Belle gueule, tête vide

Avis sur The Sexy Brutale sur PC

Avatar GéhenneFleurie
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Version PC

The Sexy Brutale, c'est avant tout un concept qui donne envie : tout se passe au sein d'un manoir, où durant une journée, l'ensemble des invités vont être horriblement assassinés par le personnel. Votre objectif est d'empêcher que ces meurtres aient lieu, mais sans pouvoir intervenir directement. Jusque là, pas de quoi fouetter un chat. Plus excitant, le jeu se déroule en temps réel. Les évènements menant aux meurtres ont lieu que vous soyez là ou pas. Cependant la journée se répète indéfiniment. Pour empêcher ces meurtres, il va vous falloir regarder par bien des serrures, écouter à bien des portes, et filer du filou comme de la victime... bref, il va falloir espionner.

J'insiste sur ce dernier point, car espionner est une activité éminemment récréative. Or, peu de jeux proposent des mécanismes permettant de se livrer à cette occupation de manière satisfaisante. Dans certains jeux d'infiltration, on peut certes épier des conversations, mais ce n'est généralement qu'un détail sympa, pas d'une tâche au cœur du jeu. Dans ces jeux, toujours, on y suit furtivement des personnes, il est vrai, mais fort peu de temps généralement – celui de les neutraliser ou de passer inaperçu jusqu'à la zone suivante. On ne s'intéresse pas à ce qu'ils font, à qui ils sont, seulement à leurs routines de surveillance. The Sexy Brutale a la bonne idée de proposer plus que cela. Les individus objets de notre attention ne sont pas des ennemis génériques ayant au mieux quelques lignes de dialogues et un chemin de ronde, ce sont des personnages uniques ayant chacun leurs motivations et suivant une trajectoire particulière tout au long de la journée ; et ce sont ces éléments que le joueur doit, entre autres, essayer de reconstituer s'il veut parvenir à ses fins.

Le temps réel joue d'ailleurs beaucoup dans l'authenticité de l'expérience. Le fait que le jeu n'attende pas la présence du joueur pour avancer et qu'il se déroule en parallèle plusieurs évènements dans plusieurs lieux différents rend la situation crédible et excitante. La possibilité de recommencer la journée autant de fois que nécessaire permet de ne pas rater trop de choses.

Cependant, The Sexy Brutale n'est pas une expérience narrative ou un jeu simulationniste. C'est un pur jeu d'énigme, férocement gamiste. The Sexy Brutale est linéaire, dirigiste, et compartimenté. On a un seul objectif à la fois (empêcher un meurtre), avec un seul moyen de le remplir, dans une zone géographique clairement délimitée. Théoriquement, le jeu propose une seule carte qui s'ouvre au fur à mesure que l'on progresse ; mais en pratique, il aurait très bien pu ne proposer qu'une succession de niveaux distincts. Chaque objectif se déroule dans une zone différente et il est parfaitement inutile de revenir dans les zones précédentes pour le remplir. Il existe quelques interactions d'ordre narratif entre les zones (par exemple, un personnage qui réagit au bruit provoqué par un évènement ayant lieu autre part), mais c'est limité. Ce n'est donc pas un jeu très ambitieux dans sa construction, mais le fait d'avoir un design résolument orienté vers la résolution de problème rend tout du moins l'expérience d'espionnage moins oisive : elle ne constitue pas une fin en soi, elle est un moyen pour progresser.

Parlons du style maintenant. The Sexy Brutale en a. D'abord, l'écriture, je l'aime bien. Si je n'avais pas peur d'être pédant, je dirais que la thématique du luxe y est exploitée de manière amusante. C'est rigolo, donc, mais guère plus. Les personnages ont peu d'intérêt. Quant à l'histoire, elle est assez niaise et pas très originale. Toutefois, comme tout cela est associé à de jolis visuels et à de chouettes musiques, cela suffit à poser une ambiance ; et à donner un verni chic à ce qui est en premier lieu un jeu de puzzle.

Mais un jeu de puzzle, pour être bon, doit proposer des défis stimulants. Or, là se trouve le cœur du problème : le jeu est simple, beaucoup trop simple. Il est tellement simple que sans même comprendre comment ont lieu les meurtres, on peut facilement parvenir à les empêcher. C'est assez pénible à la vérité, je me suis retrouvé à volontairement ne pas résoudre des problèmes pour pouvoir profiter des éléments narratifs. Il faut presque plus réfléchir pour ne pas sauver les personnes sans le vouloir que pour progresser dans le jeu. La difficulté s'améliore un peu sur la fin, mais cela met trop longtemps à devenir complexe et ça ne le devient jamais réellement. Le degré de complexité du quatrième défi (sur les six que propose le jeu) aurait dû être celui du deuxième. Le cinquième puzzle est le premier réellement satisfaisant à résoudre, le premier où il est réellement nécessaire de comprendre quoi faire plutôt que de simplement appuyer partout. Malheureusement, c'est aussi le dernier. Tel quel, il n'y a peu de gloire à surmonter les défis, et espionner pour saisir les petits détails de l'histoire (qui ne sont du reste pas passionnants) est moins prenant que pour sauver des vies.

En conclusion, c'est un jeu fait pour charmer le hipster : bon concept, mais simpliste ; mignon, mais inoffensif. Si comme moi, vous vous faites avoir par les beaux discours de l'un d'entre eux, pas de panique ! Ce ne sera pas si terrible. Au fond, j'ai même passé un plutôt bon moment avec The Sexy Brutale. J'aurais par contre probablement oublié jusqu'à son existence d'ici une année ou deux.

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