Le cœur brisé !

Avis sur Kingdom Hearts III sur PlayStation 4

Avatar Jean Sairien
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Version PlayStation 4

Que je l’attendais, ce nouvel opus, même s’il me faut d’emblée l’avouer : les spin-off avaient sérieusement entamé ma confiance. C’est toutefois avec un réel enthousiasme, et les mille et uns excellents souvenirs laissés par les deux premiers épisodes canoniques, que je me suis lancé dans l’aventure.

Mais quelle déception !

A vrai dire, KH3 m’a clairement rappelé le triste dépit dans lequel Final Fantasy XV m’a laissé, quelques années auparavant. Le sentiment d’un immense gâchis, d’un jeu suranné qui accumule les écueils rédhibitoires.

A commencer par son scénario. Quel naufrage ! Sérieusement, qui peut prétendre y comprendre réellement quelque chose ? KH2 avait amorcé la complexification absurde de l’univers, les spin-off ont aggravé la situation, KH3 enfonce définitivement le clou. Quelle usine à gaz ! Les développeurs eux-mêmes en semblaient conscients, au point de nous proposer quelques résumés… qui embrouillent davantage encore les esprits pour qui ne connaît pas déjà minutieusement la saga. Difficile, dès lors, de se laisser happer par l’intrigue et d’éprouver un quelconque sentiment vis-à-vis des protagonistes ou de ce qui leur arrive.

A cela s’ajoute une narration poussive. Non seulement on ne comprend rien mais en plus les cinématiques sont inutilement bavardes et, surtout, on souffre du syndrome « je marche 3 secondes puis je me tape une cinématique de 20 min ». Comble de la bêtise : il arrive de commencer un combat pour se voir finalement interrompu, quelques secondes plus tard, par une logorrhée narrative. Alors, il est vrai, c’était un défaut que l’on trouvait déjà dans KH2…sorti en 2005. Dans l’intervalle, de l’eau a coulé sous les ponts et cette façon de raconter une histoire est désormais incompréhensible. Il semblerait toutefois que Square-Enix ne l’ait toujours pas compris. Ce n’est pourtant pas faute de s’être déjà cassé les dents sur FF XV !

Mais les leçons, précisément, ils ne les ont pas tirées. Comme la dernière fantaisie finale en date, KH3 enchaîne les lourdeurs ludiques. Qu’il nous demande de collecter des centaines de crabes, de capturer une centaine de doubles numériques ou d’affronter à plusieurs reprises et à la chaîne un même boss pour récupérer son cœur, le titre enchaîne les séquences qui, au mieux sont inintéressantes, au pire totalement exaspérantes. Là encore, ce qui fonctionnait plus ou moins il y a presque 15 ans n’est juste plus possible de nos jours. En découle un jeu souvent pénible, dans lequel l’ennui prend aisément le pas sur le fun. Quel dommage !

Alors, finalement, tout est-il à jeter dans ce KH3 ? Non, évidemment. Du moins, pas tout à fait car, au final, les quelques forces de cet ultime opus sont elles-mêmes perforées de défauts plus ou moins gênants.

Ainsi, il est clair qu’on retrouve avec plaisir les mondes Disney. Quel bonheur de découvrir Raiponce, la Reine des Neiges ou encore Toy Story. Pourtant, l’ensemble manque de charme. On ne retrouve pas la magie des premiers épisodes sur PS2. Il faut dire que certains mondes retenus n’étaient pas toujours ni très originaux (Pirates des Caraïbes, Winnie l’Ourson), ni très féeriques (Les Nouveaux Héros, Monstres et Cie). De même, leur représentation manque souvent d’éclat.

Car oui, contrairement à ce que tout le monde prétend, le jeu n’est pas si fou graphiquement. Alors, certes, la modélisation et l’animation des différents personnages sont sidérantes. En ce qui concerne les environnements, par contre, le constat est franchement plus nuancé. Si certains univers sont charmants et plutôt impressionnants tant artistiquement que graphiquement (Winnie, Toy Story), d’autres démontrent rapidement les limites techniques et artistiques du jeu. Ainsi, le monde de Raiponce manque de saveur. L’éclatante forêt touffue du film d’animation a de fait perdu, dans sa transposition numérique, la densité et la variété de sa végétation et, là où ce ne sont pas des arbres qui aliasent méchamment, ce sont des zones rocheuses entières qui affichent leurs piètres textures. Le monde de la Reine des Neiges, quant à lui, clone à la chaîne sa charte graphique, tant et si bien que toutes les zones finissent par se ressembler et dénotent une fadeur qu’on ne connaissait pas au long métrage. Qu’il s’agisse du volet technique, artistique ou graphique, KH3 est systématiquement le cul entre deux chaises : il ne déçoit jamais totalement mais il n’impressionne jamais complètement.

Reste, enfin, le gameplay. Il s’inscrit dans la continuité de ce qui se faisait jusqu’à présent dans la saga. Les combats sont nerveux et, bien que parfois brouillons, agréables à mener. On peut toutefois s’étonner du mixage dispensable de mécaniques bâtardes issues des différents épisodes de la série et qui, fondamentalement, ne servent à rien puisqu’un matraquage pur et simple des touches et l’invocation régulière des mêmes techniques dévastatrices suffisent à triompher de tous les ennemis. Par ailleurs, certaines nouveautés, comme les « attractions » issues des parcs Disney, font clairement doublon avec des mécaniques déjà existantes (en l’occurrence, les invocations de héros Disney… que je n’ai finalement utilisées que 2 fois, par plaisir plus que par nécessité). On a donc le sentiment de disposer d’un immense arsenal dont on n’a finalement pas l’utilité. Soulignons par ailleurs qu’à force de démultiplier les scènes de baston, le jeu finit parfois par fatiguer jusqu'au joueur le plus adepte de la castagne.

Bref ! Vous l’aurez compris, si KH3 n’est pas une purge, ce n’est clairement pas la merveille espérée. S’il a su m’enthousiasmer à certains moments, il m’a, le plus souvent, déçu ou ennuyé.

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