Ne pas se fier à une première impression (bis)

Avis sur The Legend of Zelda : The Wind Waker sur GameCube

Avatar Evanizblurk
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Version GameCube

/!\ Attention, cette critique comporte de spoilers /!\ (voilà, ça au moins, c'est dit)

Alors oui, je donne le même titre qu'à ma critique de Majora's Mask. Ce n'est pas anodin, car encore une fois, Nintendo a décidé d'innover et de surprendre avec cet opus, déroutant le fan de base et créant de nouvelles polémiques, mais cette fois-ci d'une autre manière, puisque c'est par les graphismes que naît le débat. Remettons-nous dans le contexte...

Lorsque The Wind Waker sort, je suis, on peut le dire, devenu fan de la saga Zelda que j’ai découverte avec Ocarina of Time (voir ma critique). J’ai joué à plusieurs opus 2D, dans lesquels, malgré leurs indéniables qualités, je n’ai pas retrouvé la même immersion que dans les jeux 3D, et je n’ai pas encore eu ma révélation sur Majora’s Mask (voir ma critique). Je cherche donc encore, comme un grand nombre de fans d'ailleurs, le digne successeur de OOT, c'est-à-dire une histoire épique, une grande plaine qui serait le théâtre de nouvelles galopades au grand air, un Link adulte et des graphismes réalistes. Aussi, lorsqu’a commencé à se répandre sur le web une vidéo présentée par Nintendo au Space World 2000, montrant les capacités techniques de sa toute nouvelle GameCube avec l’extrait d’un combat épique entre Link et Ganondorf, j’ai été ravi de voir que cela semblait tout à fait correspondre à mes attentes. Quelle ne fut pas ma déception, alors, quand fut finalement annoncé The Wind Waker avec ses inhabituels graphismes en cell-shading ! Pas vraiment convaincu, il n’empêche que je devais tout de même lui laisser sa chance.

Les graphismes, certes inattendus et surprenants, ont fait l’objet de nombreuses critiques, mais en fin de compte, on finit par s’y habituer, et même par les trouver assez mignons, donnant l'impression d'évoluer dans un dessin-animé, et les personnages étant particulièrement expressifs. La crainte, au-delà de l’aspect purement esthétique, était de découvrir un jeu à l’image de ces graphismes, c'est-à-dire trop enfantin. A première vue, ça pourrait presque être le cas. Presque. Parce que le jeu comporte quelques passages plus profonds que ça.

Bon, le jeu n’est pas exempt de défauts. Des phases en bateau un peu longues et monotones, certaines quêtes annexes très lourdes (vous avez dit « Tendo » ? Mais qui a eu cette brillante idée qu’on ne puisse donner qu’une seule photo à la fois ? Qu’il se dénonce ! – Défaut heureusement corrigé dans la version HD du jeu sur Wii U), et finalement très peu de terres explorables dans cet océan immense. Les îles, à part deux ou trois, sont très petites et on en fait très vite le tour. Et si on est, comme moi, un 100% freak, les tours de guets et les « îles de la face x » sont très pénibles à conquérir : c’est chiant et toujours pareil. Au niveau des donjons, c’est globalement convenable, mais je n’aime pas vraiment les bois défendus et le Temple du Vent. Et enfin, il y a cette quête de la Triforce, faisant partie de la quête principale, assez redondante également. Prévoyez vos stocks de rubis et de la patience pour aller à la pêche, ou alors soyez prévoyants et ne la faites pas d’un seul trait, cela est possible en se débrouillant bien.

A côté de ces (plus ou moins) petits défauts, il y a tout de même de bonnes choses. A commencer par Mercantîle. Je crois que c’est, encore aujourd’hui dans un Zelda, la ville qui se rapproche le plus, en terme d’ambiance et de richesse, de l’esprit de Bourg Clocher dans Majora’s Mask, sans pour autant l’égaler encore. Cette île fourmille de quêtes annexes sympathiques et originales, et certains personnages ont presque un semblant d’emploi du temps, ou du moins une petite routine, ce qui donne tout de suite beaucoup plus de vie. Ensuite, il y a certains passages très réussis du jeu, avec en tête la découverte du Royaume d’Hyrule sous les flots, une ambiance vraiment saisissante, et d’ailleurs très bien retranscrite musicalement. La musique, parlons-en également : cet opus nous livre encore quelques très bons hymnes, à proprement parler même puisque l’Hymne du Dieu de la Terre et l’Hymne du Dieu du Vent sont vraiment deux superbes morceaux qui mis bout-à-bout font une belle musique d’écran-titre.

