La porte s'ouvre, mais gêné, Nintendo la referme doucement

Avis sur Paper Mario : La Porte Millénaire sur GameCube

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Pas d'attente particulière en commençant PM2.

Ca faisait longtemps que j'avais joué à un RPG japonais (FF4, peut-être, il y a cinq-six ans, pas fini), et je ne connais pas du tout les RPG Mario.

Très vite, j'ai un petit sourire en coin.

Le jeu est quelque peu audacieux, en tout cas par rapport à la moyenne des jeux Mario.

Déjà, les graphismes papier. C'est mignon comme tout, ça confère à la série une identité propre et distincte des jeux de plate-forme, et compte tenu des critiques liées à Wind Waker, content que Nintendo ait gardé ce style un peu enfantin.

Ensuite, l'univers. On nous présente un port mal famé, Rogueport, des personnages interagissent avec Mario, ils ont des caractères propres, bref, rien à voir avec Delfino et ses personnages secondaires inexistants. C'est chouette. Cela donne l'impression que Nintendo veut nous emmener quelque part avec ce jeu.

Me souviens peu des musiques. Certaines étaient chouettes. Pas particulièrement mémorables, hrm.

Le système de combat m'a bien plu. Pas de 9999 j'ai une grosse chimère, pas de stats dans tous les sens, mais un système interactif plutôt bien fichu. J'apprécie que notre adresse soit sollicitée pour réduire les dégâts infligés ou pour augmenter l'efficacité de nos attaques. Même si c'est quelque peu répétitif, je trouve ça plus engageant que de simplement marteler A. De même, le système de badges, bonne idée.

Je me souviens que de faire du leveling dans FF4 m'avait un peu lassé. Ici, pas besoin, la progression est suffisamment naturelle pour que ce ne soit pas nécessaire. Cela dit, il arrive que l'on soit aggressé par un ennemi et qu'on se retrouve dans un combat que l'on aurait bien voulu éviter. Sur la fin, ça commençait à bien faire, en ce qui me concerne.

La progression se fait en partie grâce aux pouvoirs conférés par nos alliés, et leurs compétences sont sollicitées pour des puzzles par très très compliqués. Un peu artificiel. Quelques passages pas passionnants, mais les décors et les personnages rencontrés compensent un peu.

Naon, dans l'ensemble, au niveau du gameplay et de l'habillage, c'était pô mal. Je sens que le public visé est soit plus jeune, soit bien plus fan de Mario que moi (si certaines tentatives d'humour m'ont fait sourire un peu, je n'ai pas été très impressionné dans l'ensemble), mais je ne suis pas mécontent d'y avoir joué, à PM2.

Néanmoins, le jeu m'a tout de même déçu... En commençant, j'étais content. J'avais l'impression d'assister à un renouveau du personnage et de l'univers. Que Mario allait nous montrer qu'il avait une vie au-delà de larbin de Peach, et qu'il, 'fin, qu'il EXISTAIT, quoi, que ce n'était pas un bête sprite avec une moustache et une salopette parce que c'était trop compliqué sur NES de dessiner une bouche ou de démarquer le bassin...

Pendant un temps, on y croit, on nourrit l'espoir que Nintendo prendra des libertés avec Mario et cie. La ville de Rogueport a son charme, on y croise quelques personnages loufoques. Les personnages alliés de Mario ont pour certains des vrais traits de caractère suggérant qu'un déroulement et un dénouement classique et cliché ne seront peut-être pas de mise, cette fois-ci.

L'histoire et les personnages ne sont pas dénués de reproches, hein. Je trouve l'ensemble un peu naïf, certaines situations me paraissent forcées, et tous les personnages ne me convaincent pas, mais, dans l'ensemble, c'est plutôt agréable de suivre.

Malheureusement, après nous avoir fait miroiter l'illusion d'un univers autre, d'un personnage qui évoluerait un peu, Nintendo remonte son pantalon, range ses couilles dans le placard, et referme la porte qui avait été entrouverte au début du jeu.

Mario n'en a rien à cirer de cet univers. Il fait oui de la tête au personnage qui demandent de l'aide parce que c'est un cliché de héros, et que faire le contraire serait néfaste à l'image du personnage et de Nintendo pour les jeunes gaïmeuhrs. Pas parce qu'il en a envie, au fond. Si, peut-être une fois ou deux.

