C'est tellement bon de s'incruster dans la mauvaise soirée !

Avis sur Tenchu: Stealth Assassins sur PlayStation

Avatar Adriou
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Version PlayStation

En 1998, Tenchu est l'un des premiers jeux d'infiltration en 3D vu à la troisième personne avec Metal Gear Solid sur Playstation. C'est d'ailleurs facilement l'un des tous meilleurs jeux de la console avec ce dernier. Bien qu'il soit difficile de comparer et départager ces deux valeureux chefs d'œuvres, car ils sont finalement trop différents l'un de l'autre.

Tenchu représente une véritable révolution dans le gameplay, offre une liberté et une recette de jeu encore jamais proposée dans un jeu vidéo. Hitman sur PC, trois ans plus tard, diversifiera le genre avec brio, puis progressivement, Splinter Cell et biens d'autres suivront. Les années 2000 sont d'ailleurs tout à fait démonstratives en ce qui concerne ce genre, qui disons-le, arrive bizarrement assez tardivement alors qu'il sait illustrer un plaisir autrement plus délectable que celui du harcèlement intempestif des ennemis, ou même de la pure exploration des lieux en 3D style Tomb Raider. Finalement, les jeux d'action/aventure de l'époque n'introduisaient pas encore d'éléments de furtivité ou d'espionnage, comme on peut le voir aujourd'hui dans l'ensemble des jeux d'aventure récents, type Batman AA ou Uncharted, ou même bon nombre de FPS.
Tenchu fait figure d'exception donc, en cette fin d'année 1998, alors que le très réchauffé Tomb Raider 3 est sur le point de sortir. Tenchu, tout frais, mais aussi mal branlé que prenant. Mais c'est ce qui fera son charme pour la plupart joueurs...

On nous met donc avec Tenchu, dans la peau d'un ninja fille ou garçon, Rikimaru et Ayame, avec chacun leur tempérament, leur histoire et leur conviction. Ces deux héros travaillent tous deux pour le Seigneur Goda, un souverain puissant, mais bienveillant. Ils ont dix missions qui sont identiques pour l'un comme pour l'autre, que l'on peut faire et refaire comme bon nous semble, en passant par différents endroits, libre de choisir de tuer ou non ses adversaires. Le but étant d'effectuer des missions d'assassinat d'une cible, de livreur de colis, ou de sauvetage d'allié, tout en évitant de se faire repérer par les gardes. On est ainsi noté à chaque fin de mission et notre grade dépend du score obtenu. Le nombre de fois repéré, le nombre de morts silencieuses, le nombre d'innocents tués...etc... Ce qui permet de refaire chaque niveau dans le but d'améliorer son grade. Vous serez considéré comme « voyou » si vous ne respectez aucunement le code d'honneur des ninjas, c'est-à-dire si vous foncez dans le tas tête baissé, car il est possible d'achever une mission sans raser un seul mur ni ne faire aucune mort furtive. En revanche, le statut « novice » montre que vous avez fait des efforts. Viens ensuite les statuts « Ninja », « Maitre Ninja » et si vous avez vraiment géré votre affaire comme un vrai de vrai, soit tuer tout le monde sans jamais vous faire remarquer, vous finirez en « Grand Maitre ». Ce statut reste tout de même très abordable, même si on a foiré quelques passages.

