J'ai le Tekken triste

Avis sur Tekken 5 sur PlayStation 2

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Version PlayStation 2

Salut,

Je suis un noob en jeux de VS fighting, autrement appelés "jeux de combats" dans le jargon des kékés qui n'ont pas évolué depuis leurs 15 ans. Alors forcément, quand je mets mes sales pattes sur un Tekken, je me fie à sa réputation :

  • Allez vas-y appuie sur toutes les touches ça va l'faire gros, bourrine-à-mort
  • Ouais ouais ok, ça roule (un peu)

Mais en fait nan, pas tant que ça. Y'a de la réactivité en face, surtout auprès des donzelles à talons aiguilles ou à kimonos et chaussures plates. Si bien que je me prends à ressortir mes techniques de fourbe pour exploiter les failles de l'IA : me mettre au coin de l'arène et attendre que le lapin de garenne qui me fait face fonce comme un goret sur, au choix, mon poing, mon genou, ou ma jambe élancée. En boucle.

Et boum !

Comme le coup de flingue à la fin de Seul Contre Tous, mais les pieds et les poings liés au quadriptyque croix-carré-rond-triangle. Bah ouais parce que faut pas rêver, pas touche à l'arme que Yoshimitsu arbore comme Paris Hilton colporte son chiot glabre et rachitique : ça sert à rien mais ça fait joli auprès de ceux qui veulent bien y accroire.

  • Bah voilà, donc Tekken 5 reste Tekken, soit un jeu vite fait et mal dégrossi pour jeunes paresseux, c'est ça ?
  • J'sais pas, oui et non.

On peut dire que vis-à-vis du 3 c'est évidemment plus fin graphiquement, globalement meilleur sur la plupart des points qui caractérisent la série, mais avec un fond qui reste similaire, surtout quand on regarde de plus près le gros roster de personnages, pour certains copiés sur d'anciens, voire plusieurs franchement similaires en termes de coups voire de feeling pendant les combats (la famille d'Heihachi en est un bon exemple, mais la soeur d'Eddy, copié-collé de ce dernier, est l'exemple le plus parlant). On tient même quelques bizarreries, comme ce Steve blond platiné, qui se sert uniquement de ses poings, et qui déroge au gameplay de ses comparses, les touches normalement attribuées aux coups de pied étant réservées aux esquives.
Côtés animations, c'est plus 128-bits friendly, mais ça reste relativement rigide, assez lourd bien que plus fluide, et finalement assez proche de ce qui se faisait dès le premier épisode. On le constate en jouant des vieux persos comme Law, qui bien sûr a été retravaillé sur son apparence générale, mais qui possède toujours ses bons vieux coups basiques de l'époque.

Passé ce relatif manque de renouvellement, qui pourrait encore bien passer si on considère qu'une série doit rester fidèle à ses racines tant que le gameplay reste fun et pratiquable, on peut également déplorer un manque de précision, très important dans des combats retors. La plupart du temps, la noobasse que je suis a l'impression que ce qui est reproduit à l'écran ne correspond pas à ce qui a été commandé à la manette. Un peu comme si j'allais dans un restau gastro avec une idée en tête et que je repartais avec un autre plat dans les bras ou dans l'estomac :

  • Bonjour, je voudrais un Double Mac avec triple Cheese sur sauce diarrhée. Merci.
  • Très bien, voici votre McBacon triple herpès sur coulis de fosse septique.
  • But that's not what I ordered (toujours écrire en anglais pour conserver sa street cred geek) !

Eh beh oui gars, quand tu faisais le guignol étant petit, t'étais déjà assez nul pour faire aucun des combos indiqués dans la liste ou dans ton petit manuel. Mais maintenant c'est encore pire, tu te fais vieux, t'as mal aux doigts à force de bourriner la croix, et en plus tu sens l'arthrose te ronger les phalanges une fois que t'as lâché ton pad par dépit. Tu craqueras le cou de ton nounours la prochaine fois, ça te calmera les nerfs.

Bah oui, parce qu'en fait t'en as un peu marre de faire connaissance avec une boule de feu nommée Désir(less) à chaque fois que tu souhaites finir le mode histoire pour débloquer un nouveau personnage ou une vidéo. Oh qu'il est beau ce gros boss de fin aux pouvoirs surnaturels débarquant de nulle part, et ne s'intégrant pas pour un rond dans le cheptel.

  • Oh grand Jinpachi, que vous avez de grandes dents !
  • Oui mon enfant, mais passons aux choses sérieuses, comment veux-tu ta sodomie ? Avec ou sans gravillons ?
  • Vous pourriez pas être un peu plus original et moins grossier, Dr. Robotnik ?
  • Robotnik ta mère, mon doux éphèbe.

C'est ainsi que sonne l'heure de la dégustation de boule de feu made in Street Fighter, avec le viol sonore qui résonne dans ta tête : "Hadoken ! Hadoken !", susurre ce qui te reste de conscience, empêtrée dans un océan de frustration. C'est alors qu'arrive la voix de la sagesse :

  • Bah oui mais faut faire des pas de côté !
  • Hun hun, merci du conseil, mais c'est le genre de feature qui sert à rien dans le reste du mode histoire et qui doit être employée tout de go, juste parce que ce simili-boss est imbattable et trop cheaté.

Parce qu'avec ses boules tirées de long en large de la map, il y ajoute la téléportation comme une cerise avariée sur un gâteau de merde, et te sort une stase de derrière les fagots qui freeze ton animation le temps de te donner deux-trois roustes et de te faire retomber au sol, chu, comme une langouste que Maïté aurait trop gavé de coups de rouleau à pâtisserie.

Et tu pleures pleures pleures, c'est ta façon d'aimer.

Mais tu te réconfortes avec le mode arcade, le temps de monter quelques grades, avant de te rendre compte que comme dans LoL ou CS Go, tu feras toujours partie de la sous-plèbe, des sous-hommes, et que ton paradis artificiel n'est qu'un nid à mésestime de soi et qu'aucun jeu ne sera capable de t'apporter le réconfort que tu recherches dans ce qui pourrait potentiellement te procurer une anesthésie passagère.

Alors tu fais ton devoir, tu débloques tous tes persos et tu t'en vas sans tester tous les modes, car de toute manière tu as déjà épuisé tout espoir sur le mode Tekken Force du troisième épisode, et que tu te doutes que le mode beat'em'all qu'on veut te refiler sera dans le fond pas vraiment plus original que ce que t'as vu précédemment.

En résumé, t'es content de trouver une version mise à jour et bourrée de contenu du jeu de ton enfance, réhaussée des modes arcades des trois premiers volets, mais comme après une virée au bar entre amis, tu restes seul face à toi-même et tu sais pas vraiment bien pourquoi tu y étais entré, hormis peut-être l'illusion de frayer avec le frisson, de prendre du plaisir en se frottant à l'inconnu(e). Mais nan, tu restes seul, ton joystick à la main, face à des vilains moustachus père et pisse, incarnant un Heihachi grisonnant et sa version Megazord alcoolique.

J'ai le Tekken triste.

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