Aussi fort que le premier opus

Avis sur The Last of Us Part II sur PlayStation 4

Avatar Jérémy Claeys
Test publié par le
Version PlayStation 4

Spoilers ahead ! ne lisez pas si vous n'avez pas fait le jeu.

Sept ans après le premier opus, on a enfin droit à la suite tant attendue de The Last of Us. Je suis un fan inconditionnel du premier opus, qui m'a profondément marqué. Un peu échaudé au départ par les critiques parfois virulentes dont le jeu a fait l'objet, j'ai pu me lancer dedans et me forger mon propre avis.

J'ai joué en Survivant, ce qui me semble le mode de jeu le plus adapté : certains passages sont un peu difficiles mais je trouve qu'on ne manque jamais de ressources et j'ai même pu finir sans trop de souci le jeu en nettoyant quasiment toutes les zones (il suffit de se concentrer sur l'élimination discrète tant qu'elle est possible). Le gameplay n'est pas le point fort du jeu, comme pour le premier opus, tant sa force se trouve plutôt dans la narration et l'immersion. Ceci dit pour ma part je trouve le gameplay tout à fait satisfaisant : pas transcendant mais largement suffisant pour apprécier ce que le jeu a vraiment à offrir. Je passerai donc rapidement là-dessus : on affronte soit des humains soit des infectés, et l'approche se fait différemment en fonction des ennemis et de l'environnement. En mode Survivant, on préférera ainsi l'infiltration et l'élimination précautionneuse et méthodique des ennemis de manière discrète, en évaluant comment on va faire, afin de conserver au maximum des ressources précieuses (en particulier les munitions qui sont très très rares). On a des armes assez variées mais on a justement tendance à les employer en dernier ressort : généralement j'éliminais le maximum d'ennemis furtivement, mais au bout d'un moment on finit par se faire la plupart du temps repérer, l'enjeu étant d'arriver à éliminer les derniers ennemis en étant détectés, sachant qu'on ne peut se faire toucher qu'une ou deux fois avant de mourir dans ce mode de jeu. On peut également trouver dans l'environnement des ressources (lames de ciseaux, tissu, explosifs, containers, alcools) qui nous permettent de fabriquer des pièges, des trousses de soin, des flèches, d'améliorer nos armes de corps à corps. Bizarrement j'ai trouvé les ressources vraiment abondantes même en mode Survivant et je ne me suis jamais retrouvé à cours, ce qui est quelque part un peu dommage car j'ai rarement été contraint à adopter un gameplay différent par manque de ressources. Le jeu doit être vraiment facile dans les modes de difficulté inférieurs, c'est peut-être la seule critique je peux lui adresser.

Visuellement, c'est une réussite totale. Les environnements ont été peaufinés tant au niveau de l'ambiance, de la lumière, que des détails... Les détails, parlons-en. Je crois n'avoir jamais rencontré un tel souci du détail dans un jeu vidéo. TLOU 2 nous fait traverser des environnements variés mais l'essentiel du jeu se concentre dans un milieu urbain, dans une Seattle plusieurs années après l'apocalypse. Et on s'y croirait : chaque pièce, chaque recoin regorge d'éléments uniques, montrant un univers qui s'est arrêté soudainement des années auparavant : un tableau dans une workplace avec des idées gribouillées dessus, des bureaux en vrac, des appartements quittés avec précipitation jonchés de valises éventrées ou du contenu des armoires, des jouets et des dessins d'enfants, des restes d'un squat ou d'une planque... Jamais on n'a l'impression de visiter la même pièce ou une "pièce-type" générique. Plusieurs années après la fin du monde, la nature a repris ses droits : la végétation est luxuriante par endroits, avec de grands espaces remplis d'herbe et de fougères (d'ailleurs magnifiquement rendus) propices à l'infiltration.Tout cela rend l'immersion totale et confère une envie constante d'explorer le moindre recoin, de s'imaginer ce qui a pu être vécu là. Sans compter que Naughty Dog propose des endroits quasiment propices à la poésie ou à la nostalgie : on peut traverser de vieilles salles d'arcade poussiéreuses, découvrir un aquarium ou un musée tombé à l'abandon avec ses statues et squelettes de dinosaures, arpenter une salle de spectacle, une synagogue, une villa californienne... Et que dire de la scène à la ferme du Wyoming avec son coucher de soleil, une scène époustouflante. Le soin apporté à l'environnement et au détail permet au joueur de respirer entre les phases de combat, en offrant beaucoup de moments d'une beauté contemplative.

Naughty Dog est ainsi parvenu à dépeindre d'une main de maître cet univers, d'une manière sans doute encore meilleure que dans le premier opus. Même les passages dans des endroits grouillant d'infectés sont magnifiques grâce à l'éclairage maîtrisé, avec ces spores en suspension qui se révèlent comme des paillettes dans les rayons de lumière.