Mario traverse cet univers somme toute intrigant (quoique pas dénués de clichés et de limites de RPG à la japonaise) sans s'arrêter pour regarder. Au fil de l'histoire, dès que les personnages secondaires ont fini d'apparaître, et tristement, s'effacent, ma motivation flanche. Je sais ce qui va arriver. L'intrigue ne me motive presque plus. Le jeu paraît de plus en plus vide. Les séquences où l'on contrôle Bowser ou Peach me paraissent superflues, voire inutiles. Et je sais ce qui va arriver, c'est quasiment écrit sur le front de Mario.

Il ne pense qu'à Peach, c'est tout ce qu'il y a dans son crâne. Voila. Nintendo construit un univers prometteur, introduit des personnages qui sont délaissés à la fin du jeu parce que de toute façon, Mario sauve Peach, reste auprès d'elle et se casse. Ce n'est pas un spoiler, vous savez bien que c'est ce qui va arriver.

Bref, Nintendo nous fait passer 30-35 heures dans un univers qu'il balaye d'un revers de la main sur la fin, et on se rend compte qu'on vient de vivre une illusion. Il y avait pourtant largement de quoi faire. L'aventure qu'il a vécue avec ces personnages singuliers aurait pu forger un peu son caractère, ou tout du moins Nintendo aurait pu faire revenir cet univers. Mais non. Rien à foutre.

Wind Waker n'avait pas ce défaut-là. Link n'était plus l'archétype du décervelé qui va sauver une princesse sans se demander pourquoi on l'envoie au casse-pipe tout seul, c'est un chti garçon qui part sauver sa soeur enlevée sous ses yeux. Il a du sens, on sent qu'il a un but, on peut imaginer sa hargne, et l'univers maritime à part dans la saga n'est pas écarté comme ça. Mario, lui, reste une cliché de héros, et dans un jeu où je me serais attendu à ce qu'il puisse sortir de ce cliché lassant, Nintendo ne donne pas de raison d'être de Paper Mario 2. Peach kidnappée. Mario la sauver. Oh, y a des personnages qui lui parlent, y a des pirates, huhu. Mario s'en foutre. Mario penser à Peach, et Peach seule. Mario en transe pendant tout le jeu. A la fin, on a l'impression lorsqu'il raconte l'histoire à son frangin qu'il est en train de raconter un rêve qu'il venait de faire.

Ne pensez pas que le jeu m'ait foncièrement déplu, ce n'est pas le cas. Mais si je concentre mon baratin principalement sur cet aspect-là du jeu et de Mario, comprenez qu'il y a une raison et que la frustration que j'ai ressentie pendant la deuxième moitié n'est pas anodine. J'ai passé trente heures à rêver d'un Mario autre pour me rendre compte que Nintendo avait finalement décidé de me faire jouer à une version RPGifiée de Super Mario Bros, et non pas un véritable RPG.

Bref, il y a dix ans j'aurais probablement beaucoup apprécié le jeu. Aujourd'hui, si dans l'ensemble je me suis à peu près amusé, je reste très déçu par l'absence d'évolution du personnage, et comprends mieux pourquoi je me suis progressivement éloigné des Mario et Zelda. J'en demande plus que ce que la formule propose, et je ne l'ai pas, ou quasiment jamais... Je reproche à ce jeu de ne pas être autre chose qu'un platformer de la marque Mario, et que si Nintendo n'a pas voulu en faire autre chose, eh bien il n'a pas de vraie raison d'être. J'apprécie néanmoins que Nintendo ait entrouvert une porte, m'a laissé rêver un instant.

J'aurais pu/dû m'y attendre, direz-vous. Peut-être. Enfin bon, aucune idée si je donnerai une chance à un autre RPG Mario.

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  • Jeux vidéo
    Jaquette Paper Mario : La Porte Millénaire

    2017 : Jeux

    Le faible nombre de caractère disponible est un peu dommage, j'ai dû pas mal écourter pour Spec Ops : The Line, par exemple.

  • Jeux vidéo
    Jaquette Crypt of the NecroDancer

    2016, jeux

    Bah euh voilà. Des jeux joués en 2016.

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