Aussi grand qu'Alfons

Avis sur M.U.S.H.A. : Metallic Uniframe Super Hybrid Armor sur Mega Drive

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Version Mega Drive

Les années n'y ont encore rien changé : Musha Aleste est à mes yeux la quintessence du shoot-em-up retro. Ou du moins, il la tutoie de près. Le titre de Compile (développeur hélas disparu en 2003, les géniteurs, entre autres, de Gunhed, Blazing Lazers, Guardic Gaiden et de la licence Puyo Puyo) est une sacrée claque, d'autant plus violente en prenant en compte sa date de sortie (1990). Une de celles qui marquent définitivement une vie de joueur. Impossible de ne pas lui rendre hommage en rédigeant une petite critique ici-bas.

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Faisant suite à un superbe écran titre, la séquence d'introduction donne le ton : dynamique et impressionnante pour une Megadrive, elle se permet de jouer sur le terrain des cinématiques de la PC-Engine CD. Un assaut contre l'ennemi où vos alliés se font éliminer en une fraction de seconde, vous laissant bien seul pour mener à bien votre mission. Une fois le joueur aux commandes s'engage alors une poursuite contre un gigantesque temple sur chenilles. Une mise en bouche d'anthologie.

L’excellente réalisation, palpable d'entrée de jeu, restera bluffante jusqu'au générique de fin : bien qu'en dessous de celle d'un Thunderforce IV (référence sur Megadrive pour le genre), Musha Aleste propose des effets saisissants, un scrolling qui sait se faire décoiffant, le tout sans le moindre ralentissement, et ce malgré la somme d'ennemis à l'écran.

Une performance technique qui se conjugue avec une direction artistique de première classe. Ici, technologie futuriste se mêle à l'esthétique du Japon traditionnel avec une inventivité de tous les instants.
On y traverse des pavillons médiévaux truffés de circuits électroniques, mitraille des ninjas roboitisés qui surgissent des nuages d'un ciel orageux, défie des boss en alliage d'organique et de mécanique... parmi eux, un adversaire prenant la forme d'un énorme masque de théâtre No aux délicats traits féminins, qui, après avoir été vaincu une première fois, verse des larmes de sang avant de laisser transparaitre un visage squelettique.
Dresser la liste des nombreux coups d'éclats artistiques de Musha Aleste serait long, mais il n'est pas exagéré d'affirmer que l'on est en face d'un des jeux à la personnalité la plus singulière de l'époque. Un délice.

La partie sonore n'est pas en reste. Le travail de Toshiaki Sakoda mérite un autel à sa gloire : ses compositions bluffantes, aux airs de power metal, tirent au mieux parti des sonorités "électroniques" percutantes et très claires du processeur sonore de la Megadrive. La bande son de Musha Aleste est une orgie de fureur et de folie, renforçant l'immersion et l'effervescence de l'action. Et que dire de ces puissants bruitages d'explosion, qui tonnent comme des coups de canons à travers l'écran ?

Un formidable enrobage donc, qui serait vain sans un game-play/design de qualité. Et là encore, Musha Aleste excelle : très nerveux, efficace, avec gestion de vitesse, gestion de la formation des modules, système de power-up de l'arme principale et des armes secondaires (de trois types bien différenciés, impressionnants à leur niveau maximal), difficulté dosée avec soin et mécha/vaisseau répondant à la perfection avec des hitboxs très lisibles. Plutôt ardu, comme peut l'être tout shoot-em-up, il reste suffisamment accessible pour être terminé par un autre public que les mordus du genre. Son mode "easy" notamment, est réellement facile, ce qui n'est pas si commun.

Je développerai sur un dernier point qui contribue à me faire tant vénérer ce titre, celui qui m'a convaincu de lui octroyer la note maximale : ses coups de génie de mise en scène. A l'heure ou les jeux vidéo utilisent nombre de codes du cinéma pour valoriser la dramaturgie, il ne faudrait pas oublier que mettre en scène était déjà un travail au temps des jeux en 2D de quelques centaines ou milliers de Kilo-octets, et que des petits génies ont su accomplir des prouesses d'ingéniosité dans le domaine, prouesses ne se limitant pas aux RPG, certes plus propices à l'exercice.

Musha Aleste est truffé d'évènements qui scénarisent, intensifient le périple, renforçant ainsi les sensations de chaque run. J'ai évoqué plus haut la qualité de sa séquence d'introduction, mais je pourrai tout aussi bien mentionner ces boss qui apparaissent au début d'un stage avant de s'éclipser (renforçant l'impact du combat final, car ceux-ci vous ont déjà fait suer auparavant).
À titre d'exemple, au stage 3, le boss est rencontré dés les premières secondes, reculant lentement jusqu'à disparaitre de l'écran. Les dalles au sol s'effondrent, laissant apparaitre un immense fossé, et le scrolling s'accélère brutalement alors que la musique du stage évolue de concert : simple mais diablement efficace.
La cohérence entre l'enchainement des stages (le second niveau plonge le joueur dans le tank qui fait office de boss du premier) vient appuyer la crédibilité de la poursuite effrénée démarrée dans la séquence d'introduction. Et puis il y a ce mécha noir de jais qui vous harcèle dés le premier niveau et reviendra plusieurs fois vous affronter, endommagé par cette lutte intestine. Le final du jeu mériterait d'être mentionné dans cet encart, mais je laisse la surprise aux lecteurs.

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Œuvre majeure de la regrettée boite à rêve Compile, moins célèbre que les excellents Thunderforce III et IV* ou même que le très bon opus Super de la série sorti sur Super Nintendo, Musha Aleste peut se targuer de les surpasser, en tutoyant la perfection dans les moindres recoins de ses composantes. Une œuvre totale, pour l'éternité installée dans le panthéon des jeux les plus mémorables de la Megadrive... et, on l'a deviné, un des mes titres préférés toutes consoles confondues.

  • Le Marché rétro devenant de moins en moins accessible et le bouche à oreille ayant lentement porté ses fruits, la côte du jeu a littéralement explosé en quelques années. De 40 à 60 euros il y a encore peu de temps, il est quasiment impossible de le dénicher complet pour moins de 150 euros, les prix plus bas étant très souvent des cartmods. Le posséder en version physique, c'est acquérir une pièce maitresse du patrimoine du jeu vidéo, mais il faudra y mettre le prix. Il est aussi disponible sur la console virtuelle de la Wii.
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