pour faire ça, mais à aucun moment ils n’ont réfléchi à comment le gameplay allait servir ce message. Du coup on se retrouve avec un platformer extrêmement basique et facile, agrémenté d’énigmes elles aussi très basiques et faciles. Et c’est pour cela que je dis que pour GRIS le jeu vidéo n’est qu’un moyen et pas le moteur, c’est parce qu’il est clair que le gameplay n’est là que parce qu’il y avait besoin d’en mettre un et s’il a vraiment été réfléchi je trouve que c’est très mal fait puisque finalement le message serait tout aussi bien servi (voire mieux servi) en film.

Et là certains pourraient me rétorquer que non puisque le simple fait de contrôler le personnage aide à mieux s’immerger dans l’univers. Mais c’est extrêmement réducteur comme attente qu’on a d’un jeu je trouve parce que n’importe quel gars lambda qui sait un peu programmer peut te faire contrôler un personnage, c’est la base l’interaction dans un jeu vidéo. Mais si le gameplay qu’il y a autour n’est pas solide et bien pensé alors le jeu est bancal. En fait penser cela équivaut à penser que quand vous regardez un film le simple fait de filmer l’action suffit et que réfléchir les cadrages, les mouvements de caméras etc. c’est accessoire.

Le problème c’est que le gameplay n’amène aucuns enjeux. Tout le jeu est métaphorique et donc en gros le but du jeu c’est de sortir de sa dépression et ceci est retranscrit en le but concret qui est d’avancer. Mais puisque avancer n’est en rien difficile et que les énigmes ne sont en rien bloquantes (et ne sont là que pour varier le gameplay pour pas qu’on se fasse trop chier mais ne servent en rien le propos) le fait de sortir de la dépression semble facile… alors que s’il y a bien quelque chose de difficile en ce bas monde c’est bien sortir d’une dépression ! Le pire étant les phases de « boss » où l’on voit bien que l’on ne risque rien et donc les enjeux s’écroulent totalement, surtout pendant la phase où on doit fuir la murène… sérieux ça sert à quoi de jouer à un jeu si au moment où la tension atteint son paroxysme le contrôle nous est retiré ! La séquence avait pourtant tout pour être parfaite mais non elle est scriptée… Et donc le gameplay dessert le propos et est même tellement un boulet que dans certaines scènes il est tout bonnement mis de côté. Et donc puisque comme j'ai lu dans une autre critique (celle de Moyen2) on a plus l’impression de « regarder un jeu » que d’y jouer je ne peux pas m’empêcher de penser que GRIS est bien plus adapté au format du court métrage d’animation. La séquence de la murène notamment aurait eu bien plus de tension avec une bonne réal et le rythme du récit n’aurait pas été brisé par des énigmes hors de propos.

Et si vous me soutenez toujours que le fait de contrôler le personnage vous implique plus dans l’histoire que si c’était un film, déjà laissez moi vous dire que vous sous estimez la force évocatrice de la mise en scène au cinéma et ensuite je vous invite à regarder un film nommé J’ai perdu mon corps déjà parce qu’il est excellent et ensuite parce que le film nous fait suivre 2 trames narratives et l’une d’entre elles est particulièrement intéressante pour appuyer mon propos. On suit dans cette fameuse trame une main coupé qui semble vouloir atteindre un lieu, et ces séquences sont sans aucun dialogue puisqu’on suit une main et sont très axé sur la poésie à l’instar de GRIS, et je me suis personnellement senti bien plus investi dans le parcours de cette main à travers Paris (parce que oui c’est un film français ! Donc vraiment voyez le s’il vous plait) que dans celui de Gris et pourtant je n’étais pas aux commandes de cette main, juste je me suis laisser porter par l’excellente réalisation et les musiques magnifiques.

Et si vous pensez que de toute façon on pouvais pas faire mieux puisque le game design n’est pas apte à faire passer des émotions/messages aussi bien que le scénario ou la réal dans un film, eh bien premièrement laissez moi vous dire que c’est une bien maigre défense pour un prétendu chef d’œuvre, deuxièmement cette fois c’est la force évocatrice du gameplay que vous sous estimez (qui est au jeu vidéo ce que la réalisation est au cinéma) et enfin laissez moi vous parler de l’excellent Celeste. Celeste est lui aussi un jeu indépendant, c’est un jeu de plateforme où le but est de gravir le mont Celeste mais derrière ce scénario d’apparence simpliste se cache un jeu abordant les thèmes de la dépression et de l’acceptation de soi. Mais là où le jeu brille c’est qu’il a un excellent gameplay (c’est probablement le meilleur platformer que j’ai pu faire à ce jour) qui est au service du message ! C’est-à-dire que le level design reflète l’état d’esprit de Madeline (le personnage principal) et que tout le gameplay axé sur le principe du die end retry fait écho à la fois à la difficulté physique du défit que s’est lancé Madeline et à la difficulté qu’elle va avoir à sortir de la dépression puisque cette ascension est avant tout allégorique. Nous comme Madeline devons nous surpasser et c’est ce qui fait la force du jeu, on finit par faire corps avec Madeline et le message de l’œuvre nous touche alors beaucoup plus puisque tous les éléments du jeu le servent. Le tout est de plus accompagné d’une ost et d’un sound design excellents et d’une direction artistique des plus plaisantes, bref je vous recommande fortement ce jeu qui est certes dur mais jamais (ou presque) frustrant et qui surtout est excellent !

Alors est-ce que GRIS est un mauvais jeu ? Non clairement pas, le gameplay a beau être atrocement basique il n’est pas mauvais pour autant et tout le reste est très réussi. Je pense que pour quelqu’un qui veut découvrir le jeu vidéo avec autre chose que les gros AAA ce jeu est parfait puisqu’il pioche dans pas mal de mécaniques très répandues dans le jeu vidéo. Cependant GRIS est-il un chef d’œuvre ? Et bien laissez moi vous poser une autre question GRIS transcende-t-il son média ? Est-il un tournant majeur dans celui-ci ? Voilà vous avez votre réponse. Et si cette critique me tenait à cœur c’est parce que je trouve ça triste que des jeux comme GRIS soient érigés comme preuves que le jeu vidéo est un art. Si réellement de tels jeux était les seules preuves que le jeu vidéo était un art alors ça serait un aveu d’échec pour celui-ci puisque ses spécificités n’apporteraient finalement rien. Alors c’est compréhensible comme démarche puisque le jeu vidéo n’est pas encore unanimement reconnue on va le défendre en disant « mais si regardez c’est un art puisque ça ressemble au cinéma » qui lui est un art reconnu par tous. Mais si l’on veut vraiment que le jeu vidéo soit reconnu comme un art alors il faut mettre en avant la force évocatrice de ce qui lui est propre ! Et puis de tout façons ce n’est pas grave si des personnes pensent que le jeu vidéo n’est pas un art, c’est leur bon droit, le plus important c’est ce que cette magnifique forme d’art vous fait vivre à VOUS !

Ps : si le sujet de l’art dans le jeu vidéo ou de l’art du jeu vidéo vous intéresse je vous invite à regarder la vidéo de Savun sur le sujet (excellent vidéaste et critique de jeu au passage).

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