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Avis sur NieR Replicant ver.1.22474487139... sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

NARRATION
Histoire : * * * * *
Tokyo 2053. Il neige en plein été. Le jeune Nier et sa sœur Yonah se sont réfugiés dans un bâtiment en ruines à l’abri des créatures qui rôdent dehors. Mais pour se voir octroyer des pouvoirs lui permettant de protéger sa petite sœur, notre héros va finalement abandonner son âme à un grimoire maléfique ; et Yonah va en tomber malade…

1412 ans plus tard. Mêmes personnages, même situation, même si le monde a bien changé... Il ne neige plus dehors, mais les Ombres sont encore là, attaquant les voyageurs qui se risqueraient à l’extérieur du village ; et Yonah est toujours souffrante… Son grand frère fait d’ailleurs tout son possible pour l’aider, travaillant pour subvenir à ses besoins, lui achetant des remèdes, égayant ses journées… Et puis un beau jour, au cours de ses déambulations, il tombe sur le Grimoire Weiss, un livre détenant un pouvoir incommensurable : une prophétie affirmerait même que s’il était combiné à son jumeau Noir, il pourrait restaurer ce monde à l’agonie et sauver les âmes qui y résident… Nous voilà donc partis en quête des Vers Scellés, dans une chasse aux Ombres les plus dangereuses de la région, et ce dans l’espoir de restaurer la toute-puissance de ce mystérieux manuscrit ; et peu importe s’il faut répandre la mort sur notre passage, peu importe les répercussions de nos actes, peu importe leurs conséquences : car avant tout, il faut sauver Yonah…

Tout comme sa version Gestalt parue en 2010 en Occident (qui nous proposait d’incarner un père plutôt qu’un grand frère), NieR Replicant aligne un scénario atypique qui regorge de mystères et de péripéties, mais surtout d’émotions et de scènes inoubliables. L’édition de 2021 y ajoute même plusieurs beaux segments qui s’intègrent parfaitement à l’histoire générale. La claque narrative n’en devient que plus riche, d’autant qu’elle est magnifiée par une conclusion poignante menée tambour battant, et dont certaines interrogations ne trouveront leurs réponses que dans les fins B, C, D ou E...

Personnages : * * * * *
Le héros Nier et sa protégée Yonah forment un duo attachant, mais c’est surtout dans leurs compagnons de voyage que l’on retrouve toute la maestria d’écriture de Yoko Taro : Emil le garçon aux yeux maudits, le snobinard Grimoire Weiss ou l’impétueuse Kainé forment en effet de superbes acolytes, magnifiquement interprétés par leurs doubleurs en version originale. Les joutes verbales entre le grimoire volant et la guerrière au langage fleuri sont d’ailleurs particulièrement savoureuses, les verbiages de l’un répondant avec délice aux insultes de l’autre. Et l’on peut aussi compter sur la galerie de personnages secondaires pour garnir d’autant plus ce casting mémorable : les jumelles Devola et Popola, le prince de Façade et la muette Fyra, les frères de l’armurerie de la Montagne aux robots, le postier au sac rouge et sa femme (ces derniers étant inédits au remake)…

Lore : * * *
NieR Replicant dépeint un monde post-apocalyptique teinté de low fantasy, où le désespoir et le sentiment de fatalité s’est emparé de la plupart de ses habitants. L’ensemble est plutôt plaisant à découvrir mais manque de profondeur et de cohérence : on passe ainsi d’une localité médiévale (le Village de Nier) à une autre plus féérique (la Forêt des légendes), voire inspirée de science-fiction (la Montagne aux robots), en passant par des références méditerranéennes (Littoral) ou sud-américaines (Façade). Les missions secondaires auraient pu être l’occasion de développer un peu plus cet univers patchwork, mais elles sont en majorité insipides, proposant le pire des fetch quests ; on saluera toutefois l’effort de doubler l’ensemble des PNJ dans cette version 1.22. Au final, c’est bien plus pour son histoire principale que l’on retiendra NieR, et non pour la richesse de son lore.