Sur le plan de la narration, c'est encore une fois un chef d’œuvre. J'avoue avoir beaucoup de mal à comprendre les critiques dont le jeu a fait l'objet sur ce plan-là. Déjà, mettons de côté le review-bombing et les critiques quant à l'aspect prétendûment LGBT du jeu : il n'y a honnêtement aucun prosélytisme ou quoi que ce soit dans ce jeu comme on peut le lire parfois, on peut mettre ça à la poubelle des actions débiles de l'alt-right que ça emmerde probablement d'avoir une héroïne lesbienne ou une autre héroïne qui ne correspond pas aux standards de beauté actuels (quand bien même son physique est en plus expliqué par son histoire personnelle)...

TLOU 2 est sombre, violent, difficile. Il parle de haine bien sûr, haine que l'on ressent profondément après le prologue, haine contre Abby et sa bande qui assassinent sauvagement Joel devant une Ellie désemparée et incapable d'agir. De là, la vengeance tombe sous le sens : comme Ellie et Tommy, on a envie d'aller chercher les assassins de Joel et se venger. En filigrane on sait déjà que la relation entre Ellie et Joel était compliquée et des dialogues à l'occasion du prologue nous laissent croire qu'ils se sont laissés en mauvais termes, ce qui rend ce prologue d'autant plus dur et l'envie de vengeance d'autant plus prégnante.

La première partie du jeu montre les trois jours d'Ellie & Dina, puis Jesse à Seattle, en quête de vengeance. Seattle est superbement rendue et on débarque dans une ville minée par la lutte entre deux factions, les WLF, groupe armé dont fait partie la bande d'Abby, et les Séraphites, un genre de groupe religieux fanatique qui vit sur une île au large de Seattle mais qui fait des incursions régulières dans la ville pour lutter contre le WLF. On découvrira petit à petit la vie et le fonctionnement de ces deux groupes d'adversaires au fil de l'histoire et Naughty Dog est parvenu à les rendre d'une cohérence remarquable.

Au cours du périple d'Ellie à Seattle le jeu nous passe des flashbacks qui nous expliquent l'évolution de la relation entre Joel et Ellie. Au début du premier opus, Joel perd sa fille. Pendant le road-trip où il doit emmener Ellie, seule immunisée connue contre le cordyceps, il tisse des liens profonds avec elle, jusqu'à ce final où, informé que pour développer un vaccin qui sauverait l'humanité, Ellie doit être opérée et ne survivra pas à l'opération, il refuse cette nouvelle perte et tue l'équipe de l'hôpital pour s'enfuir avec elle, inconsciente. Le jeu se termine sur un regard d'Ellie plein de doute quand Joel lui dit que les Lucioles les ont laissés partir, que les tests qu'ils ont menés sur elle n'ont rien donné et qu'il y a plein d'immunisés comme elle de toute façon. Ce doute ne quittera pas Ellie et au cours des flashbacks de ce deuxième opus, on apprend qu'elle est retournée à l'hôpital du premier opus et a trouvé un enregistrement qui confirmait ce qu'elle craignant : que Joel a condamné l'humanité en la sauvant et en tuant la seule personne qui pouvait développer un vaccin, chose qui la brise émotionnellement et qu'elle ne parvient pas à lui pardonner. Ces flashbacks sont le point fort de l'opus, ils nous permettent de revoir Joel, de comprendre ce qu'il s'est passé et d'éprouver d'autant plus d'amertume quant à la manière dont Joel et Ellie se sont quittés. A la fin de ces trois jours à Seattle, où Ellie fait un carnage et est prête à tout pour retrouver et tuer Abby, on est empreints d'un sentiment d'un trop plein de violence et malgré l'envie de vengeance initiale on éprouve un malaise grandissant quant aux actes d'Ellie. Elle-même finit par comprendre qu'Abby et sa bande sont d'anciennes Lucioles et sans connaître les détails, comprend qu'ils ont tué Joel pour ce qu'il a fait à l'hôpital dans le premier opus et pour avoir condamné l'humanité. C'est finalement Abby qui retrouve Ellie après que celle-ci ait tué tous ses amis pour un climax...

Puis Naughty Dog embraye sur ce qui a été sans doute mal reçu par certains joueurs et qui est osé : on endosse alors le rôle d'Abby sur ces trois jours à Seattle, que l'on vient de vivre par le regard d'Ellie. On commence même par un flashback où on apprend que le père d'Abby n'était nul autre que le médecin qui devait opérer Ellie dans le premier opus et développer le vaccin, mais qui s'est fait tuer par Joel lors du climax du premier opus. On découvre le WLF, ses membres, les amis d'Abby. Naughty Dog prend même un malin plaisir à nous faire apprécier des personnes que l'on a tuées quelques heures plus tôt en incarnant Ellie, que ce soit par de simples bribes de dialogue ou en développant le background de ces personnages. On réalise qu'Abby et Ellie sont les deux faces d'une même pièce, qu'Abby était habitée par le même désir de vengeance qu'Ellie, mais qu'elle n'est pas plus une mauvaise personne qu'elle. On apprend au cours de ces trois jours à l'apprécier et à la comprendre, et son périple personnel est tout aussi intéressant, la menant à douter de son engagement dans le WLF, à aider Lev et Yara, deux jeunes enfants Séraphites pourchassés par les leurs... et on souffre avec elle de la mort de ses amis de la main d'Ellie.. C'est elle qui finit par retrouver Ellie, mue à son tour, à nouveau, par un désir de vengeance. On finit par combattre Ellie dans ce qu'on croit être un final étonnant où le protagoniste de toute la première partie du jeu est notre adversaire. Abby prend l'avantage mais parvient à briser son cycle de la violence en épargnant Ellie et en la laissant partir avec Dina et Tommy.

