Une histoire vieille comme le monde

Avis sur The Last Guardian sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Fumito Ueda aime raconter des histoires. Après celle du garçon et de la fille, puis celle du garçon contre les les monstres, voici celle du garçon et du monstre. Si le thème n'est pas vraiment original, ayant été mis en avant dans bien d'autres œuvres (L'Histoire Sans Fin, pour ne nommer que lui), on peut compter Ueda pour le revisiter avec une proposition vidéoludique forte, comme il a déjà pu le faire dans ses précédents (dont seul Shadow of The Colossus m'est passé entre les mains. Honte et tristitude).

Dans The Last Guardian, on suit un jeune garçon qui se réveille dans un endroit inconnu, auprès d'une bestiole énorme. On ne saura (du moins pour l'instant) ni qui ils sont, ni ce qu'ils font là. De là, le jeu propose tout simplement de construire la relation du garçon avec la bête, puisque pour sortir de la cité fantastique ou ils s'avèrent se trouver, il faudra que les 2 s'entraident. Si cette relation débute assez simplement, un lien fort se crée entre la bestiole et l'enfant (et le joueur à travers lui), à la fois via les situations rencontrées mais aussi par l'incroyable travail d'animation et de script de Trico, dont l'expressivité permet d'installer un quasi dialogue avec la bête.
Si au départ les interactions se limitent à héler ce qui ressemble quand même pas mal à une grosse souris avec des ailes (mais se comporte comme un chat) pour le faire venir à un endroit et s'en servir comme escabeau, on finit par être capable de lui indiquer des actions plus complexes, de le diriger à des endroits ou de le faire sauter. Mais Trico n'est pas sous le contrôle du joueur et le voir n'en faire qu'à sa tête, ignorer ce qu'on pense à tort être un ordre ou bien aller dans la direction opposée frustrera beaucoup de monde.

C'est pourtant la clé du postulat du jeu, qui demande d'apprendre à connaitre la bête, comprendre ses réactions, ses gestes, ses expressions et ses ... - c'est quoi le cri du Trico d'ailleurs? - pour pouvoir tirer parti de ses capacités. A ce prix, de même qu'on progresse dans le jeu, on progresse dans notre empathie avec la bête et nombreux seront ceux qui finiront par parler à leur bestiole à travers l'écran, que ce soit pour la féliciter d'un saut ambitieux ou l'engueuler de ne plus vouloir bouger. Lors du final doux-amer, en même temps que la garçon se séparera de la bête, on refermera le jeu avec un pincement au coeur - voire plus pour les émotifs.

Pour servir d'écrin à cette histoire, Ueda donne dans le grandiose avec une cité perdue qui fait écho aux temples et châteaux de ses précédents jeux. Précipices, tours monumentales, passerelles posées sur du vide, la cité dans laquelle se déroule l'histoire offre des paysages à couper le souffle et constitue un personnage à part entière de l'histoire puisque la progression permettra de lever (un peu, la narration est comme d'habitude discrète chez Ueda) le voile sur la raison de la présence des 2 protagonistes. Cette immense citadelle qui n'est pas tout à fait aussi morte que ce qu'elle parait, joue d'ailleurs son rôle dans le postulat du jeu, puisque la solitude écrasante qu'elle génère rapproche les 2 compagnons. Si les amoureux de fps trouveront à redire, la beauté poétique et la lumière fantastique ne laisseront personne de marbre.

Le jeu présente bien des défauts, notamment au niveau de la prise en main du garçon, très uedesque dans son maniement, et de la caméra en roue libre et fera râler ceux qui estiment que les 10 ans de production justifient d'avoir un jeu parfait (même si les arlésiennes qui voient le jour sont rarement des bons jeux). Pour autant, The Last Guardian remplit admirablement son contrat en réécrivant un conte vieux comme le monde. Novateur ni visuellement, ni techniquement, il prouve que le jeu vidéo peut une formidable manière de raconter une histoire.

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