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Avis sur Red Dead Redemption II sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Ce jeu...

Pendant longtemps, j'ai fait le lien entre Tarantino et Rockstar Games : de vrais auteurs, à la réputation sulfureuse, au succès certain (et mérité, selon moi), adeptes des histoires de bandits... et de Western. Et c'est là qu'il y a un vrai parallèle à faire entre les deux selon moi : l'un comme l'autre excellent dans ce registre, qui leur permet d'exprimer pleinement leur créativité jusqu'à lui donner un sens et un relief sans pareil.
Une comparaison que j'arrêterai là, car il est ici question de R*, et plus particulièrement de ce Red Dead Redemption II.

Avec Red Dead Redemption premier du nom, R* accouchait en 2010 d'une œuvre encore plus aboutie que ce que préfigurait GTA IV deux ans plus tôt : fini de choquer le bourgeois, ça va bien deux minutes pour profiter du buzz. En 2008, R* tenait enfin un vrai propos par le biais de son média, toute une dialectique sur le rêve américain et son accès par le biais des moyens les moins légaux qui soient, la société américaine dans sa globalité, et surtout... la rédemption. Bien que ce travail eut déjà commencé avec San Andreas en mon sens, on assistait avec GTA IV à un vrai film noir, cynique, pessimiste, qui déjà parlait de repentir. Red Dead Redemption était donc une continuité logique, plus en phase avec ce nouveau R* devenu plus mature.
Avec GTA V, Rockstar revenait cependant en arrière : un jeu plus édulcoré, plus second degré, d'avantage dans la veine des GTA issus du troisième opus ; un volet axé plus grand public, plus commercial, aussi -- et si je me suis longtemps posé la question de la légitimité de le baptiser en tant que cinquième opus tant il ne révolutionnait en rien la série, j'en comprends aujourd'hui tout le sens compte tenu de ce changement de ton flagrant.
Avec Red Dead Redemption II, R* prend le contrepied de GTA V et renoue avec ce qu'il avait initié avec Niko Bellic et John Marston. Qu'on se le dise : RDR II est l'antithèse de GTA V, que ce soit de par sa forme (gameplay, lenteur, réalisme, époque) ou de par son propos.

Red Dead Redemption II serait-il le jeu le plus abouti de R* ?

Tout d'abord, est-il besoin de préciser que la réalisation est sublime ? Cela saute aux yeux. Le degré de détails est hallucinant, voire dérangeant, surtout lorsque l'on se surprend à se dégouter soi-même quand l'on frappe quelqu'un dont le visage se tuméfie sous une couche d'hémoglobine quasi-palpable. Les paysages, en plus d'être naturellement beaux, paraissent vrais, tangibles. Et toute une foultitude d'autres détails viennent égayer le tableau.
Concernant le gameplay, exit la nervosité et la rapidité d'un GTA V, place à ces fameux déplacements lourds qu'avait apporté avec lui GTA IV en son temps, ces mêmes déplacements et animations qui, depuis leur apparition, font pester les joueurs... mais qui pourtant sont raccord avec la volonté de R* de se rapprocher d'une simulation de vie au sein du Far West. Oui, il faut manger, boire, dormir ; s'occuper de son cheval ; etc. Mais tout ceci, loin d'être anecdotique, fait aussi le charme du jeu. A noter que le système de choix et d'honneur refait son apparition dans cet opus, pour un résultat encore plus poussé que dans RDR, avec, toutes proportions gardées, de vraies répercussions.
Un désir de réalisme que l'on retrouve jusque dans le propos du jeu.
Fini la parodie : nous sommes ici bel et bien ancrés dans le réel. Malgré les états fictifs composant la map, les autres grandes villes, elles, sont bien vraies (San Francisco et New York sont mentionnées). Nous sommes dans l'Ouest Américain de la fin du XIXème, le vrai ! Qu'on s'entende bien sur ce point : Red Dead Redemption et Red Dead Redemption II ne sont pas des western spaghettis, ce sont des western crépusculaires, et qui, pour le dernier opus, est emprunt d'un révisionnisme assez costaud. Si les premiers chapitres du jeu nous plongent dans un monde que l'on a déjà quelque peu arpenté avec John Marston (plaines verdoyantes, montagnes enneigées, etc.), les derniers chapitres nous transportent à des années lumières de ce que l'on voit habituellement dans un western et tranche radicalement avec les lieux mythiques du Far West : grandes villes industrielles, bayou, l'après guerre de sécession, etc., le tout mis en scène de manière malsaine, glauque, presque horrifique par moment... RDR II tient un propos radicalement différent du dernier GTA : outre le fait qu'il présente la "civilisation moderne" comme quelque chose de néfaste (société moderne constituant le terrain de jeu de GTA V), il porte un regard beaucoup moins tendre et beaucoup moins léger sur la société américaine et ses travers, de même que sur ses protagonistes, à fleur de peau, esquintés, mais terriblement (ou extraordinairement) humains. Il n'aboutit pas non plus à la même conclusion quant à ces fameux bandits qui poursuivent le rêve américain (cet archétype de personnage que R* aiment à nous présenter dans presque tous ses jeux), ni concernant cette fameuse "rédemption". Par ailleurs, en abordant cette période clé de l'Amérique, là où celle-ci a basculé pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui, R* attaque à la racine et permet d'aborder des faits historiques de manière crue, sans aucune concession. D'ailleurs, la violence, dont l'on se délecte habituellement dans les jeux R*, dégoûte, dérange, cette fois-ci, si bien que l'on cherche presque à l'éviter (malgré son esthétisation) et que l'on redoute parfois d’explorer cette Amérique anarchique, où la pire déclinaison du genre humain y a élu domicile.

