À un cheveu de la perfection...

Avis sur The Legend of Zelda: Breath of the Wild sur Nintendo Switch

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Version Nintendo Switch

Le voilà, le tant attendu, le fabuleux, le fameux The Legend of Zelda : Breath of the Wild ! Je ne pense pas faire d'euphémisme en disant que ce jeu a sûrement été l'un des plus hypés de la décennie. Pour ma part, j'ai succombé à la vague de hype et j'ai commencé le jeu courant mars 2017, et après plus de 230h passées dessus, je pense pouvoir m'exprimer à son sujet...

Quand Nintendo redéfinit l'exploration...

...Et bien ça donne ce Zelda. Par où commencer ? On pourrait nombrer les qualités du titre durant des heures, mais je me dois d'être un minimum concis. Comme prévu, on est lâchés sur le Plateau du Prélude, qui fait office de tuto. On se plaît alors à vadrouiller partout, à explorer chaque recoin, et on ne s'en lasse pas, des heures durant. On découvre pendant cette période à quel point Link est maniable, et ça fait un bien fou. C'est simple, chaque paroi, chaque roc, chaque construction (hormis celles bâties par les Sheikahs), chaque cm² de surface visible est accessible, en échange d'une jauge d'endurance suffisante pour l'atteindre.

Le système de matériaux, de loot, de chasse et de cuisine met l'aspect survie au coeur du gameplay. Cet aspect, maîtrisé avec brio, nous oblige à sans cesse être préparé à faire face à l'imprévu, et même avec ça, on est toujours surpris. Quant aux armes, dotées d'une durabilité limitée, elles ont été longuement décriées, mais je pense, à titre personnel, que le loot de nouveaux équipements est suffisamment fréquent pour palier à ces armes facilement destructibles. La combinaison de ces deux facteurs permet une chose ingénieuse, et plus que bienvenue : rendre la survie stratégique. Étant amateur de la série Fire Emblem, je suis habitué à toujours avoir des coups d'avance, et on peut dire que je suis servi avec ce Zelda. C'est simple, j'avais toujours des armes en trop. Soyez stratégiques dans l'utilisation de votre équipement, et cette usure rapide des armes ne vous posera aucun problème.

Mais c'est lorsque l'on sort du Plateau du Prélude que la véritable aventure commence, et on est alors bluffé comme jamais : une vaste étendue s'offre à nous, et c'est en explorant ce vaste monde que l'on se rend compte du génie de l'équipe de développement qui a conçu cet open-world. C'est bien simple : cette carte n'a pas été pensée comme un simple ensemble de montagnes et de forêts posées au hasard, mais comme un véritable terrain de jeu gigantesque. La cohérence de cet univers, avec les évènements climatiques, une IA exemplaire (les ennemis savent s'adapter, ils vont pouvoir s'adapter à un départ de feu imprévu, par exemple) est vraiment bluffante. On a vraiment l'impression que chaque cm² de la carte a été pensé de façon à privilégier le ludisme et à stimuler l'envie d'explorer, le tout en conservant des paysages vraisemblables. Et surtout, l'interactivité est partout. Mais comme un rapide conseil vaut mieux qu'un long discours, je rajouterai seulement ceci : il faut y jouer pour comprendre.

Les choses qui fâchent

Et oui, il y en a. Beaucoup. Je ne m'attarderai pas sur les autres qualités du jeu, que sont une physique excellente, un système de combat/infiltration très bien ficelé et un aspect RPG assez appréciable. Non, je vais revenir ici sur mes grosses déceptions, en tant que fan de la série, mais tout en essayant d'oublier un peu que j'en suis un.

Ce Zelda a beau être excellentissime, il délaisse ce qui faisait jusque là une énorme force pour la série, à savoir des donjons grands, longs et complexes. Je pense, que les Créatures Divines, sont, sur le papier, une idée formidable. Leur fonctionnement, plus original que jamais m'a dérouté, et, je dois l'avouer, m'a aussi beaucoup plu. Mais les innovations de gameplay apportées par ces nouveaux donjons ne se font pas sans mal. Je passerai sur le design, identique pour les quatre donjons, mais je suis profondément déçu par leur facilité et leur durée de vie ridicule. Comptez 20-30 minutes pour venir à bout de l'un d'entre eux. Et je parle en joueur expérimenté, mais j'avais déjà à mon actif cinq jeux Zelda terminés à 100% lorsque je me suis attaqué à Ocarina of Time, et j'ai quand même trouvé les donjons difficiles. Tandis que ce jeu, qui est mon 12ème jeu Zelda, me laisse sans voix, face à la facilité déconcertante de ses énigmes en donjon.
Nintendo avait trouvé, avec Skyward Sword, le juste milieu avec des donjons qui nous font oublier cette sensation d'enfermement, mais qui restent complexes et ardus malgré tout. Je trouve dommage de pousser la chose à ce point, rendant les donjons fades, très faciles, et sans aucune identité artistique, bien que très inventifs et exploitant merveilleusement bien la physique du jeu.

