Passage de témoin

Avis sur The Last of Us : Left Behind sur PlayStation 3

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Version PlayStation 3

Evidemment, pour faire le DLC, il faut avoir fini le jeu solo, c’est vivement conseillé. Je mets donc un gros SPOILER pour ceux qui n’ont pas touché au jeu original, ou ceux qui ne savent absolument rien de ce DLC et qui veulent garder la surprise sur ce qui se déroule dans cette extension.

Left Behind vous place donc dans la peau d’Ellie au lieu de Joel, et pour cause, le DLC commence lorsque Joel se retrouve blessé à la fin de l’acte Automne et laisse Ellie sans défense, cherchant à soigner le vieil homme. Puis on retourne dans le passé, et on revient quelques mois avant qu’Ellie rencontre Joel, et où elle fait le mur avec sa meilleure amie fraîchement devenue une luciole, Riley. Le DLC consistera à faire des allers-retours entre le présent et le passé. Dans le présent, le jeu vous laissera de la même manière que dans l’acte Hiver, avec une Ellie seule, cherchant des médicaments pour Joel dans un centre commercial. Ces phases-là sont clairement proche du jeu original, mélangeant action et infiltration. Dans le passé, le jeu est plus basé sur de la contemplation, où on découvre l’amitié entre Riley et Ellie, qui se baladent elles aussi dans un centre commercial, mais bien moins lugubre que dans celui du présent. Ici, pas de séquences stressantes, juste des phases de jeu où les deux gamines découvrent les richesses d’une galerie marchande avec tout ce que ça comporte de magasins en tout genre.

Les séquences dans le présent sont passionnantes, dans le sens où on sentira la fragilité d’Ellie et le stress de tomber sur un Claqueur en sera d’autant plus grand, la fillette n’ayant pas les mêmes capacités physiques que son protecteur. Ici, on devra se débrouiller pour passer des endroits sans se faire repérer, se creuser la tête (mais pas longtemps, c’est pas non plus un jeu de réflexion) pour trouver son chemin, et réussir à fouiller partout pour avoir de quoi se défendre. D’une manière générale, ces phases-là sont bien plus délicates que celle du jeu original, parce qu’Ellie n’a aucune amélioration de Joel et qu’elle encaisse bien moins les dégâts. Pour pallier à ça, le jeu vous place dans des situations où on trouve des humains et des infectés en même temps, ce qui permet de foutre le bordel pour pouvoir passer plus facilement ou faire le ménage. Certains passages, notamment sur la fin, pousse le joueur à jouer avec prudence, à protéger ses arrières avec des bombes et à chercher à éliminer furtivement le plus d’ennemis possible. En cela, le jeu n’invente rien, il ne fait que capitaliser sur ce qui a marché dans le jeu, ou qui a repoussé les détracteurs de l’original, c’est selon. On notera comme avant une IA pas toujours intelligente quand il s’agit de réagir normalement, mais elle réserve son lot de surprises, avec des mouvements plus imprévisibles. Ça n’empêchera pas de s’amuser.

Les séquences dans le passé ressemblent plus au passages contemplatifs de l’original, superbement mis en scène. On explore les magasins, on essaye beaucoup de choses, et on se surprend à sourire d’accompagner les deux gamines et de profiter de leur amitié. Comme d’habitude, Naughty Dog ne pousse jamais le pathos, reste toujours très juste et la narration, le storytelling, le jeu d’acteurs fonctionnent parfaitement. Comme le jeu original, on masque les codes du jeu à travers des animations uniques, des situations inédites, des personnages qui continuent de parler pendant qu’on avance. La force de Last of Us, c’était ça: réussir à conserver le contrôle du joueur tout en masquant les limites du jeu et de fondre le game design dans l’expérience à travers des séquences fortes et réussies. C’est d’ailleurs assez fou: ces passages ne comportent aucun objectif précis, aucun véritable but, aucun gameplay particulier, sauf dans certaines séquences, mais ça marche du tonnerre. Parce que le jeu tape juste, et parce qu’on connaît le personnage d’Ellie et ce qu’il va se passer. On profite juste de découvrir sa relation avec Riley, et surtout, et c’est ce qui rend le DLC aussi bon, c’est les échos avec l’histoire originale.
A chaque moments, dans la plupart des séquences, on repense aux scènes du jeu original, parce qu’elles se font échos, elles concordent et elle se répondent. Même les petits détails se retrouvent parfaitement dans la relation avec Joel. D’une manière générale, la force de ce DLC est de représenter ce passage de témoin. En tant que joueur, on apprend du personnage en face de nous, mais les rôles seront inversés entre le jeu et le DLC. Toutes les petits détails sont bien présents, et Ellie apparaît sous un jour nouveau. Evidemment, le fait d’avoir placé les séquences dans le présent au moment où Ellie se retrouve seule, ce n’est évidemment pas par hasard. La fin est au passage, surprenant mais tellement logique quand on y réfléchit deux secondes, qu’on se dit qu’ils sont forts, chez ND. La relation entre Riley et Ellie est incroyable, étonnante, et je n’attendais pas forcément ça quand j’imaginais le titre.

Il y a une sorte de succession, d’héritage dans ce DLC. Ce dont hérite Ellie dans ce DLC, elle va en faire profiter Joel dans le jeu original. On assiste à la construction d’une héroïne, d’un personnage qui se construit dans le passé, pour devenir une héroïne dans le présent. On assiste à un effet de miroir déformant, l’insouciance de la jeunesse dans le passé, face à la sauvagerie d’un monde en ruines dans le présent. Un apprentissage dans le passé, une concrétisation dans le présent. On pourrait presque penser que les deux premières heures du jeu original représentent le tutorial consacré à Joel, mais que les passages du passé dans le DLC sont le tutorial d’Ellie, un entraînement qui va bouleverser sa façon de penser et celle du joueur pour la suite des évènements. Evidemment, le DLC n’est pas bien long. Je l’ai terminé en un peu plus de deux heures en normal, sans trop me presser, profitant un maximum sans non plus regarder absolument tous les détails. Je peux parfaitement comprendre que dépenser quinze euros pour deux heures, ça refroidit. Personnellement j’avais opté pour le season pass (étant un grand adepte du multi), ça m’a posé moins de problème, et le DLC est vraiment réservé à tout ce qui ont adoré l’histoire du jeu original, et qui veulent connaître le personnage d’Ellie, qui devient une des héroïnes les plus passionnantes que j’ai pu voir dans un jeu vidéo.

Left Behind, c’est deux-trois heures de bonheur. C’est cher payé, mais ça vaut le coup pour tous les adorateurs du jeu original. On y retrouve le savoir-faire de Naughty Dog, une mise en scène incroyable et toujours aussi juste, et on redécouvre le personnage d’Ellie, tout en faisant écho directement avec la campagne solo. Une manière de voir différemment les choses, mais aussi un DLC qui permet au joueur de se laisser porter par une histoire toujours aussi incroyable, et un storytelling très cinématographique. Une friandise un peu chère, mais quelle friandise!

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