Généreux, malin, mais drôlement maladroit !

Avis sur Resident Evil 6 sur PC

Avatar Jopopoe
Test publié par le
Version PC

Resident Evil 6 a été construit et présenté comme une sorte d’épisode best-of de la série, un jeu qui tenterait de faire le lien entre tous les épisodes d’une série immense et qui est toujours partie un peu dans tous les sens. Donc, forcément, le jeu est à l’image de la série, foutraque mais extrêmement généreux : 4 campagnes distinctes, pas moins de 7 protagonistes, mélangeant des vieux de la vieille et des nouveaux visages.

Le jeu commence par un tuto qui nous met aux commandes de Léon (accompagné d’une nouvelle venue, Helena), et part sur les putains de chapeaux de roues en les balançant d’hélicoptère en hélicoptère et en enchaînant explosion sur explosion. Ca pète de partout, on s’amuse bien, et ça se termine sur un cliffhanger menaçant, évidemment !

Puis on lance la première vraie campagne, toujours avec Léon et Helena. Cette campagne se veut l’héritière de Resident Evil 2 et 4 à la fois, puisqu’elle nous présente un Léon plus âgé mais toujours garde du corps du président, qui va devoir à nouveau s’échapper d’une ville américaine en cours de zombification. Niveau gameplay on est dans la lignée de Resident Evil 4 et 5, à savoir une TPS d’action à l’ambiance horrifique. Mais on sent que les développeurs ont voulu dynamiser les choses : possibilité de se déplacer en visant, de plonger, d’esquiver, et surtout une jauge de stamina permettant d’infliger des coups au corps-à-corps. Et du coup, même si cette campagne essaie de se la jouer un peu survival horror, ce gameplay action ne colle que moyennement. D’autant que quand on meurt on repart d’un checkpoint (ici point de sauvegardes manuelles), et avec notre santé complète qui plus est, ce qui est plutôt malvenu pour un survival.

Pour compenser ça, le jeu se montre soigneusement radin en munitions, et, surtout, va vous balancer des hordes et des hordes de zombies à la face ! Jamais façon Left 4 Dead, hein, plutôt façon Resident Evil 4 mais avec un respawn incessant qui va vous forcer à fuir en permanence, car vous épuiserez vos balles avant de venir à bout des ennemis. Ca marche bien pour mettre la pression, mais c’est très frustrant parce qu’on ne peut pas explorer à fond les environnements que l’on traverse, et que du coup la gestion d’inventaire propre à la série ne fonctionne pas trop dans ces conditions.

Toujours pour faire de cette campagne un hommage aux racines survival de la série, les développeurs nous ont mitonné une ambiance aux petits oignons, très très sombre et très très premier degré. Des tas de morts, du drame, des lieux dévastés (le campus est franchement cool) et une petite église barricadée pour une pointe de gothique ! Bon ça reste du Resident Evil et de la série Z, rassurez-vous, mais le côté sérieux marche pas mal quand même. Seul gros défaut : la suppression des dossiers à ramasser, grand classique de la série qui aidaient à poser l’ambiance et à donner du corps aux lieux traversés. Bon comme dans RE5 les améliorations s’achètent en dehors du jeu, ce qui me chagrine un peu (ah ce fameux marchand de RE4, qu’est-ce qu’il était bien !).

Bon je vous ai parlé des ajouts de gamplay pour faire tirer le jeu du côté des actioners, mais ce que je ne vous ai pas dit c’est que tout est basé sur des QTE et des actions contextuelles. Et ça c’est franchement navrant : le jeu est bourré ras-la-tronche d’invitations à appuyer sur telle ou telle touche, et l’immersion en prend un sacré coup en travers de la tronche ! Il y a toujours un truc qui clignote sur l’écran, ou une phase où le jeu vous prend la main en bloquant la caméra ou en désactivant le sprint. Et je sais pas vous, mais moi il n’y a rien qui m’énerve plus qu’un jeu qui bride vos contrôles en permanence !

La caméra n’est pas toujours parfaite mais les commandes de tir répondent plutôt bien, la visée à la souris est agréable, et seuls ces fameux QTE pourraient encore vous forcer à jouer à la manette. Mais il y a quand même moyen de les faire au clavier, même si c’est bien moins instinctif. Globalement le port PC est extrêmement propre, aucun défaut à signaler.

Par contre méfiez-vous des checkpoints, ils ne sont pas forcément synonymes de sauvegarde. J’ai eu deux ou trois fois la mauvaise surprise de quitter ma partie après un checkpoint et de revenir à un stade précédent du jeu à ma partie suivante. Ca va dépendre de ce qui est affiché précisément à l’écran après un checkpoint, alors ouvrez bien les yeux !

Bon le scénario est pas mal même s’il reste de très grandes parts d’ombre non expliquées (mais c’est voulu, nous y reviendrons), et qu’il y en a un peu marre de voir Léon le puceau protéger Ada envers et contre tout alors que tout ce qu'elle fait c'est lui caguer dans la bouche...

Et le boss de fin est méga crade et trop cool, en plus d’être interminable (ce qui est une bonne chose !) car doté de trouze-mille formes. Il revient après chaque défaite, dans la plus pure tradition Resident Evil, et c’est super cool !

Globalement la campagne de Léon est plutôt réussi malgré les défauts mentionnés, et dure une dizaine d’heure.

14/20 pour cette première campagne, faite en 10 heures.

Par contre la grâce d'Helena c'est hyper bidon, elle est coupable de haute trahison, hein, ça se pardonne pas comme ça ce genre de truc…

La seconde campagne fera également se rencontrer un vieux de la vieille et un nouveau venu : Chris et Piers. Mais là fini le côté survival et place à un jeu d’action militaire à l’ambiance bien moins fun.