JEU
Game Design : * * *
Avec ses airs d’action-RPG classique, NieR Replicant ne brille pas par l’originalité de son concept puisqu’on passera la majorité du jeu en phases d’exploration ou de combats, très banales de surcroît. L’expérience se voit aussi comme un pot-pourri de plusieurs sagas : un peu de The Legend of Zelda par-ci, un peu de Monster Hunter par-là… Elle arrive pourtant à nous surprendre lors de passages expérimentaux bien sympas, notamment lorsqu’elle rend hommage aux shoot’em up, aux Livres dont vous êtes le héros, aux hack’n slash ou encore au premier niveau de Resident Evil

Gameplay : * * * *
En plus de ses ajouts scénaristiques, la version 1.22 a bénéficié d’une refonte de son gameplay très agréable : sans atteindre la maîtrise de ceux de NieR Automata, les affrontements du jeu sont maintenant beaucoup plus plaisants puisque notre héros a gagné en vivacité et en mouvements. Le tout manque encore de profondeur, mais ce n’est pas sur ce point qu’on jugera le jeu de Yoko Taro. Du temps que la maniabilité reste fun…

Level Design : * * *
Tout comme l’ensemble de son design, la conception de ses niveaux n'est pas le point fort du jeu : ceux-ci manquent de complexité et de variété puisqu’on sera amené à revenir plusieurs fois dans chaque zone (jusqu’à trois fois pour le Temple oublié et la Montagne aux robots !). Quelques-uns bénéficient toutefois d’un concept plus original : le Temple Stérile et ses contraintes de mouvements, le Manoir hanté et son hommage aux survival-horror, ou encore l’inédite Epave du navire et son enquête narrative…

PERSONNALITÉ
Direction artistique : * *
Pour finir sur les points qui fâchent, il faut bien parler du visuel de NieR… Déjà en 2010 le jeu semblait avoir une génération de retard, et le remake de 2021, bien que plus fin, n’éblouit pas pour autant. Sa direction artistique n’aide d’ailleurs pas beaucoup plus, puisque très limitée : tirant souvent sur le gris ou le marron, elle mélange un peu trop de références pour rester cohérente. Heureusement, le jeu se rattrape très (très) largement sur son aspect sonore…

Ambiance : * * * * *
Malgré le dépouillement de ses paysages et un sound design plutôt basique, il se dégage une superbe émotion du monde de NieR. Cette âme que possède le jeu est bien sûr véhiculée par ses splendides musiques d’ambiance, omniprésentes mais enivrantes. Que ce soit dans les travées de Littoral, les ponts suspendus de l’Aire ou les dédales poussiéreux de Façade, les différentes atmosphères transmettent parfaitement le déclin et le vide existentiel que ressentent les personnages du jeu. Et de ses environnements désaturés, il émane une certaine beauté…

Musiques : * * * * *
Serait-ce trop d’affirmer que Keiichi Okabe a composé ici les plus belles musiques de l’histoire du jeu-vidéo ? Pas si sûr… Les superlatifs font en tout cas défaut pour décrire cette bande originale cultissime : plus d’une trentaine de morceaux dont au moins les deux tiers sont exceptionnels, de l’épique, de la mélancolie, de l’orgue, du piano, des violons, et toujours accompagnés de percussions entêtantes et de chœurs chantés par Emi Evans dans diverses langues inventées… Il serait ici trop long de lister toutes les partitions marquantes. Petit florilège malgré tout, rien que pour le plaisir : Shadowlord, Snow in Summer, Emil Sacrifice, Kainé Escape, Gods Bound by Rules, Grandma, Song of the Ancients, Cold Steel Coffin… A noter aussi que la version 1.22 bénéficie de réorchestrations de qualité et ajoute à sa liste la magnifique Fleeting Words, totalement inédite.

CONCLUSION
Malgré la pauvreté de son design et de son visuel (le jeu n’ayant pas bénéficié d’un budget faramineux à sa sortie), NieR aura marqué de nombreux joueurs en 2010 grâce à son histoire magistrale, des personnages mémorables, et surtout l’une des meilleures soundtracks de l’histoire du jeu-vidéo. Alors que beaucoup auront découvert la série grâce au succès d’Automata, Square Enix se permet en 2021 un remake qui étoffe et sublime l’expérience de base : segments narratifs ajoutés, réorchestration de ses musiques, doublage intégral de ses PNJ, refonte complète de son gameplay… L’occasion pour certains de (re)découvrir ce jeu culte, une pépite imparfaite mais inoubliable. Un coup de cœur.

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