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L'apogée de la Légende.

Avis sur Seiken Densetsu 3 sur Super Nintendo

Avatar Ramlladu
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Version Super Nintendo

La série d'action RPG Seiken Densetsu (« la Légende l'épée sacrée » en français) fut une des franchises les plus marquantes de l'âge d'or de Square, son immense prestige ayant hélas été sérieusement terni ces dernières années par des productions décevantes.
Si le très bon premier épisode, sorti en 1991 sur Game boy (jeu dont le concept avait été envisagé avant même le premier Final Fantasy), eut son petit succès, c'est bien Seiken Densetsu 2, connu sous le nom de Secret of Mana en occident, qui éleva la franchise au rang de légende.
Localisé dans plusieurs langues dont le français (démarche très rare a l'époque), vendu avec un splendide guide grand format tout en couleurs, il marqua durablement les esprits de centaines de milliers de joueurs. A raison, car ce délicieux conte narrant la quête de trois jeunes héros avait de sérieux arguments : univers enchanteur, gameplay efficace et nerveux, bonne durée de vie, interface à base de menus circulaires innovante et efficace, graphismes soignés et colorés, bande son magistrale, scénario touchant malgré sa légèreté, sans oublier la possibilité de jouer a trois simultanément. Une pépite dont l'image et la réputation n'ont jamais été entamés (en témoigne une version Iphone, légèrement retravaillée, sortie l'année dernière).

Malgré ce succès, sa suite, Seiken Densetsu 3, sortie en 1995, ne franchit jamais les frontières du pays du soleil levant. A la place, l'occident eu droit a Secret of Evermore, développé par la branche américaine de Square, titre qui, malgré d'indéniables qualités (dont une bande son signée Jeremy Soule) est resté controversé sur nombre de points, tels que ses personnages et un système de magie original mais vite agaçant.
Le grand boom d'Internet et des émulateurs changea la donne : en 2000, le jeu fut intégralement traduit en anglais par un groupe de fans chevronnés, et par la suite en d'autres langues. Enfin, l'occident pouvait s'atteler à l'une des dernières perles de la Super Famicom.

Succéder sans faillir à un titre aussi mythique que Seiken Densetsu 2 n'était pas chose aisée. En proposant une suite reprenant un certain nombre d'idées phares de son ainé tout en innovant sur une multitude de points, Squaresoft a su éviter une redite qui l'aurait fait se confronter de front a un jeu au charme inimitable. Et l'équipe d'Hiromichi Tanaka a vu les choses en (très) grand, offrant ce qui reste aujourd'hui l'un des travaux les plus impressionnants et les plus aboutis de l'ère 16 bits.

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Ce troisième opus affiche, dés le départ, de très grandes ambitions. Après une très belle séquence d'introduction, le joueur se voit proposer un choix de 3 personnages parmi 6, (un héros principal + 2 frères d'armes) chacun ayant ses propres forces et faiblesses : le chevalier, le voleur, la magicienne, la prêtresse, la valkyrie, et enfin l'enfant-loup. Six personnages donc, pour autant de façons différentes de jouer. Un choix qui ne se limite pas à une simple question de gameplay, car chaque héros possède sa propre histoire et ses propres motivations. Ce sont ainsi des premières heures de jeux radicalement différentes qui sont à vivre selon le personnage principal choisi. De même, la façon dont s'effectuera la rencontre avec les deux autres héros sera elle aussi unique : de quoi démarrer cette longue aventure d'un grand nombre de façons.
Mais Seiken Densetsu 3 ne s'arrête pas là : le dernier quart du jeu sera lui aussi dicté par votre choix de début de partie, avec 3 conclusions possibles (une par binôme de personnages), soit 3 (grands) derniers donjons et 3 derniers boss (ainsi que plusieurs boss secondaires) uniques. Un travail titanesque de la part de l'équipe de développement, qui confère au titre une véritable replay value, surtout en cas de nouvelle partie avec les trois personnages laissés sur le carreau lors de la première aventure.

