Down with a Few Words

Avis sur Tales of Symphonia : Dawn of the New World sur PlayStation 3

Avatar Alex D. Wolf
Test publié par le
Version PlayStation 3

En dépit de ses faibles ventes, la Game Cube a connu trois J-RPG d'envergure : Tales of Symphonia, Baten Kaitos et Skies of Arcadia : Legends. Pourtant, pour des raisons que le marketing n'ignore pas, seul ce dernier n'aura pas droit à une extension. Si le second a eu son Origins, c'est cinq ans et une génération de consoles plus tard que Tales of Symphonia recevra son Dawn of the New World, débutant sur l'excellente fin ouverte du premier Symphonia et réservant ce titre aux seuls fans du premier jeu qui l'auront déjà retourné dans tous les sens. Le couperet des fans ne se fera pourtant pas attendre, et le jeu se retrouve rapidement flanqué d'une exécrable réputation, dont vous pourrez lire plusieurs résumés ici-même. Le plus souvent, quelques mots suffisent pour l'abattre, ce jeu est mondialement reconnu comme mauvais, médiocre au mieux, rien à ajouter.

Mais la plupart de ces avis partent sur un même postulat : Dawn of the New World est une suite directe de Symphonia. Peut-on vraiment l'affirmer ? Si ce jeu devait être un Tales of Symphonia 2, alors ce serait son titre, tout comme nous avons eu Tales of Xillia 2 et Tales of Destiny 2. De plus, Dawn of the New World n'a pas été développé par la même team et il est reconnu par Bamco comme un Tales of Escort, c'est-à-dire un titre secondaire de la licence, alors que Symphonia est un Tales of Mothership, donc un titre principal. Il sert même de test pratique aux skills et paramétrages de Vesperia. Donc, chacun voit évidemment midi à sa porte, mais je me permets de considérer ce Dawn, non pas comme une suite, mais comme un spin-off de Symphonia. Et comme je ne lui demande pas d'être une suite directe, je lui donne beaucoup plus de libertés dans ses choix, sans pour autant tout lui pardonner.

Car il y a deux grandes façons de reprendre un univers connu : la première est de tout refaire à l'identique, sans prise de risque qui puisse perturber le fan acquis à la cause, et la seconde est, au contraire, de vouloir tout changer afin d'amener le fan là où il ne l'attend pas. Dès les premières minutes, le ton est posé, Dawn of the New World sera de la seconde école, celle qui m'attire toujours plus de sympathie quand elle témoigne d'un courage que la première tient en horreur.

Lloyd était un protagoniste volontaire qui se battait contre les trois facettes de tout un système, Emil sera un faible qui subit l'histoire tout en réclamant vengeance. Symphonia montrait les forces qui dominent le monde et oppressent le peuple (Désians et Église du Cruxis), Dawn présente un monde désorganisé et des menaces pas très tangibles (Vanguard résumée à ses généraux et Église de Martel à peine évoquée). Symphonia alignait des thématiques éculées (la discrimination, la foi et l'oppression systémique), mais Dawn n'en aligne tout simplement aucune, ce qui n'est pas mieux. Oui, au vu de tous ces éléments, on est tous d'accord pour le dire : demander à ce Dawn d'être la digne suite directe de Symphonia, c'est peine perdue.

Pourtant, même si elle est moins dense, et même si ça peut choquer de le lire, cette histoire est nettement plus originale que celle de Symphonia. Reconnaissons tout de même que les emprunts qu'elle faisait à Final Fantasy X et Tales of Eternia n'étaient pas minces. Elle soigne aussi son rythme, avec peu de passages à vide. En plus, mais c'est un peu plus personnel comme opinion, Emil est un personnage plus complexe et évolutif que Lloyd, avec sa seconde personnalité qui offre quelques-uns des moments les mieux écrits du jeu (pas un mot sur Marta, toutefois, pour ne pas être vulgaire). Et puis, toujours dans le personnel, des histoires écrites avec les pieds et/ou qui prennent ouvertement le joueur pour un débile, j'en ai connu des pires !

