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Shadow of the Colossus sur PlayStation 2

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Version PlayStation 2

Depuis des années, la team Ueda est réputée pour être le Woody Allen du jeu vidéo, pour ses jeux conceptuels au possible, débordants de qualité, notamment en approchant la perfection graphique. Sorti en 2005, Shadow of the Colossus, leur titre majeur avec Ico, est un jeu dont on parle en des termes aussi divers que "le jeu aux seize mobs méga-chiant et relou" ou "la poésie pure et un bijou de gameplay inégalable".

Avec pour seul compagnon Agro, son fidèle destrier, Wander a voyagé pendant des lunes pour arriver ici, dans ce temple étrange, au cœur de contrées désolées. En déposant délicatement le corps de la jeune fille sur la pierre froide de l'autel, il se demande quelle est la part de vérité dans la légende. Mais une voix venue des cieux interrompt le cours de ses pensées. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait entendu la moindre voix.

Il semblerait qu'il y ait un espoir, une chance de troquer la mort contre la vie, et de la ramener près de lui. Mais la découverte d'un tel pouvoir n'est pas sans conséquences.

Wander est prêt à tout, quelque que soit le prix. Il s'est aventuré trop loin pour perdre espoir maintenant.
La voix évoque des créatures immenses qui peuplent ces terres ; des être qui, une fois abattus, confèrent le pouvoir de ressusciter les âmes des disparus.

L'histoire de ce jeu est très simple, puisqu'il s'agit d'une quête pour un amour perdu. Foin de cut-scenes d'un quart-d'heure, tout est dit de la façon la plus rudimentaire possible, dans une histoire au rythme enlevé. On suit quand même le tout facilement puisque les dialogues très épurés ne livrent que le nécessaire sans recourir à l'exposition qui consiste à détailler l'essentiel tout du long ni à la "surexposition" qui consiste à tout détailler à chaque découverte en hachant le rythme en tous petits morceaux au passage.

Graphiquement, l'âge du jeu laisse des traces. Le rendu est en fait très inégal : autant les environnements en pleine cavalcade et les colosses sont à se crever les yeux, les cut-scenes et les effets comme la poussière et les cailloux qui sautent sont nettement moins convaincants. Les textures, quand on les regarde de près, s'avèrent également assez moyennes.
Pourtant, l'expérience saura vous scotcher durant les galopades, car dans ces moments, plus question de chercher la petite bête. Il ne reste plus qu'un ineffable bonheur, une véritable projection dans cet univers émouvant de réalisme, dans ces plaines et ces sentiers dont on ne voudrait pas voir la fin.

Il y a peu de musiques, car pour appuyer l'exploration, la démesure et le sentiment de solitude du jeu, rien ne vaut un lourd silence brisé uniquement par le galop d'Agro et les cris de Wander. Cela dit, chaque piste est un joyau. L'OST fait la part belle aux instruments nobles comme le violon, le piano ou la contrebasse, et les morceaux véhiculent un sentiment épique ou une beauté incomparable.

Le monde est très grand, mais le parcourir est un régal, surtout que les environnements sont très variés ; outre la plaine, on visite un désert, des ruines, des forêts, un lac... Il n'y manque, pour des raisons de cohérence, qu'une montagne enneigée.

Le jeu repose sur une seule quête : trouver les seize colosses et les abattre. Et rien que ça, croyez-moi, c'est loin d'être simple.

Il faut d'abord localiser ces colosses. Pour cela, Wander doit brandir son épée sous le soleil, et chercher le point où les rayons se concentrent. Dans cette direction se trouve son adversaire. Il arrive que le rayon nous mène droit dans un précipice, auquel cas il faut explorer les environs pour trouver le chemin adéquat.
Une fois l'ennemi débusqué, la bagarre commence...

Pour vaincre ces titanesques adversaires, il faut trouver leur point faible et y enfoncer votre épée à plusieurs reprises. Autant le dire tout de suite, Wander n'est pas un chevalier, ni même un combattant ; son maniement de l'épée est rudimentaire au possible. Toutefois, il tire à l'arc comme un chef et a des compétences acrobatiques dignes d'un ninja ou d'un Maître Assassin. Il peut grimper sur pas mal de murs, il s'accroche comme une tique aux fourrures et aux lierres, et il dispose d'un sens de l'équilibre proprement sidérant compte tenu des situations où il se retrouve.