Autre point : la narration. Je n'ai pas compris les choix faits avec ce Zelda. J'ai l'impression que la volonté de l'équipe de développement de briser la linéarité des jeux Zelda les a perturbés, les empêchant de savoir sur quel pied danser. La présence de cinématiques m'a l'air justifiée uniquement pour pouvoir créer les trailers auxquels on a eu droit avant la sortie du jeu, et qui nous vendaient un scénario plus profond que jamais.
Mais dans le même temps, la narration se révèle par l'image et l'interaction. Le seul fait de visiter des lieux, sans même qu'il y ait forcément des PNJ à qui parler, nous en apprend beaucoup sur la violence qui a suivi la prise de contrôle de Ganon. Il suffit de visiter la forteresse d'Akkala pour s'en rendre compte.

Seulement, le jeu jongle très mal avec ces deux aspects. La narration "classique" en cinématiques aurait pu être retirée. Elle ne fait que présenter des personnages plutôt unidimensionnels sans vraiment les développer, ou en tout cas, à un niveau bien moindre par rapport aux anciens personnages emblématiques de la saga. Le fait que le roi d'Hyrule nous révèle tout à la fin du plateau du Prélude gâche la découverte, je trouve. J'aurais préféré que Nintendo ne dévoile rien des évènements du jeu et s'oriente vers une narration 100% interactive, avec plus de lore à découvrir, un peu à la façon de Metroid Prime, et qui aurait en plus intégré à la perfection le jeu puisque'on erre seul en pleine nature. Ça aurait été un parti pris bien plus audacieux, qui aurait renforcé la cohérence du monde du jeu.

Et en parlant de parti pris... Parlons de la musique. Je salue l'audace derrière cette OST très discrète. Mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que ça manque cruellement de plus de pistes marquantes. Bien sûr, il y a des fulgurances, je pense au thème de l'assaut sur Vah'Rutah ou même sur Vah'Naboris, le thème de la forêt Korogu ou encore du village d'Euzero. Mais je n'arrive pas à apprécier beaucoup plus d'OST du jeu. Je reconnais l'utilisation parfois astucieuse du piano et ses dérivés : typiquement, l'effet procuré par l'orgue à l'intérieur de Vah'Rutah est très réussi, par exemple. Mais je ne peux m'empêcher d'être déçu par la musique dans ce Zelda. Je veux dire, quand on sort de Skyward Sword, qui avait des pistes orchestrales grandioses, ça fait un gap. Même le thème d'un pauvre combat de Stalfos était incroyable. Et l'ambiance calme du jeu était tout aussi bien servie. Ici, le fait de vouloir intégrer du piano partout et de laisser de la place aux bruits de la nature fonctionne très bien. Mais je pense que certains moments du jeu auraient gagné à être plus appuyés par la musique.

Je passerai sur les quelques autres soucis un peu moins subjectifs (quoique) que j'ai avec Breath of the Wild :

  • Une absence totale d'identité artistique des différents boss.
  • Un bestiaire un peu faiblard.

Pour conclure

Vous vous demandez sans doute pourquoi j'attribue un 9/10 à un jeu dont je m'évertue à décrier longyement les défauts. Et bien c'est simple. C'est à la fois parce que je suis très satisfait vis-à-vis de mes attentes sur le jeu, mais en même temps extrêmement déçu que Nintendo ait raté les aspects qui ont toujours fait la force de la série.

Les équipes de chez Big-N sont passées à 1 tout petit millimètre de la perfection avec ce Zelda. Je le considère à l'heure actuelle comme mon préféré, dû au fait que j'y ai passé énormément de temps, et qu'il est le Zelda le plus addictif auquel j'ai jamais joué. Ludiquement parlant, c'est une très franche réussite. Mais malmener à ce point les leitmotivs d'une des plus grandes sagas de jeux-vidéos de tous les temps, je trouve ça tellement dommage.

M'auriez-vous offert des boss fights dignes de ce nom (au niveau artistique, j'entends), des OST millimétrées et qui tombent toujours juste, des donjons grandioses et, plus que tout, m'auriez-vous proposé une narration réussie et cohérente avec l'univers du jeu, que j'aurais sans hésiter qualifié ce Zelda de parfait.

À trop vouloir ressembler à The Legend of Zelda, 1er du nom, ce jeu a délaissé une part importante de ce qui avait été accompli en plus de 30 ans...
Il a sans aucun doute révolutionné le ludisme et s'inscrira dans son époque. Mais quoiqu'en disent les tests ("obectifs" -_-), je pense que la narration est bancale et ratée et n'importe qui admettra la même chose pour les donjons, au moins pour leur identité artistique inexistante les uns par rapport aux autres.
Cela reste une expérience vidéo-ludique exceptionnelle que je conseillerais à n'importe qui recherche simplement ce que tout jeu vidéo devrait procurer : de l'amusement. Mais certains devraient se souvenir que l'on peut toujours faire mieux.

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