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On ne présente plus Square Enix, le studio qui fait la pluie et le beau temps sur le RPG japonais depuis près de dix ans, et on ne présente pas davantage sa politique toujours plus axé sur le money-making, l'hollywoodien et le kikoolol.

Initialement prévu comme le troisième opus des Drakengard, mélanges de simulations de vol et de hack'n slash, NieR est un jeu qui prend à contrepied tous les standards de Sq.En pour nous offrir une expérience comme il ne s'en fait plus, un jeu émouvant au possible, doublé d'un gameplay simple mais solide et d'une esthétique remarquable. N'ayant pas eu les délais et les budgets nécessaires pour exprimer toute sa complexité, le jeu s'apparente également à un diamant brut, ni taillé ni poli, une gemme qui ne retiendra probablement pas l’œil du tout-venant, mais qui n'en reste pas moins précieuse et pleine de potentiel.

L'histoire de NieR démarre en 2035, dans une Tokyo dévastée et apparemment pré-apocalyptique. L'humanité semble vivre ses derniers instants, en raison d'une épidémie apparemment incurable et de l'apparition de monstres hostiles et particulièrement résistants : les Ombres.
Dans le hall d'un hôtel, un homme anonyme et sa fille Yonah tentent de fuir ces créatures, mais elles finissent par les retrouver. Après avoir vaillamment lutté, le père est débordé par la horde d'agresseurs et doit accepter l'offre d'un étrange livre noir : en échange de son âme, il obtient la force de repousser ses ennemis...
Mais un lourd tribut l'attend, car en rejoignant Yonah, il constate que celle-ci est atteinte du mal mystérieux qui décima la population mondiale...

Sur ces entrefaites, l'histoire fait un bond de 1 300 ans en avant et nous propulse dans la peau du même personnage, dont la fille est également atteinte de la "nécrose runique", mais dans un univers médiéval rustique.

Pendant que le joueur tentera de comprendre cet écart temporel, ce qui s'est réellement passé et comment le personnage a pu passer tout ce temps sans prendre une ride, le héros, lui, partira en quête d'un remède à la nécrose runique. Une quête qui l'amènera à rencontrer le Grimoire Weiss, capable de soigner ce mal, à condition de récupérer les Vers Scellés...

Il ne fait pas bon juger un jeu à ses premières minutes, car on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise. Dans ce domaine, le titre de Cavia peut devenir une référence car l'ouverture du jeu est fortement rédhibitoire : tout commence sur une castagne interminable aux relents de beat'em all avec des graphismes plus ou moins pitoyables. Il faut attendre quelques heures, ou au moins la rencontre avec Grimoire Weiss, pour que le jeu trouve un semblant d'intérêt, qui n'aura de cesse de croître et de gagner en amplitude.

À terme, il devient extrêmement difficile de lâcher la manette tellement on est happé par ce monde si terne, si froid et pourtant si poétique, si fragile, comme une forme de plaisir morbide à vouloir assister au trépas d'un être malade et affaibli. Une prouesse qui n'est pas sans rappeler le célèbre Shadow of the Colossus, qui partage par ailleurs beaucoup d'éléments avec ce titre. Les gamers aguerris distingueront aussi des références discrètes à Silent Hill, Diablo ou Zelda.

Ce qui rend l'histoire si captivante, c'est la galerie de protagonistes, particulièrement aboutis. Tous sont vibrants d'humanité et leur personnalité est généralement bien moins superficielle qu'on ne pourrait le croire. En plus, leurs relations et leurs dialogues tranchent avec ce qui se voit d'habitude. Loin d'un RPG classique où deux pékins qui se rencontrent pour la première fois vont se parler comme des amis de longue date, les rapports sont assez conflictuels sur le départ. Unis par hasard, c'est au fil des aventures que les compagnons vont apprendre à se connaître et à se faire confiance.

Il est assez amusant de voir l'orgueilleux Weiss se faire rembarrer sans arrêt par Kainé au langage des plus châtiés (il n'est pas rare de l'entendre dire texto "je vais t'arracher les couilles et te les faire bouffer, sale enculé !" sans aucune censure de la traduction) , tout comme il est attristant de les voir tout perdre sous nos yeux et en dépit de nos efforts, voire par notre faute. Bien que le jeu s'avère assez sanglant, on s'attache très vite à ces protagonistes, et il est très difficile de rester insensibles durant les scènes dramatiques, des scènes sublimées qui pourront même vous arracher quelques frissons, voire deux ou trois larmes.

On parle beaucoup des graphismes de NieR comme d'une épouvantable déception, bien plus dignes d'une PS2 en fin de vie que d'une PS3 ou d'une 360 au mieux de sa forme. Les textures sont donc assez plates et la variété de couleurs n'est pas resplendissante et le chara design s'avère globalement assez "nomuresque". Un point qui rebutera certains joueurs, ceux qui cherchent le beau au-delà de tout.
Mais d'autres percevront sans doute le réalisme de l'univers, le charme des environnements, qu'il soit bucolique, métallique ou grandiose, et la synergie très particulière avec les musiques mémorables. Parcourir ces lieux est un véritable bonheur, et à dos de sanglier encore plus, tellement la sensation de vitesse est bien retranscrite.

