Jouer n'est pas Tuer

Avis sur Spy Hunter sur Colecovision

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Version Colecovision

C'est étrange comme ce Spy Hunter me rappelle les courses-poursuites d'une série de films cinquantenaire centrée sur cet agent secret britannique au flegme légendaire, disposant de gadgets hightechs en tous genres… Vous avez toujours voulu incarner James Bond, voyager à travers le monde, mettre à jour des complots internationaux et coucher avec des créatures de rêve ? Ben, vous n'êtes pas au bon endroit…mais vous aurez quand même, à quelques détails près, la sensation de conduire la même caisse…

Pourtant ici, point d'Aston Martin, ni de Audi (Sam Mendes, un jour, on te retrouvera), mais un prototype non moins classe : de base lourdement armé de gatlings sur l'avant du bolide, l'arsenal pourra être enrichi en pleine mission lorsque apparaîtront sur la route des camions rouges nous invitant à pénétrer leur fondement. Il se garera alors sur le bas-côté et nous laissera le temps d'équiper notre joujou de nouvelles options, comme le jet d'huile ou de fumée pour entraver les poursuivants ou encore les missiles anti-aériens. Plus fort encore que les bagnoles du détenteur du permis de tuer, la caisse peut même se transformer en bateau lorsque là où on va, "on n'a pas besoin de route", dans une séquence qui rappellera aux plus vieux d'entre nous les portions aquatiques des parcours de MicroMachines V3

Dans Spy Hunter, c'est fou comme on a l'impression que la Terre entière souhaite notre perte de vie, plus communément appelée mort. Alors qu'on est en train de rouler peinard sur l'autoroute et qu'on fait chier personne, sous prétexte qu'on pilote un véhicule suréquipé qui sort un peu de l'ordinaire, on est tout de suite catalogué cible à abattre… Des ennemis, il y en a cinq types différents, suffisamment hétéroclites pour nous forcer à diversifier nos moyens de représailles : dans les airs, on a ces saletés d'hélicos bien relous, qui paradoxalement ne sont pas l'adversaire le plus dangereux du soft, cet honneur revenant à mon sens aux bagnoles équipées de lames tranchantes sur les côtés. Les trois autres menaces routières se composent de limos équipées d'une mitraillette, d'un espèce de tank invulnérable aux balles standards, et de motos adeptes de l'activité favorite de l'aviation japonaise en temps de guerre. Oh, et puis il y a aussi les véhicules civils, de vrais obstacles ambulants, dont les conducteurs n'ont pas vraiment à se soucier de la fidélité de leur conjoint tellement la chance et eux font bien plus que deux…

Le but du jeu, commun à 80% (estimation perso) des softs de cette époque, c'est le scoring. Dans Spy Hunter, le principe est fort simple : plus on va loin, plus on gagne de points, le jeu n'ayant semble-t-il pas de réelle fin (j'ai une fois réussi à atteindre la transformation en bateau à trois reprises). Bien entendu, plus on survit longtemps, plus la difficulté se corse, cela se traduisant par des opposants de plus en plus belliqueux et des civils de plus en plus nombreux (sans doute des touristes). Mais la Faucheuse finira inéluctablement par frapper…

Côté plastique, Spy Hunter est dans le haut du panier de ce que peut proposer la ColecoVision, et n'aurait pas à rougir en tournant sur une NES (une version NES est d'ailleurs sortie, mais bien plus tard). Les bolides sont bien modélisés, malgré des civils invariablement clonés (on est sans doute en URSS), et le décor est plutôt fouillé. Il est cependant dommage de n'en avoir "que" trois différents, à savoir la campagne et sa verdure environnante, un paysage hivernal paré d'un épais manteau blanc, et enfin la mer azuréenne. Le tout est de plus souligné par une animation décoiffante, d'une fluidité exemplaire qui jamais ne faiblit (putain, sérieux, on dirait de la poésie).

Enfin, impossible de conclure une critique de Spy Hunter sans évoquer son thème musical absolument génial, qui là encore rappellera forcément la saga de l'espion d'outremanche aux mœurs fort libérées. D'ailleurs, d'après quelques investigations personnelles et poussées (comprenez par là une recherche rapide sur le net), il s'avère que Bally Midway souhaitait vraiment utiliser la partition bondienne pour son jeu, mais ils ont essuyé un refus net et définitif, mais surtout logique, sachant que débarquait à peine quelques mois plus tard l'adaptation vidéoludique officielle des aventures du héros de Fleming…

En bref, Spy Hunter est un bon défouloir addictif, plus tactique qu'on pourrait ne le croire de prime abord. Il n'échappe par contre pas au "défaut" inhérent à son époque, la répétitivité, malgré la présence d'un sympathique mode deux joueurs. Il reste tout de même, à mon humble avis, l'une des perles de la ColecoVision, aux côtés des Zaxxon et autres Antarctic Adventure

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