A l'ombre des Géants fieffés en pleurs

Avis sur Shadow of the Colossus sur PlayStation 2

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Version PlayStation 2

Elle est allongée sur l'autel de pierre dans sa robe virginale. Avec son visage diaphane si serein elle semble pourtant simplement dormir...

- Agro ! Je siffle ma monture et tendrement je caresse sa robe noire de satin éclaboussée par un soleil falot. Nous descendons les marches du mausolée qui bée sur le canton au nom oublié. Devant-nous s'étend une vaste plaine claire et aride parsemée d'arbres frêles, jonchée de blocs qui percent la terre comme les os blanchis de quelque dieu enfoui. Un monde désespérément, inexorablement, vide. Ma tunique de lin tressé claque dans ce vent qui n'avait plus murmuré d'échos depuis des millénaires. Je brandis mon épée, volée dans le saint des saints du temple de mon village natal. Son reflet m'indique alors la direction à prendre : nous chevauchons vers le nord où une falaise sombre semble soutenir les voussoirs mêmes du ciel.
Enfin arrivé à ses pieds, je découvre une faille où se faufilent des entailles rupestres et des blocs cyclopéens habillés de plantes grimpantes. Peut-être s'agit-il des reliquats d'un petit sanctuaire donnant jadis l'accès à un quelconque téménos ? Les portes contenant une ancienne malédiction ? Une nécropole ? Qu'importe, je descends d'Agro et entreprends l'escalade périlleuse de cet échafaudage. Sautant de blocs branlants en corniches fragiles je parviens à me hisser à son sommet et pénètre une vallée encaissée, froide mais herbeuse.

C'est alors qu'un coup de tonnerre, une masse noire énorme, un pilon effroyable s'abat juste devant moi et manque de me faire chavirer. La chute serait fatale ! Est-ce la montagne qui dégringole ? Une météorite qui s'écrase ? Je découvre alors un titan de pierre, de cuir et de poils, gardien antique ramené à la vie, extirpé des sédiments, son corps sigillé et sépulcral est recouvert d'une conque de pierre gangrénée de salpêtre, semée d'une croûte calcifiée éraflée de runes, dans sa main droite il tient une masse d'arme cylindrique prête à cogner les montagnes. Eclipsant la lumière, il me regarde avec deux pupilles bleuâtres avant de détourner la tête et de continuer, tranquillement, son chemin. Ho ! nulle animosité dans ces soucoupes de saphir, je ne suis pour lui qu'un maigre lézard à l'épée argentée. Mais je n'ai pas le choix, si je veux La ramener je dois l'affronter et le vaincre.

Effrayé mais prudent, je l'observe, je reste à distance et tente bien de lui décocher quelques flèches mais sans sans surprise elle ne font que ricocher sur son épiderme fossilisé. Je me faufile alors entre ses pieds pour chercher une faiblesse, son talon d'Achille s'il existe. Chacun de ses pas, soulevant nuage de poussière, giclées de pierres et gerbes de terre, me fait décoller du sol, vrille mes tympans et brûle mes yeux. C'est en le contournant que j'aperçois la peau de sa jambe gauche suinter des miasmes violet ; je saute et m'accroche à sa tignasse drue et épaisse comme une fourrure de cordes et de toute mes forces, j'y plante mon épée. J'ai plus l'impression de frapper un tronc d'arbre que de la chair quand bien même elle serait blessée, pourtant il pose genou à terre et, grâce du ciel ! m'offre mon unique chance : j'agrippe et m'appuie sur ses hanches cerclées, j'escalade son dos me hissant à grande peine à ses vertèbres de calcaire. Il tente bien de se secouer pour se débarrasser de cette puce qui le démange et si parfois je suis à deux doigts de lâcher prise, je tiens bon et réussis tant bien que mal à me caler dans le pli de son cou le temps de reprendre un peu de mon souffle avant l'ascension finale.

C'est parti ! je grimpe sur sa tête et joue au funambule sur son faîte, bien au centre de l'occiput, j'enfiche ma lame, encore et encore, jusqu'à la lie, déchirant son crâne ancestral, crevant sa cervelle pétrifiée, de l'huile de roche en jaillit en geyser et dans un cri déchirant tant l'atmosphère que mon coeur, la bête s'effondre enfin.
Exténué, éreinté de cette gigantomachie, je vois la lueur de ses pupilles étoilées s'estomper lentement et des tentacules ombreux s'extraire de cette carcasse écroulée.

Encore quinze.

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