Les innovations ambitieuses et les choix proposés au joueur sont également étendus par une certaine liberté dans les "builds". Chaque personnage possède une classe de base, puis deux niveaux d'évolution au niveau 18 ainsi que deux autres au niveau 38.
À titre d'exemple, le guerrier pourra ainsi choisir en milieu de partie de devenir chevalier ou gladiateur, et se verra proposer un dernier choix à l'approche du grand final. Chaque promotion possède ses spécificités. Une classe offrira des sorts plus puissants mais visant un ennemi unique alors que le potentiel destructeur des arcanes d'une autre se montrera moindre mais ciblant tous les ennemis à l'écran, certaines classes permettront le port de bouclier au détriment de l'efficacité offensive pure, etc.
Le choix est large quant aux combinaisons de héros et de classes. Certaines de ces combinaisons rendront le périple plus aisé que d'autres, mais l'ensemble reste suffisamment bien étudié et calibré pour que le joueur puisse terminer l'aventure quelle que soit son équipe finale : à titre d'exemple, les faiblesses inhérentes à un groupe très porté sur les attaques physiques pourront être compensés par l'utilisation judicieuse d'objets magiques.

Dans Secret of Mana, les héros avaient accès à l'intégralité des sortilèges et armes disponibles (les sorts de soutien étant toutefois majoritairement réservés à la fille et ceux d'attaque à l'elfe) laissant au joueur le soin de se spécialiser à sa guise dans une arme ou un élément et même de devenir expert dans tous les domaines existants, pour les plus chevronnés. Seiken Densetsu 3 offre une autre approche, chaque personnage pouvant utiliser un seul type d'arme, tandis que le panel de sorts, bien qu'étant plus important que celui de Seiken Densetsu 2, est divisé et réparti selon les classes.
Ainsi, un paladin en fin de jeu n'aura a sa disposition que deux sortilèges, le premier permettant de soigner les blessures et le second conférant la très utile caractéristique « lumière » à l'arme d'un unique personnage. Une classe avec une forte orientation "magie" en possédera évidemment bien plus, mais pas autant que les deux lanceurs de sorts de Secret of Mana.

Le système d'armes et de magie qui augmentaient en puissance au fil de leurs utilisation passe a la trappe, de même que les sphères qui permettaient de booster ses armes chez le forgeron. Ici, les armes s'achètent dans des boutiques, tandis que l'efficacité des sorts est liée à une des deux caractéristiques magiques (esprit ou intelligence) de l'utilisateur.
Les dégâts sont ainsi calculés selon le classique « puissance (fixe) de l'arme + force » de même que les sorts n'ont pas de niveau de puissance. On soulignera un point peu répandu dans les J-rpg de cette époque, le choix offert au joueur, à chaque passage de niveau, d'augmenter d'un point une des six caractéristiques, au palier plus ou moins limité selon le type de classe (une classe portée sur l'attaque pure pourra d'avantage augmenter sa Force qu'une orientation basée sur la magie de guérison, centrée sur l'Esprit).
S'il a perdu en originalité, ce système permet d'éviter les écueils de Secret of Mana, à savoir ces répétitives et plutôt absurdes absurdes séances de leveling de techniques qui consistaient, pour la fille, à spammer au maximum ses sorts de soutien jusqu'à épuisement avant de régénérer son mana à l'auberge, et de repartir pour un ou plusieurs tours jusqu'à arriver au palier voulu..

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L'essence même du gameplay de Seiken Densetsu 3 est aussi, derrière les apparences, différente de celle de son ainé. Si on y retrouve les excellents menus circulaires, les dégâts magiques élémentaires plus efficaces contre l'élément opposé et le principe d'une équipe de trois personnages, le déroulement des combats diffère sensiblement.
Les joutes de Seiken Densetsu 2 étaient très dynamiques, avec la possibilité de lancer des sorts à la chaîne et d'attaquer pendant qu'une magie ou un objet était utilisé. Ici, chaque sort, chaque objet utilisé et une bonne partie des attaques spéciales "à charge" des héros ou des adversaires interrompt l'action le temps de leur utilisation. De plus, les sortilèges nécessitent un temps d'incantation plus ou moins long rendant l'utilisateur entièrement vulnérable. En résultent des combats moins nerveux et fréquemment mis en pause pendant un court laps de temps. De même, les ennemis, qui avaient tendance à rester dans une zone concise dans Secret of Mana, se ruent rapidement sur le groupe à chaque nouvel écran. Un aspect qui à quoi de décontenancer les joueurs qui avaient pris leur marques et qui pourront, au départ, trouver les joutes frustrantes, ne sachant plus qui frappe quoi lors de violentes mêlées.

