L'Abandonware qui vaut

Avis sur Magic : L'Assemblée (MicroProse) sur PC

Avatar Rêve Lunaire
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Version PC

Magic et l'ordinateur : un mariage étrange, et pourtant si naturel étant donné la nature du jeu de cartes qui est structuré avec la précision et la latitude d'un langage de programmation. Quand on parle Magic et PC on pense tout de suite aux logiciels pour jouer en multi, comme le payant MTGO ou les gratuits Cockatrice, MWS, XMage ou le vieux Apprentice ; mais peu savent qu'il y a eu aussi une tentative de construire un véritable RPG autour du jeu de cartes.

L'oeuvre de MicroProse, connue sous le nom de Shandalar par les fans, est sortie en avril 1997, soit quatre ans avant la première édition et un an après la création du circuit professionnel de Magic. Bien que l'extension Visions soit déjà sortie à l'heure de la publication du jeu, Shandalar ne contient originairement en fait que des cartes de la toute première édition plus un petit nombre d'autres créées exprès pour le titre sur PC ; les deux expansions sorties l'année suivante iront jusqu'à The Dark. Il est donc tout à fait normal pour un joueur moderne de se sentir dépaysé entre les cartes farfelues et les règles qui incluent toujours la possibilité de matchs avec mise... Pourtant cette dernière fait le sel de Shandalar : à chaque rencontre on risque toujours en cas de défaite de perdre l'une des cartes essentielles de son deck.

Un TCG dans un RPG ? Kamoulox !

Le but du jeu est assez simple : on doit empêcher les cinq grands magiciens de prendre le pouvoir sur Shandalar en battant leurs subordonnés qui essaient de s'emparer des villes et en les détruisant avec leurs châteaux. On choisit la difficulté, sa couleur et l'aspect de son personnage et c'est parti pour l'aventure !
Au début on est catapulté dans un coin quelconque de la plaine de Shandalar grouillant de créatures qui désespèrent visiblement de te défier aux cartes. L'assaut peut être temporairement interrompu en se rendant dans le lieu habité le plus proche à l'aide du pavé numérique, car oui à l'époque on n'était visiblement pas capable de programmer une diagonale avec les flèches directionnelles.
Dans un village on peut acheter de la nourriture (indispensable pour marcher à vitesse normale), modifier son deck, acheter ou vendre des cartes (comme dans le jeu IRL quoi, mais en BEAUCOUP moins cher) et enfin parler au sage, lequel va te donner des conseils ou bien te proposer une quête. Les quêtes sont de deux types : livrer un courrier dans un village ou une ville proche ou bien vaincre un certain type d'ennemi qui rôde dans les alentours ; la récompense une fois complétée peut consister en un joyau, une carte de ton choix ou un "mana link" qui t'accorde un PV supplémentaire. Les joyaux - de cinq couleurs différentes bien entendu - peuvent être échangés contre des cartes dans les grandes villes ou bien utilisés pour lancer un des cinq "world magics" (sorts de terrain) qui peuvent être achetés dans des endroits spécifiques.

Parfois pendant qu'on est occupé avec ses quêtes on peut recevoir un "news flash" en plein écran qui nous annonce que l'un des grands magiciens a envoyé l'un de ses sous-fifres à conquérir une certaine ville. On doit alors se dépêcher à rejoindre l'endroit assiégé et battre le subalterne, sans quoi il tombera dans les mains du magicien, on perdra le mana link qui lui était associé et on sera obligé de battre un ennemi encore plus puissant pour le libérer du joug.
Lorsqu'on se balade dans Shandalar on peut aussi tomber sur cinq types de lieux générés aléatoirement - encore une fois, un pour chaque couleur - qui peuvent te donner des cartes, te proposer une énigme ou un duel contre un ennemi puissant, te faire rencontrer un marchand errant de cartes ou encore, hélas, voler ton argent. Mais on peut aussi tomber sur l'un des donjons du jeu dont l'emplacement peut être découvert par le biais d'indices donnés par les sages des villages ou par les ennemis vaincus en combat.

Les donjons du jeu ont toujours la même structure. Ils sont générés aléatoirement en perspective isométrique ; au départ on ne voit qu'un seul couloir, mais à chaque fois qu'on tourne un coin on peut voir tout ce qu'il y a dans le nouveau couloir jusqu'au mur de fond. L'objectif dans les donjons secrets est de retrouver les cartes qu'ils contiennent qui sont en général extrêmement bonnes (le Power Nine y est bien sûr), mais gaffe aux ennemis dans son chemin et aux énigmes qui en cas de mauvaise réponse vont produire des adversaires très costauds !
Lorsqu'on a assez de PV et on sent que son deck est au point on peut enfin aller défier les grands magiciens en se rendant dans leurs châteaux. Les châteaux ont la même structure qu'un donjon, sauf qu'il y a moins de trésors et que le but est de retrouver et vaincre le magicien qui se trouve à l'intérieur. Battez les cinq magiciens et vous aurez enfin libéré Shandalar du mal qui le hantait... du moins pendant quelques siècles.

Conclusion

Il est assez surprenant à quel point ce jeu est addictif pour peu qu'on s'y connaisse en Magic. On se retrouve facilement à faire des sessions de 5 heures non stop en passant de quête en quête tout en améliorant son deck... comme dans tout bon RPG, mais avec en plus la chance de jouer au père de tous les jeux de cartes à collectionner - et gratos car il est abandonware !
Or jouer à Shandalar en 2016 présente sans doute quelques soucis. D'abord beaucoup de fans de Magic pourraient n'éprouver que de la légère sympathie à l'égard de l'Homme d'airain, des créatures avec regroupement et de beaucoup d'autres mécaniques du jeu original qui nous paraissent aujourd'hui révolues. Ensuite le jeu a été programmé pour Windows 95 et il peut être assez compliqué de le faire tourner sous Windows 7/8/10.
Heureusement pour nous, des équipes de développeurs indépendants sont toujours en train de s'occuper de mettre à jour Shandalar non seulement pour le rendre compatible avec les dernières versions de l'OS mais aussi en y ajoutant des nouvelles cartes et en virant les plus désuètes. La version de 2015 que j'ai essayée est assez formidable en ce qui concerne la quantité de cartes disponibles et l'équilibre des decks à son intérieur ; je ne peux donc que recommander de chercher "magic shandalar 2015" sur Google et d'essayer par soi-même.

Peut-être verrons-nous un jour une nouvelle aventure qui allie RPG et TCG sans les surcoûts entraînés par ce dernier ? Qui sait... en attendant, le monde de Shandalar n'attend que vous pour être libéré !

P.S. puisqu'on est là : si vous kiffez et Magic et les tactical RPGs, je vous conseille vivement d'essayer Card Hunter. On peut y jouer sur navigateur ou sur Steam et c'est gratuit dans les deux cas !

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