Tales of Comme par hasard.

Avis sur Tales of the Abyss sur Nintendo 3DS

Avatar Alex D. Wolf
Test publié par le
Version Nintendo 3DS

J'ai aimé jouer à Tales of the Abyss. Je mentirais en disant le contraire. Le gameplay est solide, les rixes s'enchaînent avec plaisir. Les graphismes ont certes pris un coup en passant sur 3DS (aliasing de folie) et ne sont pas globalement une tuerie technique mais ça reste regardable. Les musiques ne sont certes pas les plus belles compositions du monde mais elles arrivent à être raccord avec les lieux visités et c'est tout ce que je leur demande.

Par contre, le scénario, je regrette, m'a fait sortir de l'univers dès la première heure. Tout, absolument tout ce qui se passe, tient à l'unique force du "comme par hasard" et de la paresse d'écriture. On peut pas voir une cut-scene sans voir une facilité de première catégorie. Alors, certes, la facilité, le "comme par hasard" et les entraves totales à la logique, ça sert à faire démarrer pas mal d'intrigues. Les Mc Guffin, les prophéties qui tombent tel jour, les visites de monde alternatif, y en a partout. Mais les coups de pouces de ce genre, c'est comme la chirurgie esthétique : c'est bien quand ça ne se voit pas. Prenez Xenogears, ça, c'est un excellent exemple de début d'aventure, narré sans faute. Prenez Tales of Symphonia, bon ça tiraille à droite à gauche mais ça tient bien debout. Or, Tales of the Abyss est tellement refait à neuf qu'il en ferait pâlir de jalousie la femme Barbie.

La téléportation en plein territoire ennemi, comme par hasard.
La soldat-espionne qui voulait se farcir à elle seule le meilleur épéiste du monde a un témoin de sa tentative sur les bras, et plutôt que de le réduire au silence comme la logique la plus élémentaire du monde le réclame, elle le garde avec elle, comme par hasard.
La diligence qui passait à cinq cents mètres de là, comme par hasard.
Le village paumé qui a un grand besoin d'aide de guerriers, comme par hasard, suite à l'erreur d'une mascotte choupinou innocente tout plein, comme par hasard.
Le leader spirituel le plus influent du continent et l'un des plus hauts gradés de l'armée qui passent par là, comme par hasard.
Les généraux de l'armée du leader qui passent par là, comme par hasard.
Le valet qui était à l'autre bout du monde deux jours plus tôt, et qui tombe du ciel au moment critique comme par hasard et qui bloque une balle avec un katana.
Le colonel qui se balade en territoire ennemi dans son uniforme bien voyant et comme par hasard ça choque personne.
Toutes les situations où un général passe ici ou là comme par hasard à seule fin d'introduire une cut-scene de dix secondes et repart sans rien faire.
Toutes les situations où on emprunte une caverne ou une route pour damer le pion aux généraux avant qu'ils ne l'empruntent et qui sont comme par hasard à la sortie avant nous.
Le général qui va attendre dix ans de servitude et de soumission pour retourner sa veste d'un coup d'un seul comme par hasard au moment où le héros devient gentil tout plein dans un virage à 180°.

J'aurais certainement eu d'autres anecdotes à raconter si j'avais eu la volonté de toutes les retenir. Là je ne vous livre que celle qui m'ont le plus violemment percuté en me faisant tirer une tronche "seriously ?". Rien, absolument rien dans cette histoire, ne tombe pas du ciel.
Je n'ai même pas parlé des plâtrés de phonons ceci phonons cela qui sont très mal expliqués, ni de la morale généraliste sur des sujets qui se veulent grave et qui finissent traités à la va-vite, ça c'est symptomatique de pas mal de Tales of. Bon, OK, je suis un petit peu mauvaise langue, les thèmes de ce jeu ne sont quand même pas abordés n'importe où. Mais quand même, c'est clairement pas un jeu qui m'a fait prendre du recul sur la question, ni soulever des interrogations profondes.

J'ai été au bout du jeu pour son gameplay et j'ai passé un certain temps sur les annexes parce qu'il m'en a donné envie. Mais il m'a aussi donné ce désir masochiste de voir jusqu'à quel point on peut n'en avoir rien à foutre de l'écriture de son scénario (attention, j'ai bien dit l'écriture, pas les thèmes ou les personnages) et s'en tenir à la justification la plus expéditive et la plus artificielle possible. Ce jeu se couple donc parfaitement à Graces f à l'école de l'écriture du parfait scénario de RPG : quand on a fait ces deux titres, on ne peut pas écrire une mauvaise histoire, tellement on sait par le menu quelles sont toutes les erreurs à ne pas faire.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 589 fois
5 apprécient

Alex D. Wolf a ajouté ce jeu à 9 listes Tales of the Abyss

Autres actions de Alex D. Wolf Tales of the Abyss