Une révélation.

Avis sur Kingdom Come: Deliverance sur PC

Avatar Kaiser-Panda
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Version PC

Vous vous appelez Henry.
Vous voudriez bien réussir votre vie.

Manque de chance, vous faites simplement partie des petites gens de votre hameau Skalice. Suite à une attaque aussi soudaine que violente, vous voilà poussé par la force des choses à traverser la contrée, ainsi que toutes les déconvenues qu’elle implique.
L'ambition des développeurs du soft est claire : proposer au joueur une expérience authentique d'habitant moyen de l'an 1403 en Europe de l'Est (actuelle République Tchèque). Et de ce côté-là, on peut dire que la promesse est sinon tenue, tout du moins poussée à son maximum quand on la compare à la concurrence.
Avant de continuer et des fois que certains lecteurs aient le même profil que moi, je tiens à signaler que le Moyen-Âge n'est pas ma tasse de thé, et en général les simulations non plus : j'ai donc exclu ce jeu de mes listes pendant longtemps. Puis la vie a fait que, et j'ai du jour au lendemain eu la vie d'Henry entre mes mains. Après quelques heures à tâtonner, à découvrir, à échouer, j'avoue que le courant est finalement passé entre lui et moi. Chaque action dépend de plusieurs paramètres, on commence comme un pécore puis on découvre la vie, notamment cet apprentissage à la dure pour chaque action : se battre, tirer à l'arc, chasser, monter à cheval, crocheter une serrure (les "très faciles" étant quasiment impossibles au début), etc. Parvenir à vaincre ne serait-ce qu'un adversaire est jouissif (le premier inclus, ce simple ivrogne avec qui on en vient aux mains), tandis qu’en fin de partie à plusieurs contre un il restera souvent préférable de fuir. Mais le tout restera agréable grâce à moult mini-jeux et mécaniques sympa. Le combat vous demandera de lire le mouvement de l'adversaire, de taper dans une des 6 directions prévues, d'esquiver et de contrer. L'alchimie demandera de pratiquer de véritables petites recettes pour arriver à vos fins (moudre, mélanger, surveillance du sablier, feu doux, feu fort...). Le jeu pousse le vice jusqu'à vous apprendre à lire : non seulement c'est rafraîchissant au possible dans un JV, mais en plus la boucle de gameplay est plutôt maline sur la durée. Chaque skill, chaque perk est donc obtenu dans les larmes et le sang. Cela peut paraître austère dit comme ça, mais en vérité ce système force le joueur à apprécier différemment ce jeu : chaque progrès se savoure sur la durée, et augmente d'autant l'attachement au petit Henry (malgré tous les chapeaux ridicules qu'il pourra porter au fil de son aventure).

Expérience authentique, donc. Mais à quel point ?

Tout d'abord l'univers. Première surprise dès l'introduction : le jeu se déroule dans la vraie Histoire, dans une vraie région, avec de vrais monarques (Charles IV, Venceslas, Sigismond...), et qui plus est dans une contrée jamais vraiment explorée dans l'imaginaire occidental classique : exit ici le Royaume des Francs, d'Angleterre ou d'Italie, place à la Bohême de 1403. Quel dépaysement ! Loin de ne proposer qu'un bête habillage superficiel, le contexte est ici finement ciselé, tant sur la forme que sur le fond. L'architecture, l'iconographie, la législation, la nourriture, la société, les métiers, la monarchie, les évènements, l'échiquier politique (intérieur comme extérieur)... tout transpire l'amour du travail bien fait. C'est ainsi que l'on découvre un Moyen-Âge à mille lieues des clichés habituellement servis, loin des seigneurs gras et corrompus en haut de leurs tours et des bouseux sales et puants constituant forcément le Tiers-Etat. Ici les allées sont entretenues, les gens sont propres, les champs sont verdoyants, les "villes" sont de simples bourgs... Un univers équilibré donc, avec ses tragédies mais aussi son quotidien, et même ses joies. Un codex richement documenté et illustré est ainsi présent dans les menus, invitant les joueurs les plus curieux à s'intéresser au contexte (je me suis moi-même surpris à aller creuser la vie de la famille royale de l'époque, ou à parcourir les cartes actuelles de la région). Codex tout à fait comparable à celui de Mass Effect pour situer : à la fois généreux et détaillé. Pour en finir sur le cadre du jeu, je tenais particulièrement à aborder la question de la religion. En effet, que serait une EXPERIENCE AUTHENTIQUE de Moyen-Âge sans christianisme, églises et autres clergés ? Là où habituellement le JV est très frileux sur ce type de questions au-delà de la simple pose d’ambiance, ici on plonge les deux pieds dans le plat : des signes de croix, des prêches, des pèlerinages, un soupçon d'inquisition, jusqu'à l'évocation de Jan Hus et du Grand Schisme d’Occident, difficile de nier que KCD fait l'impasse sur le sujet. Soyez toutefois rassurés, nullement question ici de prosélytisme ou de discours anti, mais simplement de faits, éclairés le plus possible à la bougie de l'historien (avec toutes les réserves d'usage, bien entendu). Autrement dit, je n'ai ressenti aucun malaise de ce type au cours de ma partie.
Et que dire de ce design du jeu reprenant toute l'iconographie de cette époque ? J'ai beau habituellement la trouver moche et triste, force est de constater que là, ça donne juste un cachet extraordinaire au jeu (carte, icônes, menus...).