Naughty Dog nous fait alors le coup de la fausse fin. Au cours d'une scène visuellement magnifique, on retrouve Ellie et Dina 18 mois plus tard dans une ferme du Wyoming, vivant ce qui semble être une existence paisible avec l'enfant de Dina et Jesse, champs de blé, coucher de soleil magnifique sur une vallée.. mais Ellie souffre de PTSD et ne parvient pas à se défaire de la mort de Joel qui la hante toujours. Tommy arrive alors un jour et lui apprend qu'il a une piste pour retrouver Abby en Californie, où elle était partie avec Lev à la recherche des Lucioles qui se seraient reformées.
Ellie ne parvient pas à abandonner le cycle de la vengeance, à laisser cela derrière elle, et elle quitte Dina et le bébé pour un nouveau périple de plusieurs mois vers la Californie. Long story short, blessée elle parvient à retrouver Abby et Lev qui ont été capturés par un gang d'esclavagistes. Laissés pour mourir attachés à des piliers pour avoir tenté de s'enfuir, ils sont dans un état lamentable après des mois à avoir subi des supplices. Ellie les libère, et par là même, les sauve et les accompagne à des bateaux pour s'enfuir, mais au dernier instant ne parvient pas à laisser tomber la vengeance, quand bien même Abby refuse initialement de se battre. S'ensuit un combat mémorable où les deux jeunes femmes qui ne plus que les ombres d'elles-mêmes se rendent les coups, et cette fois-ci Ellie prend l'ascendant et parvient à noyer Abby. Sur le point de tuer cette dernière, elle est assaillie par un dernier souvenir de Joel, de leur dernier dialogue à la veille de sa mort, qui lui fait retenir son geste ; elle décide alors de laisser Abby et Lev partir.

Le final est empreint d'une immense tristesse. Ellie rentre à la ferme. Dina est partie, tout a été vidé sauf le studio de peinture d'Ellie. Elle y retrouve sa guitare.. mais ne peut plus y jouer, ayant perdu deux doigts lors du combat contre Abby. Son dernier lien avec Joel se retrouve ainsi coupé. S'ensuit un dernier flashback chargé d'émotion, le dernier dialogue entre Ellie et Joel la veille de la mort de ce dernier... Ellie finit par lui dire qu'il aurait dû la laisser mourir à l'hôpital, que sa vie aurait eu un sens et qu'il n'avait pas le droit de lui enlever ça. Joel lui répond que si le Seigneur lui donnait une seconde chance, il referait exactement la même chose. Le jeu se termine en quelque sorte sur ces dernières paroles poignantes : "je ne sais pas si je pourrai un jour te pardonner... mais j'aimerais essayer". Ellie s'était engagée sur le chemin du pardon, ce qui rend cette perte à la fois plus douce mais aussi plus amère, car Abby avait empêché Ellie d'aller au bout de ce processus. On voit sur le dernier plan Ellie laisser derrière elle la guitare et quitter la ferme en arrière plan, avec en premier plan le manche de la guitare orné du symbole des Lucioles.
A la fin des crédits, l'écran-titre se change pour montrer le bateau d'Abby et Lev avec, en fond, le bâtiment arrondi où ils devaient retrouver les Lucioles avant d'être enlevés par le gang.

C'est là en somme toute l'essence de The Last of Us : trouver la lumière dans l'obscurité la plus profonde, en écho au slogan des Lucioles : "quand tu es perdu dans les ténèbres, cherche la lumière". Là où le premier opus arrivait à montrer l'amour dans un monde sombre et violent et nous posait un terrible dilemme moral (serait-on prêt à sacrifier ce qui nous est le plus cher pour sauver l'humanité.. ?), celui-ci montre que l'on peut surmonter la haine et la violence pour parvenir à trouver, peut-être, la rédemption. Le symbole est fort : c'est finalement Ellie qui sauve Abby et Lev des griffes du gang californien en les détachant des piliers où ils étaient laissé pour morts. Si Abby n'avait pas épargné Ellie à Seattle, elle serait sans aucun doute morte en Californie, c'est le pardon qui lui a permis de survivre.
Et en définitive, si Ellie a énormément perdu pour arriver à briser le cycle de la violence, elle parvient à la fin à tout laisser derrière elle. On ne sait pas où elle va mais elle a enfin trouvé la force en elle de pardonner à Joel comme elle a trouvé la force d'épargner Abby et de mettre fin à la vengeance.

En conclusion, je trouve les critiques adressées au jeu souvent infondées. Osé sur le plan de la narration, c'est malgré tout encore une fois une réussite totale de mon point de vue. Naughty Dog propose une histoire viscéralement difficile, ponctuée de moments très durs, mais qui reste toujours porteuse d'espoir.

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