Bord de néant

Avis sur The Elder Scrolls V : Skyrim sur Xbox 360

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Version Xbox 360

Je savais que j'allais pas aimer, j'en étais sûr, et pourtant je l'ai essayé parce qu'il était à pas cher et par curiosité professionnelle et anthropologique.

Et malgré ma mauvaise foi maladive, le début m'a plu et j'y ai presque cru, à la magie Skyrim. Il faut avouer que l'introduction, même si elle est pas d'une originalité folle, ne manque pas de punch. Et les premiers pas dans le monde de Bordeciel ont quelque chose d'enchanteur, lorsqu'on descend cette colline vers le premier village, faisant des 360 pour apprécier pleinement ce paysage majestueux et enchanteur, cette nature, ces montagnes, ce ciel, j'étais dedans je me suis dit "OK, j'arrête de dire des saloperies sur les open-worlds".

La musique joue également pour beaucoup dans ce que j'ai aimé du jeu, elle accompagne très bien chaque moment, sachant se faire discrète, puis surgissant de nulle part pour nous porter vers des moments d'action. J'écoute d'ailleurs assez souvent la BO (comme beaucoup des OST de Jeremy Soule).

Là où ça a coincé un peu, c'est quand on a commencé à vouloir me raconter une histoire. Je me balade pour découvrir les premières quêtes, la première grande ville, je rencontre le Jarl local, je fais quelques missions pas très inspirées, je me promène autour pour découvrir de nouveaux lieux, j'apprends le système de progression, je rencontre des gens, je m'emmerde...
Ouaip, je m'emmerde...
Je passerai sur tous les problèmes de gameplay pur, tout le monde les a énuméré avec plus de talent et de précision que moi, le système de combat, le loot, la magie foireuse, les donjons en ligne droite sans aucun embranchement, mais tout ça reste secondaire.

Car passé l'émerveillement plastique sur le soucis du détail des décors, Skyrim n'apporte plus grand chose à l'amateur de saga épique et de personnages forts que je suis.
Et c'est le défaut principal et impardonnable à mes yeux : il n'y a pas de personnage fort dans Skyrim, il n'y a pas de personnage tout court, seulement des coquilles vides et moches dont on ne se rappelle pas le nom 10 minutes après les avoir rencontrés. Aucun personnage n'a de substance ou d'envergure, même les compagnons qui nous suivent on ne connait rien d'eux, ce sont des robots servant à attirer les ennemis, rien de plus. Tenez, la Lydia, là, elle me suit depuis 10 heures de jeu et je sais rien d'elle, on peut pas avoir une seule conversation avec elle, y'a pas eu une situation ou elle a participé en tant que personnages et pas en tant que bouclier humain.
Et tous les PNJs qui peuplent les villes, qui vous racontent tous leur vie (à deux ou trois en même temps, souvent), répètent souvent les mêmes lignes de dialogue d'une personne à l'autre, ont des visages horribles et des animations des plus basiques. Après des heures de jeu, je ne me rappelle d'aucun personnage marquant, rien qui me reste en tête, le vide.

L'histoire est des plus convenues, vous êtes l'élu (ô surprise), vous êtes l'enfant des dragons, vous savez faire des Kamehameha avec vos cordes vocales et vous pouvez tuer des dragons. Vous voyez, les dragons c'est méchant, et ils nous attaquent, et il faut les tuer.
"OK", répond le héros, je fais ce qu'on me dit, sans savoir pourquoi.
C'est un peu ça le soucis, en dehors du délire "élu, toi seul peut nous sauver" tout à fait original et malgré votre statut de star en kilt, vous vous contenterez de faire ce qu'on vous dit, tout le temps, vous suivrez la flèche.

Oh oui, mais c'est un open-world, vous voyez, liberté, choix, non-linéarité... Non ?
Vous aurez juste la liberté de choisir quelle ligne du journal de quêtes suivre et dans quel ordre, mais vous suivrez les instructions au final, ces quêtes principales ou secondaires sans inspiration qui vous demanderont d'aller voir machin pour savoir où aller pour retrouver l'artefact truc pour débloquer le passage vers bidule, vous suivrez les instructions, point... Un RPG quoi ! Mais un RPG écrit par un ado qui a pas encore bien digéré tous ses bouquins de donjons & dragons. C'est le niveau zéro de la fantasy, c'est mal écrit et c'est ridicule.
Vous croiserez aussi des quêtes de différentes factions qui vous permettront de les rejoindre de temps en temps, mais aucune n'a réussi à m'intéresser, c'était des milices ou des guildes génériques sans identité ou problématique réelle.

Alors quand j'en ai eu marre de suivre des quêtes sans saveur, je suis allé me promener, parce que c'est un peu ça le principe aussi, se perdre, profiter du paysage.
Puis parfois j'arrive dans des ruines, sur une tour, sur un pont, et j'entends "reculez, je vous préviens !", je sais pas trop d'où ça vient, j'me dis "Ah ,un évènement inattendu", j'avance, m'attendant à discuter et découvrir une histoire, ben non, j'ai pas reculé, donc on m'attaque, je sais pas pourquoi, je tue tout le monde (c'était des mages, ils ont pas du aimer ma gueule), et je continue mon chemin. Voilà, bienvenue dans random-land.

Vous me direz que je peux tourner à peu près tout RPG en dérision, si je le prends comme ça... C'est pas faux mais là ils m'ont tellement facilité la tâche que je ne peux pas faire autrement, pourtant j'ai grandi avec les grands RPG occidentaux PC, les Arcanum, Baldur's Gate, les Neverwinter Nights, tous ces grands souvenirs... Mais vous savez ce que j'en retiens, 15-20 ans après, de tous ces jeux ? Leurs personnages, les relations que j'ai eu avec eux, les choix que j'ai fait de les aimer ou pas, de garder Minsk et sa petite bestiole à mes côtés, de faire confiance à telle ou telle faction parce qu'on m'avait impliqué dans leurs problématiques et leur vision du monde, parce que ces personnages, ces histoires, l'écriture avait fait en sorte que j'en ai quelque chose à foutre, simplement.

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