Le jeu de la transition

Avis sur Pokémon X sur Nintendo 3DS

Avatar Johnny-Jay
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Version Nintendo 3DS

J'ai lâché Pokémon en cours de 5ème génération, après une version Noire dont je ne garde presque aucun souvenir, et je n'ai repris qu'avec Pokémon Lune puis Ultra-Soleil. Malgré leurs défauts, ces deux dernières ont su conquérir mon coeur et s'y imposer comme de nouvelles références, si bien que j'étais réticent à faire un pas en arrière pour me frotter à la 6G.

D'entrée de jeu, j'ai pu constater que le passage à la 3D s'était fait dans la douleur. Si les graphismes n'ont rien de honteux, c'est du côté de la caméra que le bât blesse. Elle est trop zoomée de base, donne la sensation d'être à l'étroit dans le jeu et n'aide pas à s'y repérer ou à en apprécier les jolis décors.
Les quelques changements d'angles en cours d'aventure sont au mieux anecdotiques, au pire handicapants, comme c'est le cas dans la grande ville d'Illumis. On passe sur une vue à la 3e personne bancale car elle ne s'adapte pas aux changements de direction de notre personnage. Si je vais vers le nord avec la caméra dans le dos et que je fais demi-tour vers le sud, la caméra continuera de me montrer le nord et mon perso apparaîtra désormais de face. Pour régler ça il faut s'arrêter et effectuer une rotation sur place, ce qui est tout sauf pratique.

Notez que, pour une raison qui m'échappe, les déplacements en rollers n'ont pas ce défaut. En revanche ils en possèdent un autre qui est d'être beaucoup trop rapides et difficiles à manier dans de petits espaces, c'est-à-dire 90% des maps. Globalement les déplacements ne sont pas hyper précis, on est toujours sur un système de cases à l'ancienne et la possibilité d'avancer en diagonale apparaît parfois comme gênante. Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai galéré à me placer face à une porte.

Ces quelques problèmes n'ont cependant pas fait obstacle à mon plaisir de jeu. Je suis vite entré dans cette version dont l'introduction a le mérite d'être brève. Si j'avais une critique à faire, ce serait sur les Pokémon des premières zones : je commence à en avoir ma claque des Roucool, Chenipan et compagnie. Cela dit il faut reconnaître que l'on a du choix, puis j'aime bien les designs de cette génération donc c'est avec un réel enthousiasme que j'ai choisi les membres de ma team. Mon expérience de la 7G a dû peser dans la balance, je connaissais déjà les Pokémon de Kalos et j'ai eu le temps de m'y attacher un peu dans deux versions différentes.

Niveau histoire, mes sentiments sont partagés. Je ne joue pas aux Pokémon pour leur scénario donc je n'étais pas mécontent d'avancer sans interruption, mais il faut reconnaître que XY ne racontent rien. Déjà la Team Flare est fade et générique au possible, leur tenue est littéralement leur seule spécificité et le boss n'en parlons pas, c'est la caricature de méchant qui veut sauver le monde en le détruisant. Ses répliques d'emo sont gênantes et ses apparitions trop rares pour qu'on le prenne au sérieux. De toute façon je pense que le concept de Teams maléfiques tourne en rond et je préfère ce qui a été fait dans Soleil et Lune. La Team Skull était une bande de bras cassés mais c'était assumé et amusant, on finissait par s'attacher à ces idiots et leurs leaders possédaient un certain charisme, ainsi qu'un bon fond.

Pour en revenir à Kalos, on sent que la région possède une histoire et une culture dignes d'intérêt mais celles-ci demeurent inexploitées. La progression s'avère finalement très linéaire, ce ne sont pas les quelques brèves rencontres avec nos rivaux/amis qui changent la donne. Je n'ai d'ailleurs pas grand-chose à dire à leur sujet, en bien comme en mal... Deux d'entre eux sont des figurants, les deux restants (Sannah et Kalem/Serena) sont des archétypes sans relief. Je n'étais pas mécontent de découvrir certains lieux avec Sannah et de m'associer à Kalem lors de quelques combats, il y avait quelque chose de convivial dans cette manière de parcourir la région, mais on ne peut pas dire que ça ait beaucoup enrichi mon expérience.

