critique originale parue sur chronicart.com

Avis sur Pure Pool sur PlayStation 4

Avatar Khanh Dao Duc
Test publié par le
Version PlayStation 4

Avant GTA IV, V ou Red Dead Redemption, Rockstar avait d’abord commencé sur Xbox 360 et PS3 par Table Tennis, un jeu étonnamment plus modeste mais tout aussi brillant. A l’opposé du gigantisme des jeux phares de l’éditeur, cette simulation de ping pong concentrait en effet toute l’attention du joueur autour d’une simple table et de sa petite balle, soulignant le moindre détail jusqu’à dilater la perception du joueur vers les horizons les plus infimes. Une exploration vers l’infiniment petit qui, bien qu’à l’opposé des jeux en open world et leur idéal d’un monde dont l’écriture s’offre au joueur, formulait aussi sur un mode mineur le même enjeu de dépassement de nos affects mondains. Presque dix ans après Table Tennis (sorti en 2006), l’histoire n’a pas tellement changé. Entre un remake HD de GTA poussant l’illusion de l’Amérique toujours plus loin et un Assassin’s Creed saturé de foules et d’interactions incessantes, c’est Pure Pool qui se révèle cette fois comme ce jeu mineur, remplaçant la table de ping pong par celle du billard.

Suite officieuse de Hustle Kings sorti en 2009 sur PS3, le jeu des britanniques de VooFoo Studios marque ainsi d’abord par son souci du détail, au coeur même d’un jeu où tout est question de précision. Au plus près de la table, l’on y capte les aspérités du tissu, le lustre des rebords, ou encore les reflets scintillants des boules sous la lumière des lampes, en même temps que l’on mesure avec une extrême précision toute variation de trajectoire, due au moindre changement de force ou de point d’impact de la canne. Progressivement, il devient alors possible de prendre conscience et maitriser les subtilités du jeu, imprimer des effets courbés ou rétro, optimiser sa stratégie face à l’adversaire pour le mettre en difficulté au coup suivant. Tout cela avec un sens de la mise en scène discret mais bien présent, qui mettra en valeur un coup décisif, avec ralenti et gros plan faisant apparaitre les particules de craie projetés dans l’air au contact de la boule.

C’est sur le sens de sa mise en scène que Pure Pool marque dès lors une certaine différence par rapport à Table Tennis. Car si l’esprit de détail du jeu s’inscrit dans une logique de maitrise accrue du sport, il y a surtout au-delà la volonté de rendre compte de sa pratique et de ce qu’elle signifie. C’est aussi pourquoi Pure Pool marque un recul par rapport à Hustle Kings en termes de possibilités de manoeuvre (visualisation des trajectoires plus limitées, difficulté de jouer avec les bandes due à une caméra moins libre), afin de mieux coller à la vision du joueur de billard et rendre ainsi compte de ses impressions sur ce qui l’entoure: ici quelques silhouettes mouvantes sous des lumières tamisées, là quelques paroles venant de personnes assises au bar. L’ambiance feutrée et parfaitement retranscrite d’une salle de jeu, bercée par des musiques jazz ultra smooth, se révèle dans Pure Pool toute aussi essentielle que sa table de jeu, car elle mène enfin à une pratique paisible et amicale, fidèle à l’esprit du billard (il est ainsi explicitement fait mention des règles de fair play et de savoir vivre dans le règlement officiel du snooker). Naturellement, on est ainsi enclin dans Pure Pool à faire preuve de patience pour laisser son adversaire jouer, mais aussi de politesse pour ne pas le faire trop attendre lorsque c’est son tour. A ceux qui se sentiraient lassés par le vacarme incessant et agressif du jeu vidéo, Pure Pool constitue donc une belle et rafraichissante invitation, à savourer tard le soir et autour d’un verre, entre amis.

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