Difficile pourtant de ne pas reconnaitre que les choix de Squaresoft se révèlent plus intelligents qu'ils n'y paraissent au premier abord. Le joueur se doit de porter une attention toute particulière à la position de son personnage à chaque confrontation, en évitant a tout prix de se faire encercler tout en estimant au mieux les distances. Chaque rencontre avec des ennemis déclenchant un mode "combat" où les personnages, armes dégainées, restent en "lock" sur les adversaires, il est assez difficile de fuir le danger. De plus, le fait que chaque action (hors attaques de base) interrompe les joutes interdit les fameux abus de Secret of Mana, où il était possible, en mémorisant par habitude le temps minimum nécessaire à la relance d'un sort, de spammer sa magie d'attaque à l'infini sans possibilité de contre laissée à la cible (ce qui permettait de torcher la plupart des boss en moins de deux minutes à coup de combos à 999 points de dégâts).

Seiken Densetsu 3 se montre ainsi bien plus difficile que son prédécesseur, dont la fin était, il faut l'avouer, une promenade de santé pour qui avait compris les faiblesses du système de sorts.Les ennemis de base les plus dangereux peuvent massacrer une équipe entière mal préparée en moins de vingt secondes (ce qui rend, pour une fois, les sortilèges/objets de soutien véritablement utiles), tandis les boss sont largement plus longs à être défaits, nécessitant une attention de tous les instants. Une équipe bien préparée mettra un bon quart d'heure à vaincre le dernier boss.

Pour compenser cette difficulté accrue, la limite de quatre objets par type, qui était la règle dans Secret of Mana, est abolie. Le groupe peut cette fois emporter jusqu'à neuf calices de résurrection, bonbons ou noix magiques, tout en ayant à sa disposition un inventaire (accessible hors phases de combat) permettant de stocker un nombre quasi illimité d'objets. Des objets d'une impressionnante variété, qu'ils soient à looter ou à acheter, permettant tous les effets magiques possibles et imaginables : de quoi se procurer un avantage non négligeable pour les combats les plus difficiles, surtout pour les équipes à la puissance magique réduite.

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Des héros très jeunes et inexpérimentés aux personnages aussi improbables que le père Noël ou le roi Midas, en passant par un conflit entre les rebelles et l'Empire mis en scène avec une simplicité candide : Secret of Mana avait la saveur d'un joli conte que l'on narre au coin du feu, se concluant avec brio sur une note très émouvante.
Seiken Densetsu 3, tout en conservant une dimension féerique, se montre nettement plus sérieux. À commencer par le background de chaque héros, empreint de tragédie : le chevalier a perdu ses deux parents, la magicienne, offerte en sacrifice par sa mère, doit fuir son royaume, l'enfant-loup est forcé de tuer son unique ami... Dans sa globalité, l'histoire est à la fois plus complexe et plus sombre. Meurtres trahisons, massacres et suicides seront de la partie. Ainsi, même si l'on baigne indubitablement dans l'ambiance « Seiken Densetsu », avec la présence des éléments clés (les huit esprits, l'arbre, l'épée et la déesse Mana, les voyages en canon, le survol de la carte sur le dos de Flammy, l'aspect kawaii de nombre de créatures...), le ton y est plus dur... un ton que certains détracteurs qualifieront de trop classique.

