Le miroir des lamentations.

Avis sur Mirror’s Edge Catalyst sur PlayStation 4

Avatar Arnaud Lalanne
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Version PlayStation 4

Fort d’un concept novateur et procurant des sensations uniques, Mirror’s Edge, malgré son côté répétitif et une durée de vie famélique, avait su s’attirer la sympathie d’un petit panel de joueurs. Ce succès d’estime fut toutefois contrarié par des chiffres de ventes assez faibles (même si cela serait presque discutable aujourd’hui) ; ce qui ne découragea pas les fans réclamant à corps et à cris une suite, probablement nécessaire pour faire arriver la licence à maturité. Et après 8 ans d’attente, la récompense est enfin là, débordante d’ambition. Une ambition qui, quand on voit le résultat, semblait décidément bien trop lourde pour son développeur, Dice.

C’est d’autant plus dommage que les développeurs de Battlefield ont réussi à gommer la majeure partie des défauts du premier volet. Ainsi, l’arrivée du monde ouvert, quoiqu’ici trop limité et balisé, permet, en multipliant les tâches à effectuer, de se débarrasser d’une structure originelle trop schématique et répétitive, en assurant une durée de vie autrement plus conséquente. Tout comme l’intégration du système de compétence qui renouvelle régulièrement un gameplay, auparavant totalement avare en évolutions. Les sensations vertigineuses et grisantes sont toujours là, et le plaisir décuplé lors des quelques passages qui se déroulent sans accrocs. Malheureusement, ces derniers étant en surnombre partout ailleurs, ils parasitent beaucoup trop l’expérience pour que l’on puisse les ignorer.

En tête, ce level-design anarchique provoquant une myriade d’incohérences. En vrac, on pourra citer ces collisions hasardeuses contre les murs pouvant arrêter net Faith dans sa progression ; ces chutes qui tuent mais parfois non ; ou ces quelques rebords uniquement censés apporter un peu de relief aux décors, auxquels on peut toutefois s’accrocher en s’écartant ainsi du chemin prévu, mais qui ne mènent finalement nulle part sinon… à un suicide obligatoire. J’ai encore moins compris pourquoi il était possible d’escalader certaines canalisations et d’autres pas ; ou pourquoi on pouvait ouvrir certaines portes contrairement à d’autres, alors que tous ces éléments sont visuellement identiques. Notre seul recours pour les différencier : le GPS ou sens urbain, comme ils l’appellent. Mais ce dernier s’avèrera souvent capricieux, semblant parfois aussi perdu que vous à ne pas savoir où vous diriger en vous faisant tourner en rond, ou en refusant tout simplement de réagir. S’ajoutent à cela de vraies carences techniques, avec ces affichages de textures tardifs, parfois même temporaires vu qu’elles ont parfois tendance à disparaître sans crier gare. Mais le summum du ridicule viendra sans aucun doute des combats, qui font partie, et je le dis comme je le pense, des pires que j’ai eu l’occasion de voir depuis que je joue aux jeux vidéo. Hilarants pour les spectateurs et crispants pour le joueur ; un simple système de lock aurait au moins pu les rendre supportables. Mais en l’état, ces rixes grotesques nous opposant à ces pantins ivres, maladroits, et parfois suicidaires, et nous obligeant parfois à nous chercher pendant plusieurs secondes parce que l’IA ne sait pas comment réagir à nos déplacements, ne suscitent qu’énervement et frustration.

A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai encore bien du mal à savoir ce que je garde en priorité de ce Mirror’s Edge Catalyst. D’un côté, il y a eu de vrais moments de plaisir, plus intenses encore que dans l’épisode précédent, notamment grâce à ces sensations de vertige inégalables que n’aurait pas renié un jeu VR. Mais de l’autre, comment oublier ces trop nombreuses sessions durant lesquelles primaient l’agacement et l’envie de stopper l’aventure en cours de route, à cause de son level-design calamiteux, sa cohorte de bugs, et ses combats de l’enfer parfaitement dignes de figurer dans une vidéo du Joueur du Grenier. On finit malgré tout par s’accrocher, happé par une histoire générique à souhait mais qui fait le job, et par cette identité visuelle si chère à la série, encore plus efficace dans ce reboot. Mais là où les fans de la première heure attendaient dans ce second Mirror’s Edge un sauveur qui lancerait définitivement la saga, espérons que ses trop nombreux soucis ne le transformeront finalement pas en bourreau, son prix déjà bradé à peine 4 mois après sa sortie n’incitant pas vraiment à l’optimisme quant à son avenir.

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