L'ambiance du Japon féodale est parfaitement retranscrite, avec des samouraïs corrompus, des temples bouddhistes à visiter, des villages japonais, des montagnes, des forêts de bambous etc... Les mouvements et les techniques ninjas sont nombreuses et souvent jouissives, les armes et des objets sont spécifiques de cette période sombre. On y trouve de mémoire : des shurikens à balancer sur des samouraïs ennemis quand ils ne d'y attendent pas (miam), des bols de riz empoisonnés (miam miam), des clous anti-poursuites à semer derrière soit si l'on est pourchassé, des bombes fumigènes pour faire diversion et bien d'autres moyens de se défendre. Il y a même des sorts magiques, qui permettent de cracher du feu, se rendre invisible, ou se transformer en Geisha.
Pour éviter de se perdre en route on peut aussi semer du riz coloré, mais cela s'avérera être inutile puisque les niveaux ne sont pas très grands et qu'on dispose d'une carte. Mais l'objet de prédilection dans Tenchu, qui fait que l'on se sent libre comme l'air, aussi furtif et silencieux qu'un félin, c'est évidemment le fameux grappin. Avec lui, on peut aller partout. Sur le toit des maisons bien sûr, mais aussi dans les arbres. C'est très pratique car on peut se retrouver parfois encerclé par l'ennemi, et hop un petit coup de grappin sur un toit, et on est à l'abri.
La jauge de « Ki » est située en bas à gauche de l'écran, elle permet de savoir à quelle distance se trouve l'ennemi, et son état mental. Le point d'interrogation montre qu'il ne se doute de rien, et on peut donc facilement l'approcher pour le tuer dans le dos. Le point d'exclamation indique que l'ennemi a entendu ou vu quelque chose mais qui ne sait pas encore ce que c'est (peut être un petit animal se dit il calmement). Dans ces deux cas, on peut de toute façon surprendre un garde et le tuer en un seul coup spectaculaire, on appelle ça un « stealth kill ». Si on arrive par en haut ou par les côté, le mouvement d'assassinat s'en trouve changé, une idée forte appréciable. On se réjouit à chaque offensive, de savoir comment tuer tout le monde sans se faire repérer. D'ailleurs, Tenchu montre une approche très tactique de son environnement. On compte le nombre de gardes qui surveille cette parcelle de terrain, on calcule les distances, le temps qu'on va mettre pour en tuer un sachant que celui d'en face se tourne toutes les dix secondes vers la droite et qu'il risquerait de me voir. Excellent quoi.

Les doublages en Français sont tout bonnement hilarants. Leur ton est décalé, ça me fait penser au dessin animé Ken le Survivant, on dirait bien que les doubleurs se sont bien amusés, pour notre plus grand bonheur. Les répliques cultes se comptent par dizaines.

Gore à souhait, le sang coule à flots dans Tenchu. On peut charcuter du villageois bien innocent, tandis que les « Sealth Kills » provoquent des geysers impressionnants. Le plus courant est le tranchage de gorge, avec une chance sur dix environ, que la tête du pauvre garde qui n'a pas eu le temps de comprendre ce qui se passe, s'arrache et tombe sur le sol.

Tout ça pour dire que dans Tenchu, on s'amuse comme un fou, d'autant plus que les musiques sont juste incroyables. Une composition pour chaque niveau, d'une beauté enivrante, et qui a le culot de donner encore une fois, un ton complètement décalé au jeu. On tue furtivement pendant qu'une douce petite musique nous berce les oreilles. Bizarre non ? Mais je pense que tous ceux qui ont joué au jeu savent de quoi il en ressort. Des moments burlesques d'assassinat, mais jouissifs.

Paradoxalement, ce qui rajoute du charme à Tenchu, c'est sa réalisation technique discutable, même à l'époque où il est sorti, soit il y a treize ans (putain déjà ???). Le moteur du jeu est faiblard, ça pixelise grave, la distance d'affichage est risible, il y a pas mal de ralentissements dès lors qu'il y a du monde à l'écran, les combats contre plusieurs ennemis en face à face deviennent donc rapidement un calvaire. On pourrait aussi parler de L'IA à la ramasse complète, mais autrement le jeu serait bien trop dur, donc ça passe vraiment bien, en sachant que peu de jeux de l'époque avaient une IA de folie (seul Half Life sur PC pouvait s'en vanter en 98). Mais ceci dit, le jeu procure un tel sentiment de liberté, qu'on passe outre ses tares, qui au final nous font bien rire quand on se surprend nous même à profiter des bugs d'affichage, ou même de l'IA des gardes idiots, pour tricher, ou encore tout faire planter.

Tenchu, premier du nom, a connu de nombreuses suites, mais aucune ne lui arrive à la cheville. Dommage car même si ce sont de sympathiques jeux d'infiltration qui ont su conserver plus ou moins ce gameplay si particulier, ils ne dégagent pas cette fougue, ce côté presque arrogant et décalé, dont dispose le premier épisode.

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