Heart of Darkness

Avis sur Spec Ops : The Line sur Xbox 360

Avatar Plug_In_Papa
Test publié par le (modifiée le )
Version Xbox 360

Des silhouettes d'immeubles en ruines baignant dans une lumière éclatante, un drapeau américain flottant à l'envers dans le vent, les notes distordues de "The Star-Spangled Banner" jouée par Jimi Hendrix pour accompagner ce paysage éthéré. Voici la première image que l'on découvre en allumant "Spec Ops : The Line". Alors que tous les shoot militaires (qu'ils soient à la première ou à la troisième personne) finissent par se ressembler Yager Development donne tout de suite le ton avec cet écran titre surprenant. Aussitôt la nouvelle partie sélectionnée on plonge pourtant dans un terrain (trop ?) connu avec une course poursuite entre plusieurs helicopters slalomant entre les bâtiments, explosants sous les balles que le joueur distribue à l'aide de sa gatling ou s'écrasant avec fracas contre les grues du décor. Le premier contact avec "Spec Ops : The Line" est assez déroutant, mais que ce cache-t'il vraiment derrière tout cela ?

Caméra fièrement accrochée derrière l'épaule de notre avatar, pétoire en main, petits murets pour nous abriter en attendant que notre vite remonte toute seule. Les vétérans du TPS moderne ne trouvera pas dans le gameplay de "Spec Ops : The Line" de bouleversement. Petite subtilité néanmoins, le joueur pourra faire appel à ses deux camarades pour qu'ils concentrent leurs tirs sur un ennemi particuliers. Loin d'être aussi abusive qu'elle en à l'air, puisque la cible n'est pas tuée sur le coup, cette fonctionnalité permet de détourner un peu le feu pour s'autoriser des débordements ou simplement un peu de répit. Car les adversaires sont plutôt du genre coriaces, l'IA ne fait pas forcément de miracle mais elle sait comment mettre la pression et viser correctement. Malheureusement on ne peut pas en dire autant de nos alliés dont le positionnement sur le champs de bataille laisse parfois perplexe. Rester en couverture avec le flanc couvert leur semblera ainsi farfelu et ils préféreront courir à découvert pour se rapprocher le plus possible de ce soldat armé d'un fusil à pomper meurtrier contre lequel ils ne pourront rien faire à une portée aussi courte. La mort de nos alliés entraînant la fin de la partie ce genre de comportement risque donc d'être une source de frustration pour le joueur. Heureusement lorsqu'ils sont mis à terre on dispose d'un laps de temps pour les aider mais lorsque c'est à nous de sauter sur une grenade bien placée en allant leur porter secours, ça n'est que plus rageant. Ces incidents restent sporadiques, mais la sensation de danger reste suffisamment présente, surtout que les adversaires fondent par 20 sur nous, pour offrir des fusillades efficaces à défaut d'être originales ou aussi folles que chez les poids lourds du genre.

Mais si Yager Development reprend ce canevas bien connu c'est pour l'emmener plus loin, pour prendre du recul sur le genre, pour y glisser une certaine reflexion. Aussi curieux que cela puisse paraitre le studio allemand porte, à travers ce titre, un vrai regard sur la guerre et sur l'utilisation de celle-ci à des fins ludiques. Qui est l'ennemi ? Qu'est ce qui nous pousse à continuer ? Quid de la responsabilité ? Ainsi le brave joueur tout content d'aller à Dubaï dézinguer de l'arabe enturbanné entre deux blagues potaches se retrouvera bien vite à affronter une menace bien moins simpliste et à devoir gérer des équipiers de plus en plus révoltés à mesure que le temps passe. Le bien, le mal dans tout ça, où est-il ? A vous de voir. Certains passages obligés du jeu de guerre sont détournés pour leur donner un sens tout à fait inhabituel. Si le titre ne rejette pas le spectaculaire il essaye aussi de privilégier l'émotion et la réflexion dans sa mise en scène. Ansi les habituelles séquences chocs du genre ne sont pas là uniquement pour l'ambiance ou pour motiver le joueur, elles ont quelque chose à raconter : sur les personnages, sur l'histoire, sur le joueur. Rien n'est simple dans le tenants et les aboutissants de "Spec Ops : The Line", les quelques choix moraux qui s'offrent à nous fonctionnent ainsi parfaitement. La guerre n'a plus rien de cool, elle est salle, destructrice, dérangeante. La recherche du colonel Konrad qui sert de colonne vertébrale au récit nous rappelle inévitablement le "Apocalypse Now" de Coppola (lui même adaptation non officielle de "Heart of Darkness de Joseph Conrad, la boucle est bouclée) auquel le jeu emprunte habillement de nombreux éléments pour construire une narration maitrisée de bout en bout. Porté par des personnages vraiment fort, en dépit d'un caracter-design trop générique de prime abord, par ces non-héros livrés à eux-mêmes, le jeu nous invite à une descente aux enfers saisissante.

L'ambiance graphique du jeu participe aussi beaucoup à la réussite de l'édifice. Loin d'être une claque technique (un unreal engine pas toujours exploité à la perfection accusant quelques détails disgracieux) le jeu est porté par une direction artistique vraiment réussie. On oublie le photo-réalisme, les couleurs kaki et les rendus monochromes. Le jeu est lumineux, saturé de couleurs et joue avec les éclairages pour des atmosphères parfois à la limite du fantastique, à l'image de cette fameuse tempête de sable, sonnant comme une des dix plaies d'Egypte, ayant engloutit Dubaï. Outre la symbolique forte que représente la ville, elle offre un théâtre des opération tout en démesure et en variations. Bien sûr les grosses ficelles du jeu avec système de couverture sont là : ces sacs de sables disposés ça et là, ces obstacles improvisés pour faciliter notre progression mais le level-design est plutôt bien pensé et la montée en puissance des affrontements permet de maintenir l'intérêt. L'utilisation de la musique est elle aussi à souligner, oscillant entre le clin d'oeil grinçant et le détournement déstabilisant. Ce n'est pas tous les jours que l'on chasse des snipers en écoutant "Nowhere to run" de Martha Reeves and the Vandellas.

La première incursion de 2K Games dans le monde très lucratif des shooter militaires est donc une réussite. Le titre tire son épingle du jeu grace à un scénario bien écrit et surtout bien exploité par les différentes facettes du jeu, que ce soit via une progression narrative intense, des dialogues loins des idioties habituelles ou par une "corruption" de certaines mécaniques de jeu. Ceux voulant avancer dans un jeu sans se poser de questions autre que de connaître le Kill Count final risquent fort d'être déçu par ce titre qui a décidé de proposer quelque chose de différent. Malgré un cahier des charges rempli par les modes multijoueur de rigueur et autre missions coopératives "Spec Ops : The line" est avant tout une pure aventure solo. Une aventure plutôt courte d'ailleurs mais forte et maîtrisée. Il ne fait aucun doute que le gameplay ne peut pas rivaliser avec celui d'un "Gears of War", il est évident que la mise en scène n'est pas aussi explosive qu'un "Call of Duty"... aussi perfectible soit-il "Spec Ops : The Line" mérite largement d'être joué... et sans doute même plus que certains cadors du genre, arrivés à bout de souffle et recyclant machinalement une formule trop bien rodée.

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