Concernant les mécaniques de jeu, en plus des points évoqués plus haut, ajoutons l'influence de la propreté ou des vêtements portés sur l'image que les gens auront de vous (on ne parle pas pareil à un gueux qu'à un soldat ou un seigneur, vous en conviendrez), ou alors les évènements aléatoires qui arrivent à surprendre très longtemps le joueur, ou encore ces cartes au trésor, dessinées par des illettrés n'ayant pas le sens des perspectives (un régal à décrypter). Plus les nombreux petits détails qui immergent toujours plus : chasse interdite donc viande de gibier illégale ; travestissement impossible car puni de mort, absence de loups ou d’ours dans la forêt, sentir mauvais vous fait repérer, arc sans viseur et avec tremblement des mains, etc. Possibilité également d'ajouter des malus (les classiques faim et sommeil, mais aussi des plus techniques comme hémophilie ou os de verre et surtout le désopilant somnambule, qui vous fera réveiller aléatoirement dans un endroit différent de votre lit).
Plus important, la qualité d'écriture des quêtes et la grande variété des situations. Interroger un prisonnier qui ne parle pas la langue, dire la messe après une soirée arrosée avec un curé, effrayer un village en remuant de vieilles superstitions et même entrer dans les ordres pour infiltrer un monastère : ce n'est là qu'un -très- faible échantillon des activités proposées. Puisque l'on évoque les quêtes, j'encourage à l'acquisition des DLC, également très bons. Voire excellents : je défie quiconque de rester de marbre dans la quête de Jeanne. Je ne spoilerai pas, mais pour avoir obtenu la bonne fin à la loyale sans soluce ni rien je peux vous le dire : tous RPG confondus que j'ai faits, je n'ai jamais été aussi tendu dans l’exécution d'une quête ni aussi incertain dans sa conclusion. En un mot : marquant.

Comme il faut bien terminer, je conclurai sur l'aspect plastique du jeu, que je trouve ma foi fort charmant : le jeu est beau (graphismes plutôt fins, belles lumières, big up aux forêts particulièrement réussies, à la fois sur l'aspect visuel et sonore), les animations vont du sympathique (la gestuelle lors des dialogues est rigolote) au franchement bon (jamais monter un cheval virtuel n'aura été si fluide). Attention toutefois, j'y ai joué à coup de RTX 2080 donc c'est bien passé, mais parait-il que le jeu est gourmand, donc méfiance. Côté bugs y ayant joué 1 an après sa sortie, je n'ai pas été très impacté donc si vous aviez peur de cette contrainte, foncez car je suppose que la majorité a été corrigée depuis.

Voilà, je pourrai parler de ce jeu encore des heures (et reste ouvert pour le faire) mais ainsi se termine ce -trop- bref retour.

En vous remerciant d'avoir lu jusqu'au bout. :-)

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