Et venons-en maintenant à ce qui, comme je le disais plus haut, fait de cet opus une histoire pas si enfantine que ça. Par bien des aspects, cet opus semble même en fait traiter du passage à l'âge adulte, que ce soit par la destinée d'un Link tout d'abord insouciant, qui enfile d'ailleurs avec réticence le costume du Héros au départ, et qui devra, tout au long de son aventure, veiller sur sa petite sœur ainsi que sur sa grand-mère ; ou encore par le personnage de Tetra, jetée elle aussi la tête la première dans les responsabilités d'adulte depuis le décès de sa mère, et notamment le management d'une équipe ; ou encore par le retour du personnage de Tingle qui, au contraire des deux précédents personnages, refuse de grandir malgré ses 35 ans. Mais surtout, après avoir planté son épée dans le crâne de Ganondorf (une scène d'ailleurs particulièrement violente tranchant radicalement avec l'aspect cartoon et, encore une fois, faussement enfantin), Link et Zelda apprennent que le grand royaume d’Hyrule restera à jamais sous les flots, laissant donc une certaine impression d’inaccompli et surtout de mélancolie, avec un message clair énoncé par le Roi d'Hyrule en personne : ne pleurez-pas sur le passé, allez de l'avant, grandissez.

Mais ce qui est également intéressant ici, c’est le double message qui semble être ici transmis par les développeurs. Serait-on en train de nous faire comprendre, à nous, joueurs, qu’il faut arrêter de pleurer sur le passé et d'attendre un retour aux sources de la saga ? Que les développeurs veulent désormais innover, expérimenter de nouvelles choses et aller de l’avant ? Les jeux suivants, et notamment ceux qui suivent la chronologie de l’histoire, semblent le confirmer. Avec un Link toujours en bateau dans Phantom Hourglass, en train dans Spirit Tracks, mais aussi en oiseau volant dans Skyward Sword, se transformant en lilliputien dans The Minish Cap ou en peinture murale dans A Link Between Worlds, la saga semble chercher à toujours innover, apporter de nouveaux éléments de gameplay, et ne plus se contenter de reprendre la recette gagnante qui avait fait le succès des précédents opus. On notera également que dans les épisodes qui suivent chronologiquement, Ganondorf est aux abonnés absents. Ainsi, The Wind Waker et son message à double sens semblent réellement marquer un grand virage dans la mythologie même de la saga, le début d’une nouvelle ère : la fin de la légende d’Hyrule, la fin de la quête interminable et acharnée de la Triforce, et par conséquent, peut-être la fin du lien qui unit Link, Zelda et Ganondorf. En effet, dans certaines de ses récentes déclarations, Aonuma avait mystérieusement laissé entendre que Link pourrait ne pas être le héros dans les épisodes futurs. Sans Hyrule et sa Triforce qui liaient dans l’éternité la destinée des trois protagonistes et leurs réincarnations successives, ce lien (Link en français, héhé) ne pourrait-il pas s’estomper, voir disparaître, et une toute nouvelle légende naître ? La saga s’appelle toujours Zelda, elle ne s’est jamais appelée "Link", alors pourquoi pas un nouveau héros, un nouveau méchant, une nouvelle légende, toujours gravitant autour de la princesse ? En définitive, que l'on soit d'accord ou non avec cette volonté de la part de Nintendo de faire évoluer la saga, c’est aussi cette fin ouverte et son interprétation, qui fait de The Wind Waker un opus intéressant.

Dans tous les cas, ce jeu reste un jeu à essayer pour tout fan de la saga. En faisant abstraction des graphismes déroutants pour les plus réfractaires, il reste un très bon opus, qui notamment pousse l’instinct d’exploration à son paroxysme. Pas encore de quoi détrôner un Ocarina of Time pour moi, parce qu’il comporte tout de même quelques défauts, il reste néanmoins dans le haut du panier des Zelda en 3D. À ne pas négliger, donc !

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