Ainsi, les joutes consistent à trouver le moyen de grimper sur le colosse, puis le chemin à suivre pour atteindre les zones sensibles, ensuite le point faible, et attaquer ce dernier jusqu'à son trépas. Évidemment, les brutes ne l'entendront pas de cette oreille et feront tout leur possible pour faire tomber le moucheron, par exemple en s'agitant frénétiquement. Chaque colosse a une approche différente, certains sont d'ailleurs plus durs à atteindre et à grimper qu'à défaire. D'autres sont même amusants à affronter tant leur principe est original.

Le gameplay repose sur deux actions fondamentales : sauter avec Triangle et s'agripper avec R1. Il est également possible de tirer à l'arc, mais cette action ne sert pas à blesser les ennemis. Cela attire leur attention ou agit sur les "zones sensibles", mais vous ne couperez pas aux passages à l'épée. Toutes vos tentatives réduisent votre "jauge de pouvoir", le cercle rose. Quand elle est tout à fait vide, vous ne pouvez plus vous accrocher, planter votre épée ni tirer à l'arc ; autant dire que vous ne pouvez rien faire.

Dans l'ensemble, on a un style très Assassin's Creed ou Prince of Persia mais soulagé des combats de barbares, qui ne vous pardonnera pas la moindre seconde d'inattention ou l'excès de passivité.

Car oui, si le jeu ne vous fera pas carburer aux Game Over grâce à l'endurance hors norme de Wander (passer sous le sabot d'une tortue de huit mètres de haut ne le tue pas et ne lui retire que 25% de vie), il faut dire que les gens paresseux ou dénués de patience vont rapidement décrocher de ce jeu. Que ce soit pour grimper ou pour progresser sur le colosse, il faut attendre le meilleur moment, et ce moment tarde parfois à venir !
Ajoutons-y que certaines manipulations pour révéler le point faible, sans être tirées par les cheveux, demandent un peu d'ingéniosité, ou du moins une expérience correcte des JV. Un jeu pas si facile qu'il n'y paraît et qui développera votre persévérance.

Shadow of the Colossus a beau être un jeu exceptionnel, il n'en demeure pas moins entaché de quelques défauts. En premier lieu sa caméra "à direction assistée" qui se remet droite toute seule sans arrêt, très handicapante par moments, surtout que ses positions par défaut ne sont pas toujours géniales. De toute façon les caméras 3D sont mes ennemies jurées.

Le second défaut, c'est Agro, cet abruti de canasson qui est aussi agréable à contrôler qu'un baril de lessive sur un patin à roulette rouillé et qui a souvent des réactions bizarres comme s'enfuir en courant quand on doit rattraper un colosse ou au contraire nous coller aux basques presque en nous barrant le chemin quand on veut attaquer. Oh, combien de fois ai-je entendu "mais extasie-toi, andouille, tu as devant toi un cheval ayant sa propre IA, c'est techniquement éblouissant !"... Techniquement, je veux bien, mais en pratique... D'ailleurs, venons-y ! On le contrôle réellement comme une voiture, à gérer les angles en bougeant le stick à gauche ou à droite et en avançant d'une pression sur X, un système certes plus réaliste mais radicalement différent du full free de Wander et qui n'est pas facile à prendre en main.
Et je ne cite que pour mémoire les adorables écarts de 20° imprimés dès qu'on tapote un tout petit peu le stick. 20°, c'est quand même énorme, ce qui fait qu'on galère souvent pour aller là où on veut vraiment. Dans les forêts, la meilleure façon de se déplacer, c'est la course à pied ; moins casse-pieds que les arbres à esquiver.

Concrètement, c'est un jeu qui doit être fait au moins une fois, car il réinvente pas mal de notions et laisse vraiment une marque profonde. La durée de vie est comprise entre neuf et onze heures. Trouver et terrasser un ennemi peut aussi bien prendre vingt minutes qu'une heure trente.
Certains seront touchés par sa beauté et son concept innovant, d'autres par sa répétitivité et son challenge parfois abusé, mais les true gamers qui viendront à bout du seizième colosse découvriront une fin bouleversante par l'usage de procédés narratifs simples mais terriblement efficaces.

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