Un titre dont on ne peut NieR ni les qualités, ni les défauts.

Avis sur NieR: Automata sur PlayStation 4

Avatar Alex D. Wolf
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Version PlayStation 4

En 2011, alors que je commençais doucement à désespérer du RPG japonais, il m'est tombé dans les oreilles un morceau d'une grande beauté. Intrigué, il ne m'a pas fallu longtemps pour me procurer le jeu afférent. Ce fut un grand coup de coeur et le renouveau de mon goût du genre, prouvant qu'un RPG japonais peut parfaitement rassembler tous ses tropes sans virer forcément à la bouillie niaiseuse ; encore faut-il que les créateurs le veuillent. Ce jeu, vous l'avez tous deviné, c'était le premier NieR.

En 2017, alors que la même lassitude commençait à m'envahir (aidée par les trahisons successives que m'a infligé en quelques mois mon studio préféré) c'est sur NieR Automata que mes mains se posent, et je retrouve une fois de plus le goût du genre. J'y retrouve ce mélange des genres, tous primaires mais maîtrisés, tous au service d'un propos central. Un propos qui mélange aussi bien l'amour du jeu vidéo au sens large que la laideur de l'espèce humaine, l'implication d'un joueur qui subit autant qu'il n'agit, et la vision d'un auteur illuminé par la noirceur de notre monde. Pourtant, pour ironique que ça puisse paraître, Automata a beau être une bien meilleure oeuvre, il est probablement un moins bon jeu que le premier NieR.

Certes, le jeu n'a pas un niveau technique éblouissant, pourtant il jouit d'une esthétique qui déboîte la gueule. Les plans larges où la nature a repris ses droits sur la folie humaine sont des plus somptueux, chaque lieu visité est un tableau à lui tout seul. Mention spéciale pour la première arrivée en ville et le château, les deux moments où j'ai vraiment retenu mon souffle.

La musique de Keiichi Okabe s'avère moins variée que celle du premier NieR (surtout sur la fin où on bouffe essentiellement des remix) mais elle est d'une puissance qui ne faiblit jamais. L'OST reste et demeure un bijou auditif pour quiconque aime le lyrique et le chant.

Mais là où le bât blesse, c'est sur le gameplay. Signé Platinum Games, les créateurs de Metal Gear Rising et Bayonetta, notre palette de coups s'avère assez limitée avec deux, trois combos à tout péter. Il y a, certes, une grande profondeur à explorer (je vous renvois vers le commentaire ci-dessous de Falco252 qui l'explique mieux que moi) mais d'une manière générale, le jeu ne valorise pas sa richesse, il ne vous motive pas à explorer toutes les dimensions possibles, vu que le bourrinage suffit très largement à vaincre. De plus, les combats sont parfois extrêmement chaotiques, surtout quand les ennemis sont en surnombre. Difficile de savoir qui tape sur qui quand les chiffres et les effets de lumière volent à tout va comme une nuée de corbeaux. C'est précisément pour ça qu'en dépit du bien qu'il m'inspire, Automata n'arrivera pas à me convaincre de monter davantage sa note : même s'il touche à plus de genres qu'avant, et qu'il les intègre à merveille dans son expérience et son discours ludique, il est moins agréable et surtout beaucoup moins lisible que le premier NieR. En matière de défauts, j'en aurais bien d'autres à lister, dont la profusion de quêtes annexes ; certaines sont poignantes, d'autres ne sont pas très claires, et quelques-unes sont carrément frustrantes (ces quêtes FedEx qui reposent sur des loots rarissimes sont malheureusement de retour) Ce n'est pas un service à rendre aux jeux que de passer leurs lourds défauts sous silence, quant bien même ils ont à côté des arguments colossaux à faire valoir.

Et l'argument décisif de NieR Automata, sans surprise pour les fans du précédent opus, c'est bien son scénario. Jamais je ne pourrai l'associer avec Squix tellement il prend leurs standards à contrepied tout en affichant une qualité largement supérieure à leurs licences phares. Les fins A et B, sachez-le d'avance, n'en couvre pas le tiers du quart, ce n'est guère qu'une mise en situation, un tour d'horizon des personnages du jeu. Une fois ces contenus rincés et essorés, l'aventure héritée du sombre univers de Drakengard commence réellement. Une ode au pessimisme désabusé typique de Yoko Taro, qui transmet sa vision d'artiste par ce qu'il présente, d'une part, et comment il le fait vivre, d'autre part. Le premier NieR était du genre à distribuer des pains dans la gueule, on chiale un bon coup et ça va mieux. Automata, quant à lui, utilise la beauté autant que la violence de son univers pour prendre sournoisement le joueur à la gorge et serrer, lentement, lentement, toujours plus fort. On n'a pas les larmes aux yeux devant les rebondissements écrasants, on n'est pas choqué. On est juste... juste là, posé, mais totalement vidé de notre substance. Tout n'est que vice et cruauté, de quoi nous mettre le coeur dans un étau et la cervelle à 10K tours/minute, mais aucune larme ne sort. Car Automata n'est pas larmoyant. Il est le vide et la désolation dans leur expression la plus sublimée. Celle où tout passe par nos mains en échappant à notre contrôle. Notre lutte est âpre, mais futile. Tout ceci n'est qu'une gigantesque raison de nous faire traverser des références philosophiques et des expériences de pensées qui nous prennent vraiment pour un être rationnel et intelligent. Ca fait du bien, mais en même temps, ça fout le cafard. Et c'est pour ça que ce jeu est si adorable...

Si vous avez joué à NieR et que vous l'avez aimé, serrez les dents et jouez à Automata. Si le jeu lui-même est limité, il reste une oeuvre poignante qui a parfaitement compris son média et son public. Alors que l'actualité du genre, pourtant prolifique, est réduit à ses aspects les plus sombres, mous et bienpensants (FF XIII et Persona 4 étant devenu FF XV, SO V et Persona 5) ce jeu chamboule la balance par un rai de lumière glaçante, désespérée et intellectuelle.

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