Ma sensation de linéarité a été accentuée par l'extrême facilité du jeu. Je vais être honnête avec vous, pour moi la difficulté n'est pas une qualité en soi, je suis bien content d'avoir un multi EXP qui me permette d'intégrer facilement un nouveau membre à ma team sans avoir à grinder comme un débile pendant 4h. Cela étant... Pokémon X a placé la barre bien trop bas. En fin de partie j'avais 10-15 niveaux de plus que tous mes adversaires en ayant passé très peu de temps à combattre des Pokémon sauvages. Qui plus est les dresseurs de base ont rarement plus de deux Pokémon, les champions en ont trois maximum et même le Conseil 4 n'en utilise que quatre... J'ai halluciné en découvrant l'équipe du dernier champion : deux Pokémon Glace purs et un Blizzaroi qui gagne quatre faiblesses et n'en perd aucune avec son double-type Plante. C'est-à-dire que les trois Pokémon du meilleur champion d'arène de Kalos ont QUATRE faiblesses en commun !

Au delà des questions de faiblesses et de résistances, ce sont les movesets qui interrogent : le Blizzaroi en question ne possède que trois attaques, et il est loin d'être le seul. Ça fait un peu tâche pour des dresseurs censés être exceptionnels... Puis je trouve qu'il manque à ces combats un petit quelque chose qui les rende uniques, ce Pokémon qui te fasse dire "ah ouais ok, là ça rigole pas". Cela dit c'est tout à fait subjectif et là encore, le fait d'être déjà familier avec cette génération via Lune/Ultra-Soleil a sans doute influencé ma perception des choses et amoindri ma surprise à la découverte de certaines teams.

Reste que seul le Maître de la Ligue est apparu comme une menace à mes yeux. Je viens tout juste de finir Pokémon X, pourtant je ne garde qu'une poignée de combats en mémoire tant j'ai roulé sur les dresseurs du jeu. J'ai déjà un doute sur l'ordre dans lequel j'ai affronté les champions Plante, Combat et Électrik, c'est dire à quel point ils m'ont marqué... Je regrette de ne pas avoir croisé au moins quelques champions recourant aux méga-évolutions, qui sont censées être LA feature majeure de cet opus et que moi-même j'utilisais peu compte tenu de la faiblesse des adversaires. En revanche les arènes en elles-mêmes sont très sympas, aussi bien sur le plan visuel que mécanique, avec des petits puzzles en lien avec le thème de l'arène. Les plus réussis de la série selon moi.

Pour en finir avec la difficulté, j'ajoute que le jeu juge nécessaire de nous refiler un starter de Kanto très tôt dans la partie et un méga Lucario en milieu d'aventure, peu de temps avant la grande confrontation avec la Team Flare et ses Pokémon majoritairement de type Ténèbres, donc faibles face aux attaques Combat de Lucario... Perso je possédais déjà mon propre Lucario capturé à la loyale mais la "coïncidence" m'a semblé abusée. Au passage, ce segment avec la Team Flare constitue le ventre mou du jeu. Il m'a paru interminable, comme l'était celui de la Sylphe SARL dans BRJ. Dans un cas comme dans l'autre, on affronte une chiée de sbires qui possèdent tous plus ou moins les mêmes Pokémon... Et sont trop faciles à battre dans le cas de la Team Flare.

Maintenant en ce qui concerne l'aspect exploration, il m'a agréablement surpris. J'ai parlé de linéarité dans la progression, effectivement le jeu balise notre parcours, mais les zones traversées sont plaisantes à parcourir, elles regorgent de coins cachés, certains n'étant pas accessibles avant plusieurs heures et l'obtention d'une nouvelle CS. CS qui, à l'inverse, sont chiantes au possible. Elles font partie des gros défauts de la série que j'étais ravi de voir disparaître dans la 7G. Les double-types sont devenus légion, on a besoin d'un maximum d'attaques pour en venir à bout, il n'est pas concevable de devoir réserver 5 slots à des CS, 6 en comptant la CT éclate-roc...
C'est dommage d'avoir attendu la 7G pour remplacer les Capsules Spéciales par des montures, d'autant que ces dernières n'ont aucun intérêt dans la 6G. Le déplacement à dos de Rhinocorne ou de Mammochon est mou et chiant au possible, une vraie corvée, et question immersion dans l'univers on repassera vu la maniabilité robotique des bestioles.

Au final le bilan de l'aventure est nuancé. Pokémon X marque la transition entre deux époques, deux philosophies différentes pour une franchise qui se veut désormais plus accessible. Cette version apparaît alors comme un brouillon de la 7G, bien plus aboutie en termes d'équilibrage, de technique, de scénario, de mise en scène, de personnalisation de l'avatar ou encore de fluidité dans les déplacements. À côté de ça elle possède quelques qualités qui ont disparu par la suite, notamment en ce qui concerne l'exploration, d'ailleurs elle ne cède pas encore au "hand holding" insupportable des 7 et 8G, cette sale habitude d'arrêter le joueur tous les 5m pour lui dire où aller.

Pokémon X est un jeu plaisant à parcourir, ses nombreux défauts ne gâchent en rien l'expérience mais ils tendent à la rendre oubliable.

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