Sur cette base viennent respectivement se greffer et prendre vie le scénario et les personnages. Et quels personnages...
Outre le fait que chacun des membres de la bande ait "une gueule", tous bénéficient d'un caractère qui leur est propre et de motivations qui leur sont propres, le tout rendu crédible en partie grâce à un doublage d'une qualité rarement égalée.
Cette bande à qui vous resterez attaché même une fois le jeu éteint tant cette dernière prend vie par le biais de ce média qui nous raconte là une histoire à couper le souffle, riche en émotions, tantôt épique, tantôt dramatique ; tantôt burlesque, tantôt violente ; et teintée d'une mélancolie contagieuse qui vous marquera au fer rouge.

Si vous avez joué au premier jeu, on assiste ici a une ironie dramatique : la bande de Dutch périclite jusqu'à éclater en créant plusieurs camps, informations dont vous disposez puisque John poursuit en 1911 les ex-membres du "Dutch's Gang" (dont Dutch lui-même) alors en fuite. Il faut savoir que cela n'enlève en rien la saveur de l'histoire, puisque l'intérêt réside en le fait de savoir comment cela a-t-il pu se produire. Par ailleurs, l'un des autres intérêts du jeu réside en le personnage d'Arthur (magnifiquement bien écrit, dont l'évolution est bien menée, et qui constitue, à ce jour, l'un des personnages de jeu vidéo qui compte parmi les plus attachants)... et celui de John. RDR II nous fait porter un nouveau regard sur John et l'on constate, en même temps que les autres personnages du jeu, son évolution, et sa rédemption progressive... Une rédemption de courte durée, puisque ceux qui auront joué au premier opus comprendront qu'il ne s'agit que d'une fausse "happy end", ce qui rend, paradoxalement, la fin encore plus triste qu'elle ne l'est, et le propos d'autant plus tragique.

Enfin, que dire de la bande son, sinon qu'il s'agit là d'une des meilleures OST que R* a pu pondre, tout jeu confondu ! Tantôt épique et traditionnelle, tantôt émouvante et surprenante, je n'ai eu de cesse de m'arrêter lors de mes parties pour tendre un peu plus l'oreille afin d'écouter ces compositions qui confèrent au jeu une bonne partie de son aura si exceptionnelle, et qui par conséquent s'avèrent bien au-dessus de ce qu'avait pu nous servir GTA V, qui brille d'avantage par ses radios que par son OST. Mention spéciale aux titres suivants : "The First Shall be Last" ; "True Love" ; "American Venom". Des sonorités d'ailleurs parfois très proches de celles du titre Bully...

Abordons maintenant les seuls points noirs venant ternir un tableau quasi-parfait : certaines divagations du scénario qui paraissent être un prétexte pour rallonger la durée de vie du jeu ; le manque de difficulté et de challenge offert par les gunfights, pas loin du rail-shooter par moment ; la redondance des missions et leur aspect trop scripté (néanmoins compensé par quelques choix offerts au joueur).

En conclusion, Red Dead Redemption II m'apparaît comme le meilleur jeu de R*. Jusqu’au-boutiste, porteur d'un vrai propos et d'une vrai vision d'auteur, tant sur le sujet qu'il aborde que sur sa réalisation vidéoludique, le jeu s'illustre comme l'un des meilleurs jeux vidéos toute génération confondue, mais également comme une œuvre d'art à part entière.
Et pour ceux qui se poseraient la question : non, RDR II ne fait pas mieux que son aîné ; il fait bien plus que ça... il le complète...

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