Dire que Seiken Densetsu 3 impressionne sur le plan visuel est un euphémisme. Secret of Mana était déjà très satisfaisant à ce niveau, mais sa suite le surpasse de très loin. Le jeu est tout bonnement magnifique.
Si le constat saute aux yeux dés les premières minutes, les plus beaux passages seront, tels une récompense, découverts plus tard dans l'aventure.
Certains environnements font presque douter que la Super Nintendo est bien la console porteuse. Profusion de détails, décors impressionnants, cycle jour/nuit, arrière-plans sublimes aux étonnants dégradés rarement égalés sur la console, maîtrise du mode 7, des scrollings parallèles, effets pyrotechniques, animation au poil, boss aux sprites titanesques... C'est bien simple, le jeu n'a rien a envier à un Sword of Mana sur GBA... les notes de mauvais goût en moins.
Car Seiken Densetsu 3 est aussi une perle en termes de design, avec des héros charismatiques aux animations très travaillées traduisant à la perfection leur personnalité et leur style de combat, des environnements enchanteurs, des monstres soignés allant du plus adorable au plus inquiétant (les derniers boss sont magistraux). Impossible de dénicher la moindre fausse note. Sans nul doute, Seiken Densetsu 3 se place haut la main dans le top 5 des plus beaux titres de la console.

La bande son de Secret of Mana et ses sonorités si particulières, oeuvre du très talentueux Hiroki Kikuta, a durablement marqué les esprits d'innombrables joueurs et reste encore aujourd'hui une des plus fabuleuses jamais composées pour un jeu vidéo. Joie ! Kikuta a repris du service pour Seiken Densetsu 3. A l'image de l'ambiance générale, les compositions, tout en gardant le cachet typique de la série (les sonorités rappelant les instruments à vent sont légion), se montrent un peu plus classiques. Pas de méprise cependant, l'OST de Seiken Densetsu 3 est renversante, et des thèmes tels que "Decision Bell" ou "Nuclear Fusion" n'ont pas grand chose à envier à un "Give Love it's Rightful time".

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Alors, Seiken Densetsu 3, l'action-rpg parfait ?
Et bien non, car malgré ses innombrables qualités et ses prouesses dans bien des domaines, quelques tares ternissent légèrement le plaisir de l'expérience. En dehors de son système de combat ou de sa gestion de l'équipement qui pourront déplaire à certains, le jeu réserve quelques mauvaises surprises dans certains de ses aspects, comme la quasi-inutilité de la caractéristique «Agilité» (apparemment un bug de conception étonnant étant donné le degré de finition du jeu).
De même, le chemin de croix nécessaire aux promotions ultimes (presque indispensables pour venir à bout du jeu) est assez discutable : il faudra looter un type de graine spécifique et rare sur des ennemis puissants, les faire germer dans une auberge et prier pour obtenir le bon artefact, ce qui pourra engendrer de longues séances de chasse et d'aller-retour si on désire évoluer vers une classe précise et que la chance est aux abonnés absents.
Même système pour les graines qui permettent de créer les armes/armures ultimes pour chaque classe se lootent elles aussi uniquement sur les ennemis les plus puissants du jeu... et à ce stade de l'aventure, beaucoup d'armures s'avéreront inutiles car les héros auront atteint le palier infranchissable de 300 points en défense physique par le biais du seul level-up.
On pourra aussi déplorer une petite baisse de rythme et d’intérêt vers la moitié de l'aventure, qui heureusement devient intense dans son derniers tiers, ou chipoter devant la nécessité d'acheter chaque objet à l'unité plutôt qu'en lots. Les amateurs de multijoueurs regretteront l'absence de la possibilité de jouer à trois, avec « seulement » un mode deux joueurs. On peut aussi citer l'impossibilité, lorsque le personnage contrôlé incante un sort, de donner le moindre ordre à ses alliés tant que le dit sort n'est pas lancé, quand bien même ils ne sont aucunement concernés par celui-ci.

Malgré ces quelques griefs, difficile de ne pas être admiratif devant la qualité et la richesse de Seiken Densetsu 3, un des meilleurs titres de la console et une des plus grandes réussites du Square de la grande époque.

Quant à savoir si le jeu est ou non supérieur à son aîné, le débat reste ouvert, certains préférant l'aspect très féerique et naïf de Secret of Mana tandis que d'autres applaudiront le scénario plus abouti et complexe de sa suite. Quoiqu’il en soit, difficile pour tout amateur de retrogaming et de rpg nippon de passer à coté de ce troisième épisode.
De quoi rêver au retour sur le devant de la scène de la franchise, après un Legend Of Mana magnifique mais qui divisa par son concept, un remake du premier épisode contestable sur nombre d'aspects, deux opus DS très différents de l'esprit de la série et un "Seiken Densetsu 4" sur Playstation 2 qui a tant déçu...

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