J'allais t'aimer.

Avis sur Persona Q : Shadow of the Labyrinth sur Nintendo 3DS

Avatar Alex D. Wolf
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Version Nintendo 3DS

A faire rougir Maki Sonomura,
A faire trembler toute la voie d'Amala,
A faire flamber les enfers de Kether,
A faire jurer tous les tonnerres de YHVH,

J'allais t'aimer.

Oh oui, j'allais t'aimer, Persona Q. J'allais t'aimer, toi, l'énième coup marketing d'une paire de piètres RPG dont la réputation continue de me dépasser et de me consterner. J'allais t'aimer, toi à qui je n'avais pas envisagé de laisser une chance. J'allais t'aimer, car il s'est trouvé quelqu'un pour payer ton prix exorbitant à ma place. J'allais t'aimer, car tu le méritais.

J'allais l'aimer pour toutes sortes de raisons.

Les graphismes « chibi » qui réussissent sans forcer à faire mouche, aidés d'une réalisation d'assez bonne facture. C'est pas laid, je ne le dis pas du bout des lèvres ni pour être bon prince, bien que je garde une dent grosse une maison contre les graphismes épouvantables des jeux PS2 (tout le monde a compris le jeu de mots pas laid/palais, je peux continuer ?)
Les musiques adaptées au moment et à l'ambiance sans en faire trop, plus le thème du donjon final qui fait vibrer ma corde sensible de fan de Nocturne.
Le doublage d'une qualité époustouflante (même si ça vaut pas Devil Survivor Overclocked).
Le gameplay dynamique et tactique à la fois bien qu'il ne soit pas sans défaut, le Boost ayant tendance à être broken dans les deux sens. On n'a décidément jamais rien inventé de plus "fair and square" que le Press Turn, mais c'est déjà un très gros pas en avant, il faut poursuivre dans cette direction.
Et surtout, surtout, ce que je vais le plus retenir de ce jeu. Le level design des deux derniers donjons est absolument jouissif. Placements et déplacements se doivent d'être rigoureusement calculés, pensés, étudiés. Pas de pifomètre, pas de couloir bête et méchant. Pas de téléporteurs d'Eridanus, pas de tortillards de Mikage. Du bonheur à l'état pur que de les arpenter pour mieux les comprendre, ça m'a même donné envie de jouer à un Etrian Odyssey alors que cette saga ne m'avait jamais tenté jusque-là.

Un jeu pareil mérite, que dis-je, se doit d'arborer un 8 -voire un 9- avec une recommandation. Et j'en ai vraiment envie. Mais. Cela m'est impossible. Impensable même. Parce qu'on parle quand même d'un Personaze et Atlus a donc décrété qu'il ne faudrait pas que le jeu soit trop bon non plus. Manquerait plus que ça. Le jeu se retrouve donc plombé par des défauts qui auraient pu ne pas être là s'il ne s'était pas appelé Persona, des défauts dont je ne peux omettre l'existence, et qui plombent lourdement la note finale.

Et en l'occurence, on parle d'un cross-over Personaze. Deux équipes déjà bien fournies qui se rejoignent, vous savez ce que ça donne ? Ça donne un casting beaucoup trop fourni, à plus forte raison quand l'intrigue tient sur un Post-it. Il y a vingt personnages qui se côtoient et qui passent le plus clair de leur temps à multiplier les références à leur jeu d'origine et à faire des blagues d'un niveau abyssal de nullité (Teddie est un échec total dans ce jeu, il n'a rien compris au rôle d'un personnage comique, Cielo de Digital Devil Saga reste le modèle à suivre). Le jeu est saturé de dialogues fan-service alors qu'il ne raconte rien pendant cinquante heures, et en prime, les personnages ont bien moins de relief et de subtilités que dans leur jeu d'origine. J'en suis arrivé à zapper 80% des dialogues à l'intérieur des donjons tellement j'en avais marre d'entendre pour la millième fois qu'Akihiko est un bagarreur sans cervelle qui ne peut pas vivre sans son "big bro" Shinjiro, que Teddie est un obsédé sexuel et que Chie ne pense qu'à manger de la viande. Vingt guignols qui déblatèrent perpétuellement les mêmes inepties sur le même ton toutes les deux minutes. Pitié, rendez-moi Nocturne ou DDS, ces jeux où trois péquins s'échangeaient difficilement trois phrases en vingt heures, mais c'était pour raconter quelque chose de vraiment pertinent. J'en ai souffert, parce que moi, j'aimais bien Akihiko, je crois même que c'était mon personnage favori de Persona 3, alors voir et entendre ce qu'il devient ici...

J'en suis venu à couper les voix. Pourtant, n'ai-je pas dit que le doublage était très bon ? Je le redis au cas où, les voix collent bien aux personnages et les performances sont plus que louables. Mais. Entendre à chaque fois que je rentre dans une salle qu'il y a un FOE, un coffre noir ou un interrupteur, qui étaient déjà là à mon dernier passage et qui le seront encore à mon prochain, je sais, ta gueule. Entendre à chaque combat qu'il y a tant d'ennemis et à qui est l'initiative, je sais, ta gueule. Entendre à chaque passe d'arme que tel personnage est en mauvaise posture, je sais, ta gueule. Et tout ça en permanence, sans arrêt, tout le temps, à chaque instant, JE SAIS ! TA GUEULE !
Si vous vous dites que j'exagère, c'est que vous ne pouvez pas imaginer quel niveau de torture ça représente, pour un fan avoué de la branche principale qui a fini dans la douleur Strange Journey et Megami Tensei 2, de se sentir pris en permanence pour le roi des cons toutes générations confondues.

Dernier point que je souhaite aborder, l'opération pompe à fric. Ce titre coûte 50$, c'est l'un des jeux les plus chers de l'eShop avec Etrian Odyssey Untold 2 et Devil Survivor 2 Break Record (deux autres jeux récents signés Atlus, et deux remakes). Or, pour 50$, on peut s'acheter à la fois SMT IV, l'épisode qui synthétise vingt ans de passif, et Devil Survivor Overclocked, qui figure parmi les SMT les plus riches et les plus instructifs sortis depuis Nocturne. Je ne sais pas trop ce que je vous recommande le plus entre ces deux possibilités. Quoique si vous ne connaissez pas Persona 3&4, outre que je me demande pourquoi vous m'avez lu jusqu'au bout alors que vous n'êtes pas le public visé, je vous réponds : ne calculez pas. Prenez Devil Survivor Overclocked.

Et ça me fait mal de le dire, parce que Persona Q a vraiment de très bons atouts en tant que D-RPG, et j'aimerais le recommander en tant que tel. Mais j'ai dû amputer tout ce qui fait de lui un Persona pour prendre du bon temps dessus, ce qui impacte mon jugement final. C'est un peu le même dilemme que pour Strange Journey, à qui je reconnais toutes les qualités du monde en jeu pour le jeu tout en honnissant sa filiation à la licence Shin Megami Tensei. Cependant, contrairement audit SJ, Persona Q arrive à être joli à l'oeil, ses musiques soutiennent l'instant sans trop s'y croire et l'histoire en vaut bien une autre, d'autant qu'elle évite de donner dans la surexposition. Du coup, il gagne d'une courte tête face à son grand frère. Et il arrive à me rendre un vrai espoir pour Persona 5, Atlus n'a pas tout à fait oublié comment créer de bons donjons et de bons gameplays. Ce serait bien, par contre, qu'ils s'en souviennent un peu plus souvent.

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