Plus maboule tumeur !

Avis sur The End is Nigh sur Nintendo Switch

Avatar Monsieur_Couyu
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Version Nintendo Switch

Exsangue, suant et furieux, votre serviteur vocifère, écume aux lèvres, les pires insanités qu'ait accouché la si belle langue de Cyril Hanouna.
Il faut dire qu'il vient de se manger un mur de difficulté en pleine face, ce qui a tendance à chatouiller l'égo, même après 15 heures de jeu. N'allez cependant pas imaginer une seconde que ce revers cinglant ne le détourne du plaisir sauvage de céder au sacro-saint flow : à force d'acharnement il parviendra à surpasser l'adversité, avec toutefois un sourire édenté largement éprouvé, avant de tressaillir à la découverte du tableau suivant.

Pas besoin de vous faire un dessin : The End is Nigh s'inscrit dans la désormais classique famille des plateformers indépendants tendance masocore dont l'un des plus éminent représentant reste encore aujourd'hui Super Meat Boy. Cela tombe bien, celui que je dénommerai désormais (par flemme) TEIN est le dernier rejeton bagarreur d'Edmund McMillen, désormais entiché de Tyler Glaiel.

Ce qui frappe particulièrement, et que je considère comme la plus grande force du jeu, est la virtuosité de son game design. À la manière des grands noms de la plateforme 2D, TEIN propose un ou plusieurs nouveaux principes généraux de game design par monde, avant d'en proposer une lecture particulière dans chaque tableau, toujours avec un trésor d'ingéniosité. Chacun de ces courts sous-niveaux fait ainsi office de petit puzzle, où les morts répétées du joueurs sont autant d'essais indispensables à la compréhension de ce qu'attend le jeu. Ajoutez à cela une difficulté à deux vitesses par le biais des tumeurs, horribles collectibles qui corsent exponentiellement la difficulté pour les plus acharnés, et vous obtenez un jeu difficile, terriblement exigeant mais toujours gratifiant, dont le potentiel ludique est tout simplement énorme.
Car en dépit des très nombreuses morts qui vous attendent, le jeu demeure particulièrement amusant et jouissif, notamment grâce à la constante pédagogie dont il fait preuve. Au fil des niveaux, le joueur apprend à manipuler le petit mélanome borgne, depuis sa condition de débutant maladroit jusqu'à devenir expert des déplacements millimétriques, dans un ballet absurde de pièges et obstacles retors que lui réservent les niveaux les plus avancés.

Au moment où l'on assemble les différentes parties de l'ami cadavérique, satisfait du devoir accompli, le jeu nous réserve un twist bien salaud, révélant que notre aventure n'était en fait qu'un gigantesque prologue/didacticiel, avant de nous lâcher dans des niveaux toujours plus difficiles, où les tumeurs précédemment récoltées jouent désormais un rôle tout à fait essentiel.

"Ok, le mec est turbo-chaud parce qu'il a adoré Super Meat Boy, mais bon, ça ressemble quand même énormément à une suite déguisée" lâcherez-vous pensant que je ne vous ai pas entendu. Et bien sachez que la réponse n'est pas aussi évidente qu'il n'y paraît. Car si TEIN reste un plateformer masocore à l'exécution millimétrée, j'ai tendance à appréhender son game design d'une façon significativement différente. Là où Super Meat Boy proposait une formidable fuite en avant, absolument frénétique mais tout à fait linéaire et un gamedesign reposant principalement sur la sollicitation de réflexes et de conditionnement, TEIN a le bon goût de miser davantage sur l'observation, l'exploration et la compréhension. Bon, on ne va pas se mentir non plus, il laisse quand même lui aussi la part belle à la répétition jusqu'à l'exécution d'une parfaite partition... Mais la profusion d'à-côtés, de zones cachées, de tumeurs et de cartouches permet justement au joueur de prendre le temps d'essayer toute sorte d'approches et de profiter de toutes les petites attentions disséminées ça et là par les développeurs.

Au-delà de ce game design particulièrement soigné, j'avouerai également avoir été particulièrement séduit par l'enrobage artistique de l'ensemble. Le monde de TEIN, tout en jeu d'ombres et contrastes affûtés profite d'une identité visuelle unique, flirtant toujours entre le désespoir et cette fameuse patte choupi-dégueue qui caractérisait si bien The Binding of Isaac. Empreinte d'un humour noir mordant, l'aventure est portée par la bande originale de Ridiculon, qui livre ici une relecture Power Metal de haute volée de monuments de la musique classique (Tchaïkovski, Brahms, Mozart, Beethoven, Verdi, Wagner et bien d'autres encore), insufflant un souffle particulièrement épique et décalé qui contraste particulièrement bien avec les morts toujours plus lamentable du petit mélanome mélomane.

Une franche réussite pour ce que je considère aujourd'hui comme un nouveau classique du genre, n'ayant pas grand chose à envier à son illustre grand frère.
Et que ce soit clair : TEIN est un jeu que je recommande chaudement à toutes et à tous. Il est certes difficile, mais suffisamment bien troussé pour ne pas laisser au bord du chemin ceux qui souhaitent s'investir dans cette absurde entreprise. Rien ne vous pousse à collecter avec acharnement l'ensemble des collectibles, arriver au terme de l'aventure de base en ligne droite est déjà en soi une excellente expérience.

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