La mort comme passe-temps

Avis sur Minit sur PC

Avatar Mottainai
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Que c’est court soixante secondes. J’ai déjà rêvé de voir le temps filer plus vite, rien que pour finir plus tôt les cours, pour que la bouffe sorte plus vite de mon micro-onde (étudiant détecté), que tous ces jeux qui me font de l’œil sortent de suite.

Par contre, dès l’instant où je me suis plongé dans ce jeu de l’enfer, je me suis mis à rêver à l’envers. Si seulement le temps pouvait ralentir et devenir flemmard comme moi… Le long du jeu, c’est parfois mon pouls qui perdait patience. Plus tard ce fut mon pouce qui dégustait à force d’aller-retours. Les dix dernières secondes restantes avant la mort du petit Minit devenaient aussi intenses qu’un réveil matinal. Minit, le héros du jeu éponyme a vu sa durée de vie baisser après avoir mis la main sur une épée trouvée sur la plage.

Soixante secondes. Vous vous êtes déjà demandé tout ce que l’on est capable de faire en une minute ? Étonnamment beaucoup ! Enfin, tout dépend de chacun. Minit, lui, n’a pas que ça à foutre de rester chez lui à dorloter son chien. Depuis qu’il porte cette épée sur son dos, il a enfin compris pourquoi il porte si bien son nom. Et même s’il lui vint l’idée de troquer son épée de Damoclès pour, disons, un arrosoir, il mourra tout de même une minute plus tard. Il devra donc remonter à la source de ce mal pour s’extirper de son funeste destin.

Majora’s Mask, Final Fantasy XIII LR, Pikmin… Ils ont pour point commun le gameplay axé autour du principe du temps. L’homme a inventé le concept de l’emploi du temps. Pour l’optimiser. Maintenant, essayez de vous organiser pour les soixante secondes suivantes. Dis comme ça, la tâche semble ardue. Par chance, nous sommes dans un jeu vidéo, où la mort a autant d’importance qu’un pet de mouche. Il y’a le principe du die & retry. Minit mourra, autant de minutes que vous jouerez. Mais il conservera ses items et sa progression. Le monde lui est entièrement ouvert, à condition de disposer d’un équipement adéquat. En fait, Minit est pour moi un curieux gosse enfanté par Zelda et Metroid. Il y a effectivement une mécanique de metroidvania. Un étang se dresse sur la route du héros ? Tel un Lokhlass connaissant Surf, vous devrez mettre la main sur des palmes de natation pour progresser. Faites un tour dans le désert à quelques écrans de chargement de la maison de Minit. Vous finirez par tomber sur un type qui se prenait pour un cactus et a fini par se déshydrater. L’aider vous permettra d’enchaîner les étapes vers l’usine, là où se terre la chose à l’origine de ces épées du temps perdu.

C’est là que le jeu révèle toute sa saveur. Minit est un véritable délice de speed-running. En vérité, peu de chemins sont nécessaires pour atteindre l’usine. Un grand terrain de jeu devrait toujours insuffler au joueur un grand sentiment de liberté. Par ce qu’en fait, 30% du monde de Minit est « skipable ». Un maître de speed-running s’amusera à apprendre les ficelles de « l’art du skip». Moult combines sont possibles pour mettre les pattes dans l’usine. J’ai évidemment essayé. Et la recette est simple : il vous faudra comprendre ce monde en noir et blanc. Chaque évènement résolu en provoque un autre et chaque personnage voudra sa part du gâteau pour vous aider.

Tout n’est pas blanc, loin de là. Ben non, je ne vais pas vous parler des graphismes en mal. Ils font bien leur travail, sauf la gueule du boss final. Pardon, mais s’il y a bien une chose que je pourrai qualifier de moche, laide voir même de déchéance de design, c’est cette crotte qui sert de boss de fin. J’ai cru voir un pixel mort un instant, ou une mouche sur mon écran. Et baissez le son quand vous l’affronterez... trois à quatre heures plus tard.

Est-ce un mal ? La rejouabilité est telle la mort dans Minit, on en veut toujours plus. Je n’ai jamais été partisan du « 1(0) euro = 1 heure de jeu ». Certaines perles ont cet atout qui fait qu’elles sont rejouées et trônent longtemps dans le disque dur d’une machine de jeu. Minit est justement de ce calibre, avec un replay-value qui fait qu’il mérite sa chance malgré sa durée de vie (et non durée de vide).

J’espère que vous aimez la chiptune, car le jeu en dégouline. Sans être aussi mémorable qu’un Ground Theme de Mario (en même temps…), les sons donnent un cachet particulier à l’univers du simulateur de mort en soixante secs. Le thème de l’overworld du jeu arrive étonnement à rester en tête. Ce n’est pas de la grande musique, mais le charme est bien là. Pour éviter la lassitude d’un morceau en boucle, les développeurs ont optés pour un drôle de choix. Chaque mort lance une version remixée du thème de la zone visitée. Je me suis surpris à siffloter le très entrainant thème du désert, surtout dans sa version post-mortem. Assurément la meilleure piste du jeu.

Le Minit répond parfaitement à la manette, manette dont seulement deux boutons suffiront hors stick. Le premier est le bouton d’action. Le pendant du fameux bouton A (Nintendo et Microsoft) ou Croix (Sony) dans les jeux d’aventure. Le bouton à tout faire. Le deuxième servira à activer l’une des spécificités du titre. En un clic, vous condamnez Minit. En mourant d’un coup, vous gagnerez un temps considérable. Ce pouvoir est l’égal d’une warp zone. Pourquoi se taper un millier de kilomètres par pixel quand on peut crever pour réapparaître sur un point convergeant de la map ? A savoir, les demeures de Minit. Au nombre de quatre, on peut grossièrement les appeler « points de respawn ». Puisqu’il s’agit d’un die & retry, les animations de mort ne sont qu’une question de demi-seconde. Et puis, chaque baraque est située de manière à rapidement donner accès aux évènements et aux PNJ les plus importants. Et je ne parle même pas des changements radicaux de gameplay à chaque difficulté débloquée. Savoir gérer sa mort, c’est gérer au jeu.

Au fait, le véritable game over du titre n’est rien d’autre que le moment où vous poserez la manette. Ce que je doute. Ne jouez pas à ce jeu pour simplement tuer le temps. Rien qu’à votre première mort, vous ressentirez le besoin d’en voir toujours plus. Vous allez aimer mourir. Et comprendrez l’incroyable boulevard de possibilités que peuvent permettre soixante misérables secondes.

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