L'aventure merveilleuse

Avis sur Skies of Arcadia sur Dreamcast

Avatar Rêve Lunaire
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Version Dreamcast

Jamais rêvé d'explorer un monde entier en trois dimensions libérés des contraintes de la gravité ? Aimeriez-vous revivre l'époque des conquistadores mais en naviguant dans l'air plutôt que dans la mer ? Asseyez-vous alors, car je vais vous parler de Skies of Arcadia.

Le jeu vidéo de Sega et Overworks sorti sur la très regrettée Dreamcast et porté ensuite sur Gamecube se fait remarquer d'emblée par le design du monde très original. Les événements ont en effet lieu sur la planète d'Arcadia, monde étrange aux saveurs steampunk où l'ensemble des continents flottent à plusieurs centaines de kilomètres du sol et où les êtres humains se déplacent d'un lieu à l'autre à bord de bateaux volants alimentés par le pouvoir des six Lunes qui veillent chacune sur une partie du monde différente : la Lune Rouge sur le royaume désertique de Nasr, la Lune Jaune sur le sombre continent de Valua, la Lune Verte sur les forêts amazoniennes d'Ixa'taka, la Lune Bleue sur les altitudes orientales de Yafutoma, la Lune Mauve sur le Pays des Glaces et enfin la Lune d'Argent sur le centre du monde là où se situait autrefois la civilisation perdue de Soltis. Dans ce RPG on incarne donc deux pirates, Vyse et Aika, faisant partie du clan des Voleurs Bleues qui contrairement aux pirates noirs ne volent que les navires plus puissants et plus riches qu'eux pour restaurer un peu la balance du monde (des sortes de Robin Hood en somme). Lors d'un assaut lancé à un navire de l'Armada valuan les Voleurs Bleues parviennent à sauver une descendante de l'ancienne civilisation des Silvites de la Lune d'Argent portant le nom de Fina ; celle-ci leur explique qu'elle a reçu pour mission de récupérer les six Cristaux de Lune et de les ramener au Temple d'Argent, mais elle doit se battre contre les Valuans qui visent eux aussi à s'en emparer pour accomplir leurs plans de conquête du monde entier : les Cristaux servent en effet à réveiller les six monstres géants appelés Gigas qui avaient été mis en sommeil mille ans auparavant lors des Pluies de la Destruction qui avaient complètement détruit la vie sur Arcadia. Vyse et Aika décident ainsi d'accompagner Fina dans sa quête pour empêcher une nouvelle destruction du monde.

Par-delà les références à la période des grandes découvertes à partir du XVe siècle (Valua est calqué sur l'Espagne impériale au point où tous les admiraux et les membres de la famille royale portent des prénoms espagnols), les principales sources d'inspiration de SoA sont évidemment les Final Fantasy IV et VII, les Silvites étant plus ou moins une copie des Sélénites – avec le même mépris pour les "terrestres" que ces derniers – et les Gigas une version quelque peu modifiée des Armes. L'hommage à ces jeux n'est pas le seul point qui rapproche Skies de FFIX : comme dans ce dernier, le scénario est très lent à la détente et il faudra atteindre les 40h dans la partie avant de parvenir à un plot twist très radical.

Un aspect de Skies of Arcadia qui ne peut que marquer c'est son extraordinaire beauté visuelle. On a vraiment envie dans plusieurs parties du jeu de s'arrêter pour contempler l'architecture des donjons et des villes, les graphismes hauts en couleurs, les expressions des personnages pendant les dialogues et les cinématiques de combat qui sont souvent à couper le souffle. Toute la structure du jeu semble dire au joueur d'admirer ce monde et de se laisser fasciner par lui jusqu'au bout, appel auquel guère personne ne peut résister après les premières minutes.

Ce choix n'est toutefois pas sans répercussions, et on en vient donc aux problèmes de SoA. L'inflation de cinématiques est acceptable dans un RPG à deux seules conditions : que le grind exigé ne soit pas excessif et que l'on puisse fuir une partie importante des combats. Malheureusement les développeurs ont conçu un mécanisme de punition qui fait baisser le rang de Vyse à chaque fois qu'il fuit un combat et qui multiplie du coup le nombre des combats aléatoires, et même en ne fuyant aucun combat on risque facilement de se retrouver à un niveau insuffisant pour bien affronter les boss... Quant au système de combat en soi, il offre quelques aspects intéressants avec sa barre d'Esprit que l'on peut recharger avec la commande Focus pour lancer des attaques spéciales puissantes (idée reprise par Pier Solar en plus chiante), mais en définitive la plupart des combats peuvent être gagnés en faisant attaquer Vyse pendant que les autres soignent ou font Focus, ce qui ne fait qu'augmenter la répétitivité des combats.
Heureusement le gameplay se rachète par l'introduction de cette idée fantastique représentée par les combats navaux – aériens, bien entendu ! Les quatre personnages de l'équipe se partagent une grille de quatre rounds par tour qui permet de déterminer qui va faire quoi et à quel moment, après quoi on peut s'asseoir et assister à la bataille. L'accent mis ici sur la stratégie est beaucoup plus adapté à un jeu de nature aussi contemplative que Skies ; d'ailleurs les batailles sont presque toutes uniques aussi bien dans la stratégie à adopter qu'en tant qu'événements du scénario, ce qui les rend beaucoup plus agréables à regarder que les combats terrestres.
L'expérience de SoA est complétée par quelques sous-quêtes comme la Pinta Quest et les Chams (qui exploitent la VMU de la Dreamcast) et surtout les Découvertes, plus de 60 localités à trouver sur la carte du monde à n'importe quelle altitude y compris au-dessus et au-dessous des nuages ! Je suggère néanmoins une séance de méditation zen avant d'essayer de les retrouver car les nombreux combats aléatoires inévitables qui se déclenchent pendant qu'on essaie d'identifier le point exact où elles sont situées vont augmenter sensiblement le niveau de frustration...

Comme point final, on peut remarquer que la caractérisation des personnages est hélas assez plate de manière générale. Le seul qui sort vraiment du lot est Ramirez dont l'histoire prend vraiment sens seulement si on le compare à Fina : tous les deux Silvites, l'un débarquera au coeur d'un Valua criblé d'avidité, de misère et d'inégalité et en retirera une image profondément négative de l'humanité au point de rêver en Galcian un véritable leader fasciste capable de balayer le règne de l'argent par sa seule force brute, tandis que l'autre, sauvée par des pirates, parviendra à tisser un grand nombre de liens d'amitié même au milieu des guerres et des pillages. Le pouvoir du milieu social, vous dites ?

En dépit de ses quelques défauts, il est difficile de ne pas retirer de ce jeu l'impression de vivre une grande aventure enthousiasmante. Skies of Arcadia est indiscutablement le grand RPG pour une console qui n'en a pas vus des masses notamment en Occident ; si la lenteur du dénouement et les cinématiques débordantes ne vous font pas peur (en d'autres mots si vous avez tenu bon devant les aspects les plus haïs de FFVII), alors il doit faire impérativement partie de votre collection.

GAMEPLAY : 7/10
SCENARIO : 8/10
PERSONNAGES : 6/10
GRAPHISMES : 10/10
MUSIQUES : 8/10

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