La bande-son du jeu est l'un de ses plus gros atouts. Composée en majorité de titres chantés, l'OST de Keiichi Okabe (qui a officié sur Tekken 2, 3 et Tag Tournament) fait la part belle aux instruments nobles comme le piano, le violon et un peu la guitare. Certains lieux comme la montagne des robots rendent toutefois honneur à l'électronique, au métallique, mais à condition que ce soit justifié. Et si les pistes sont déjà très belles en elles-mêmes, c'est vraiment en situation qu'on peut en mesurer toute la puissance et toute la douce mélancolie.

Je vous laisse entendre à titre d'exemple Yonah - Piano Version, Karma ou encore Shadowlord. Si ces musiques ne vous laissent pas indifférent(e), il est probable que le jeu saura également vous toucher à l'âme...

On dit souvent que NieR relève davantage du beat'em all que de l'A-RPG, et à mon sens, c'est exagéré sans être totalement faux. Certes, le jeu est assez barbare dans son maniement et son moveset n'est pas très étendu, mais il nous met fréquemment dans des situations où les ennemis arrivent en masse, il faut donc jouer de façon assez technique. Un jeu pas si facile pour un no-skill !

Seul le héros peut être contrôlé. Il manie au début du jeu une épée à une main, mais au milieu de l'histoire, on débloque les armes à deux mains et les armes d'hast (lances et éperons). Contrairement à Ezio Auditore ou Gabriel Belmont, on ne peut pas se défendre contre les attaques venant de derrière. Il vaut donc mieux s'en remettre à la roulade, plus utile.

Les sortilèges de Weiss occupent une place prépondérante dans les combats, en particulier les boss fights où le Javelot Noir se montre parfois indispensable, ne serait-ce que pour toucher les créatures. Les sorts consomment des PM récupérés lentement avec le temps, mais on peut aller plus vite en tuant des Ombres et en "buvant" leur sang ou en crevant les boules rouges envoyées par les mages dans un style "shoot'em up".

Le gameplay est donc très simple à comprendre, mais de par la marée de monstres qu'on affronte, les difficultés de caméra inhérentes aux jeux 3D et la vigilance constante qu'on doit porter à sa vie, on n'en triomphe pas en claquant des doigts, loin s'en faut ! Le jeu se montre souvent très exigeant, en particulier contre certaines Ombres ou animaux géants qui sont capables de vous tuer d'un seul coup. Vous avez alors le choix entre faire du levelling ou vous concentrer en permanence sur vos distances et vos assauts pour grignoter tout petit à tout petit leur capital de vie... Ce qui génèrera une ineffable satisfaction chez le joueur qui aura la patience d'y parvenir.

Mais là où un autre titre du genre se contenterait de multiplier les combats dantesques à en vomir, NieR n'oublie pas de se renouveler en osant même explorer des chemins obscurs qui redéfinissent jusqu'au concept de "jeu vidéo". Entre autres, il vous faudra plusieurs fois traverser des énigmes présentés sous forme de livre... Oui, bourriner ne suffira pas, il faut aussi savoir lire des mots, des phrases, de la prose, comme un véritable roman ! Et ces passages peuvent se montrer assez redoutables si on appartient à la catégorie "gros-bill".

Un autre aspect non négligeable du soft est le système de quête annexe. Le jeu comporte carrément bien plus d'à-côté que de scénario "brut", qui ne s'étire que sur quinze ou vingt heures. Durant vos pérégrinations, des villageois vous demanderont fréquemment de leur rendre un petit service comme leur ramener des objets ou livrer un paquet fragile (euphémisme quand tu nous tiens...). Il est aussi possible d'améliorer vos armes en échange de matériaux précis, assez durs à trouver.
Et ces missions bonus peuvent durer des heures, voire des jours entiers... Car elles reposent en majorité sur des loots d'une probabilité inférieure à 10%, encore aggravée à mesure qu'on se rapproche du but. Par exemple, pour obtenir dix peaux de loup, il m'a fallu tuer pas moins de 95 bestioles, dont une trentaine rien que pour la dixième...

D'aucuns diront que ces passe-temps ne sont pas obligatoires (voire déconseillés durant une première partie) d'autres soutiendront qu'ils amènent de la variété et une certaine légitimité au levelling comme au farming. Chacun son point de vue.

Mais pourquoi déconseillerait-on de faire ces quêtes ? Parce que NieR dispose de quatre fins, et contrairement à un Silent Hill où ces fins sont "alternatives", les épilogues sont ici "complémentaires". Il vous faut finir le jeu plusieurs fois et parfois obéir à des règles strictes pour voir révélées diverses zones d'ombre du scénario ; on déplorera quand même la fin D, la dernière, qui laisse vraiment un sale goût en bouche vu tout ce qu'elle réclame comme efforts comparé à ce qu'elle représente... Limite, mieux vaut la taper sur Youtube !

En définitive, NieR est un jeu comme il ne s'en fait plus. Au-delà de la technique brute et de la prise de contact un peu mollassonnes, il jouit d'un excellent gameplay et d'une OST inégalable, au service d'un scénario très mûr mettant en scène des personnages touchants de tristesse et de fragilité. Mettez donc au placard vos préjugés de vieil aigri comme quoi rien n'est à sauver sur cette gen et lancez-vous à corps perdu dans cette aventure inoubliable. Si vous parvenez à éprouver toute la richesse de ce titre, il vous redonnera peut-être espoir en l'avenir, sinon de l'humanité, au moins du gaming et du J-RPG...

AlexDW
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