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Observer sur Nintendo Switch par Clément en Marinière

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Version Nintendo Switch

En 2084, la société polonaise s'est presque élevée au niveau du mythe orwellien : Cracovie, divisée en trois catégories de citoyens (A, B et C, comme les fonctionnaires français), est dirigée par une entreprise de cybernétique qui transforme n'importe qui en n'importe quoi. Dan Larzinski, un enquêteur génétiquement modifié, intervient sur une affaire de meurtres dans un bâtiment bien pourri de catégorie C. Avec à la clé une première victime décapitée retrouvée... Dans l'appartement de son fils. De quoi rendre fou même le plus accompli des Terminator.

Et, comme dans Layers of Fear, le précédent jeu des polonais de Bloober, il sera justement souvent question de folie. Une petite pirouette scénaristique astucieuse permet d'ouvrir les vannes à plein régime : Dan peut se servir de ses implants pour pénétrer la mémoire incomplète, non-linéaire et sensorielle des cadavres qu'il croise le long de sa route. Le joueur se retrouve ainsi à circuler dans des décors parfois mouvants, parfois répétés à l'infini (pensez P.T. rencontre Arkham Knight) au cours de séquences toujours assez brillamment construites, qui évoquent tour à tour Silent Hill et Eraserhead. Et si Dan extrait commodément les informations les plus importantes de ces séquences, le joueur aura la charge de faire sens de ces souvenirs éclatés, d'une rencontre en boîte de nuit à l'horreur d'une journée de travail pour une multinationale malade.

Ces séquences permettent aussi de marquer une différence notable avec Layers of Fear. Loin du principe fondateur du walking sim, il sera bel et bien possible de mourir dans Observer, pourchassés par des dangers divers et variés. Sur le papier, c'est une excellente idée, puisque la plupart des jeux du genre manquent du danger associé à une mort imminente, et qu'en conséquence, Observer ne manque jamais d'être souvent éprouvant et parfois terrifiant. Mais dans les faits, entre l'IA totalement dépassée et notre héros aux pieds carrés, la maîtrise de Bloober dans le domaine peine à convaincre. Ces poursuites sont heureusement exploitées avec une parcimonie rare (coucou Outlast) et ne dénaturent jamais l'expérience.

Quand il n'exige pas de fuir ou déplier des origamis mentaux, Observer laisse le joueur vaquer assez librement dans le labyrinthique et insalube complexe d'habitations qui accueille l'essentiel de l'intrigue. À sa charge de ramasser des preuves un peu partout (à l'aide d'une interface point and click un peu trop assistée mais fichtrement bien intégrée) et de converser via des interphones avec les nombreux résidents de l'immeuble. L'ensemble est presque intégralement optionnel, et si le jeu retombe toujours sur ses pattes lorsqu'une information essentielle a été manquée, et de façon pas toujours élégante (merci l'intercom de Dan et ses objectifs fléchés), cette liberté permet au joueur de s'aménager des petites épiphanies narratives, là lorsque le témoignage d'un résident bavard recoupe les preuves retrouvée à côté, ou lorsqu'un document débusqué sur un ordinateur permet de mieux comprendre les liens qu'entretient le scénario du jeu avec le contexte historique et politique de la Pologne.

Et bien sûr, Observer ne serait rien sans sa direction artistique, hommage appuyé au cyberpunk et plus particulièrement à Blade Runner, avec en bonus le légendaire Rutger Hauer au casting. Jamais écrasé par ses aïeux, le jeu parvient à construire efficacement sa propre identité, notamment grâce à un travail sur les décors assez admirables. Ce qui nous emmène au point qui fâche : Observer est joli, oui, mais pas exceptionnellement beau, et pourtant, il mettra n'importe laquelle de vos consoles (et même votre PC) à genoux. La faute à une optimisation foirée et des bugs jamais corrigés, transposés presque comme tels sur Switch (machine sur laquelle j'ai joué au jeu), avec en prime un flou d'arrière plan bien dégueulasse pour forcer l'entrée de la portable de Nintendo. "Presque comme tels" parce que cette version Switch a le culot d'être plus stable que toutes les autres versions réunies. Observer sera donc soit joli... soit jouable, faites votre choix. Face au portage impeccable du tout aussi pimpant Outlast 2, ça fait un peu tâche, mais force est de constater que la beauté d'Observer, toute contenue dans son audace visuelle, l'élève, flou ou pas, bien au dessus de la mêlée - dont il n'a à envier que le budget.

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