Les ennemis sont des soldats/zombies équipés d’armes à feu, ce que je trouve HS dans un Resident Evil, mais ils sont plutôt intéressants à combattre. Etrangement durs à tuer, ils vont en effet muter une ou plusieurs fois en fonction de la manière dont vous les blesserez, et c’est juste la meilleure idée de tous les temps ! Ca met un piment pas possible dans chacun des affrontements, on est sur la défensive en permanence, et du coup ça marche franchement très très bien. Leur design est bien cradoque en plus, et leur respiration bruyante et malsaine permet de rajouter un peu d ‘horreur dans une campagne à l’ambiance un peu trop militaire.

On regrette pas mal de perdre cette ambiance dont la série était coutumière, et le début de campagne où l’on combat une sorte d’armée est un peu trop COD-esque par moments, mais le gameplay est fun donc ça passe quand même.

Sauf les QTE. Car le jeu continue d’en balancer en veux-tu en voilà, et que quand tu meurs en boucle parce que tu comprends même pas comment le QTE fonctionne ça a un potentiel d’énervément prodigeux.

Mais cette campagne introduit aussi la marque de fabrique de ce sixième épisode, à savoir la narration entremêlée entre les différentes campagnes. Car si dans certains niveaux de Léon on croisait parfois les autres protagonistes du jeu sans trop savoir ce qui les amenait face à nous, en incarnant Chris on va cette fois-ci revivre certains évènements sous un nouvel éclairage, et la véritable histoire du jeu sera révélée de cette manière au fur et à mesure des différentes campagne (l’aventure finale vécue par Ada servant de clé de voûte à l’ensemble de la structure scénaristique). Et même si l’histoire n’est pas exceptionnelle, ce procédé va la rendre dix fois plus vivante et surprenante, et ce sera pour moi un des vrais points forts du jeu.

Bon par contre le boss de fin de cette campagne est bien moins intéressant car bourré de QTE, c’est quand même pas terrible…

Mais globalement, grâce à un gameplay dynamique et à une narration intéressante, on passe encore une fois outre les défauts et on s’amuse quand même pas mal.

=> 14/20 pour cette seconde campagne, qui dure à peu prêt 8 heures.

La troisième campagne prend le risque de ne pas vous proposer un des héros emblématiques de la série, puisqu’on incarne ici soit Jake, un inconnu, soit Shirley Birkin, qui, si elle a marqué les esprits, possède bien moins de charisme qu’une Jill ou une Claire.

Le début de la campagne est un peu pénible, ça pète de partout sans qu'on puisse faire grand-chose, on est plus dans une vague cinématique interactive qu’autre chose. Heureusement ça ne dure pas trop longtemps, et on retrouve une campagne aux qualités similaires aux autres, mais avec ses propres défauts.

En effet les développeurs ont clairement voulu apporter de la variété au jeu, et une alternance se met en place. D’une part les niveaux classiques où l’on doit tuer tout ce qui bouge, avec à nouveau des recoupements très sympas des campagnes précédentes, recoupements qui apporteront leur lot d’éclaircissements. D’autre part des niveaux plus originaux, mais globalement plutôt ratés : course-poursuite à véhicule inintéressante, infiltration franchement pas terrible, et des séquence de die-and-retry à base de QTE…

Et s’il est toujours aussi sympa de croiser les autres protagonistes dans certains niveaux, on peut résumer cette campagne de la façon suivante : quand ça tire, c’est cool, mais quand ça tire pas bon dieu que c'est pénible !

=> 14/20, et 6 heures de jeu.

Arrive enfin la dernière campagne, celle qui est censée apporter les révélations nécessaires à la compréhension de l’histoire. Et qui de mieux qu’Ada pour aller espionner les secrets d’autrui ?

On commence avec de l’infiltration très brouillonne (alors que ça crève les yeux que leur jeu n’est pas du tout conçu pour ça !), mais, aiguillonné par notre désir d’avoir le fin mot de l’histoire, on persévère et ce passage pénible ne dure pas trop longtemps.

Le reste de la campagne est similaire à ce qu’on a déjà vu dans le reste du jeu niveau gameplay, et on a droit au chassé-croisé habituel avec les protagonistes précédents. Mais le point de vue d’Ada rajoute encore une nouvelle dimension à cet aspect déjà très réussi du jeu. En effet, Ada pose un regard ironique et amusé sur les autres héros, et on se rend compte qu’on est en train de rire à nos propres dépends, puisque la Ada que l’on incarne actuellement se moque des choix et des actions que nous avons-nous-même effectuées quelques heures de jeu auparavant ! C’est très bien écrit et c’est vraiment excellent comme idée.

La fin de la campagne est le théâtre de mutations hyper crades et du coup franchement réussies, on n’est pas déçu du voyage !

Une bien belle campagne qui clôt le jeu de manière très intelligente, et qui parvient à rendre sympathique un personnage qui me laisse habituellement de marbre.

14/20 également, pour 5 heures de jeu.

Au final, on retiendra de ce Resident Evil 6 sa générosité et ses ambitions hors normes, qui lui permettent de durer des heures et des heures, mais qui sont également source des nombreux défauts du jeu. En se montrant plus sélectif les développeurs auraient sans doute proposé un jeu de meilleure qualité, quitte à le rendre plus court. Mais pour celui qui arrivera à supporter les défauts liés à cette hypertrophie de contenu et d’idées, le jeu propose une aventure qui contient suffisamment de moments forts pour justifier de faire les quatre campagnes.

14/20

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 43 fois
Aucun vote pour le moment

Jopopoe a ajouté ce jeu vidéo à 1 liste Resident Evil 6

Autres actions de Jopopoe Resident Evil 6