Sur le plan des graphismes, ils sont effectivement en deçà des standards de l'époque, mais ils font quand même de nets progrès, la réalisation technique est nettement moins "épurée" et certaines scènes mettent le premier jeu à l'amende (le duel Lloyd/Richter, par exemple). C'est l'un des écueils auxquels s'expose cette école de la prise de risque : comme elle ne veut pas être un bête C/C, à moins de présenter des qualités qui dépassent largement celles du précédent titre, elle se ferme aussitôt la bienveillance des fans, parfois avec une certaine dose de mauvaise foi. Du côté des musiques, c'est toutefois l'inverse qui se passe, avec un Sakuraba plus feignasse qu'il ne l'a jamais été, et qui se contente ici de remixxer ses précédentes compositions avec des instruments différents et pas toujours très discrets. Enfin, on ne va pas lui en demander plus : mieux vaut qu'il froisse son travail, plutôt qu'il le saccage par une nouvelle OST sous-inspirée comme il n'en fait que trop.

Jusque-là, le bilan n'est pas flatteur, ou en tout cas pas convaincant ; pas assez en tout cas pour justifier une note de 7. Voyons donc les derniers points : le gameplay.

Se voulant le brouillon de Vesperia, Dawn revendique une approche plus libre, avec le Free Run qui offre une liberté de mouvement, mais qui se paie si on prend un coup. De plus, le système met l'accent sur le combat aérien. On peut facilement launcher les ennemis au sol, les enchaîner en l'air, et surtout, finir par un coup qui met en sécurité à l'atterrissage (attaque basse, Demon Fang ou Ex Attack 2). C'est la fameuse alternance brutalité/sécurité dont la licence raffole depuis ses débuts, mais en bien moins rigide. Le système de jeu évolue considérablement avec le temps pour permettre de jouer avec de plus en plus de technique, ce qui donne quelques passages particulièrement agréables à jouer vers le milieu du jeu, quand on a accès à l'essentiel et qu'on n'a pas encore sombré dans les troubles d'équilibrage du jeu.

Car oui, c'est un problème très fréquent dans les Tales of, et qui n'est pas démenti ici : les boss sont soit terriblement faciles, soit horriblement durs. On ne peut pas (ou presque pas) compenser le level par la stratégie, il faut donc avoir le stuff et les stats pour survivre aux coups et en porter d'assez forts. Autant les monstres alliés (acquis par un système tributaire du bon vouloir de la console) se débrouillent à peu près contre les mobs communs, autant contre ces boss, ils deviennent brutalement stupides. En même temps, il suffit de voir le mode "Monster Battle" du colisée pour comprendre que les hitboxes sont aussi un peu foireuses...

Au bout du compte, Dawn of the New World mérite-t-il vraiment le 7 que je lui attribue ? Si on considère que j'ai apprécié ses graphismes, son protagoniste, ses idées de gameplay, que j'ai pris plaisir à me battre gracieusement dans les airs, que j'ai pas mal farmé pour voir les évolutions des monstres alliés, et que j'aurais vraiment, mais vraiment voulu le finir sans bloquer contre un boss presque imbattable (le duo Alice+Decus) ben ma réponse restera oui. Ce n'est pas le plus grand jeu du monde, loin s'en faut, il a ses défauts et j'ai crisé plus d'une fois, mais il a aussi des vertus et j'ai déjà vu bien pire. Pour un jeu inspiré de Symphonia qui en reprend l'univers, il se débrouille assez bien pour mériter cette indulgence.

Par contre, si je lui avais demandé d'être la digne suite de Symphonia, je ne lui aurais pas consacré un pavé pareil et je ne l'aurais pas si bien noté. Car si les forces de Symphonia étaient sa réalisation "semi cell-shading" fauchée mais élégante, ses protagonistes discrets mais résolus, ses combats linéaires et lourdauds, et sa bande-son plutôt haut de gamme pour du Sakuraba, force est d'admettre que Dawn les prend toutes à contrepied. Et un jeu qui invoque un nom sans lui faire honneur, comment pourrait-on, dès lors, lui faire grâce ?

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