Essai non transformé

Avis sur The Walking Dead : Saison 2 sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

La première saison de l’adaptation originale en jeu vidéo de The Walking Dead avait surpris les joueurs par sa profondeur, sa froideur et sa fin sans concession. Telltale a donc fort logiquement décidé de transformer l’essai avec une seconde saison, reprenant quasi-immédiatement après les événements narrés dans la première itération.
À ce propos, il sera considéré dans les lignes qui suivent que les lecteurs s’y aventurant auront préalablement terminé la première saison. Vous êtes prévenus.

Bref rappel sur les événements antérieurs : le joueur incarnait Lee, un type au passé compromettant, lors de ce qu’on pourrait imaginer être la fin de la civilisation humaine. Alors que la quasi-totalité de l’humanité s’est transformée en zombies avides de chair fraîche, Lee allait essayer de se faire une place au sein d’un groupe de survivants mais allait surtout prendre sous son aile une gamine dont les parents ne reviendraient jamais de vacances, trop occupés à participer à un flash mob géant de ramassis de chair putréfiée. Lee allait donc évidemment devenir le père de substitution de cette orpheline répondant au nom de Clémentine, la protégeant des zombies mais surtout des survivants s’avérant bien plus dangereux et dérangés. Évidemment, très investi dans ce rôle de père bis, de guide et de mentor, Lee allait finir par se faire mordre, le condamnant à une mort certaine. Les événements de la première saison se terminaient sur la mort de Lee, laissant Clémentine seule.

La fin de la première saison avait, malgré son caractère ultra prévisible, choqué et bouleversé les joueurs et la presse spécialisée. Je n’avais malheureusement que peu ressenti de frissons lorsque j’ai commandé à Clémentine d’abattre Lee. Certes, la scène était émotionnellement chargée. Pourtant, je suis ressorti déçu de cette première incursion dans l’aventure narrative interactive selon Telltale. J’entamais donc cette seconde saison à la fois curieux de voir ce que Telltale allait proposer et réservé quant aux sensations que le jeu serait susceptible de me procurer.

Quelques heures de jeu plus tard, le constat est triste : cette suite n’atteint à aucun moment le degré de qualité de son aînée. Deux ou trois moments intéressants et captivants pour des heures de dialogues absurdes.

Il faut dire que le premier choix de Telltale, celui du personnage que l’on incarne, me semble peu judicieux. Il est vrai que voir ce monde en totale décrépitude à travers les yeux d’une enfant, qui plus est la jeune fille que l’on a protégée au cours de la première saison, offre au joueur un point de vue original. L’horreur est bien plus atroce lorsqu’elle est perçue par un enfant. Du coup, le joueur tremble encore plus pour son avatar si celui-ci est tout frêle et vulnérable. En tout cas, c’était l’effet recherché.
Parce que malheureusement, dès le départ, le joueur se rend compte de l’absurdité de la situation. Très rapidement, Clémentine va être séparée des rescapés de la première saison et va trouver un nouveau groupe. Immédiatement, le concept montre ses limites. Nous incarnons une gamine qui va prendre toutes les décisions, à la place des adultes tous plus bêtes, immatures et irréfléchis les uns que les autres.

Là où la première saison m’avait séduit, c’était dans l’écriture des personnages, la finesse des dialogues et la relative justesse des réactions. Dans la seconde saison, chacun répond a un stéréotype en ne sortant jamais du carcan dans lequel il est enfermé et a des lignes de dialogue absolument terrifiantes de connerie.
À aucun moment, dans la vie de tous les jours où règnent pourtant les enfants qu’on ne peut même plus punir d’une petite tarte dans la gueule de temps en temps et encore moins dans un monde en proie au feu et au sang, des adultes répondront à un enfant de telle sorte que celui-ci choisisse la destinée des adultes, que ce soit sur ce qu’il convient de faire ou où aller. Dans The Walking Dead saison 2, les adultes sont sans arrêt en train de s’embrouiller entre eux pour, à chaque fois, laisser Clémentine trancher. Ce parti-pris de Telltale est incompréhensible.
Souhaitant répondre à la principale critique de la première saison selon laquelle les choix du joueur n’avaient que peu d’influence sur l’histoire, Telltale a donc décidé de confier les rênes de la destinée de tout un groupe à une gamine... Pour répondre à une critique relativement justifiée, Telltale a rendu son nouveau volet absurde.
Il ne fait aucun doute que si un jeu méritait de laisser le joueur influencer l’histoire, c’était le premier volet. Et si un jeu méritait de faire subir au joueur son histoire, en lui offrant toutefois des choix mineurs, c’était le second.
À titre personnel, je trouvais bien plus sexy le concept de « comment une gamine, malmenée par les événements et par ceux qui l’entourent, va tenter de survivre » plutôt que « comment une gamine va prendre la tête d’un groupe d’adultes et dicter la marche à suivre pour survivre ».

Ainsi donc, sur ses éléments essentiels (histoire et dialogues), The Walking Dead saison 2 pêche. Inévitablement, la narration s’en retrouve affectée. À aucun moment je n’ai pris au sérieux cette histoire, ses rebondissements et ses choix de dialogue.
On notera tout de même la présence de deux personnages plutôt intéressants dans la deuxième moitié de l’aventure mais qui ne sauvent pas les meubles.

Passons rapidement sur le gameplay réduit à sa plus simple expression: des choix durant les dialogues. Oubliée la dimension point’n click de la première saison, celle-là même qui contraignait à chercher des éléments interactifs dans le décor pour résoudre des puzzles et/ou déclencher la cinématique suivante. Ce second opus se concentre donc sur le cœur de son gameplay en délaissant la partie pénible. Dommage donc que la partie préservée soit à ce point ratée.

D’un point de vue graphique et sonore, Telltale a revanche réussi à conserver le même degré d’excellence. Les tableaux sont jolis, les personnages sont reconnaissables immédiatement, le rendu comics est très agréable et les thèmes joués s’accordent parfaitement avec le visuel en procurant au tout une nostalgie idéale pour se plonger dans l’univers.

D’un point de vue technique, en revanche, et comme pour la première saison, Telltale s’est encore foutu de la gueule des joueurs avec des chargements inexplicables vu le peu de ressources que sollicitent un jeu si « pauvre » graphiquement. Et surtout les lags sont légion, omniprésents. Le jeu n’est jamais fluide. C’est peu dérangeant vu le type de gameplay mais ça montre le peu d’intérêt de Telltale pour l’optimisation de ses jeux.
Notons que, contrairement à d’autres, je n’ai pas eu de problème pour entamer l’aventure en chargeant ma sauvegarde de la première saison.

Au final, cette seconde saison est une grosse déception. Pas désagréable à parcourir si l’on ferme les yeux sur l’absurdité même de son histoire et surtout de ses personnages, le jeu rate malgré tout le coche en s’embourbant là où son aîné méritait très justement, selon moi, des critiques élogieuses : la justesse et l’écriture.
En cherchant à répondre aux critiques faites au premier volet de la franchise, Telltale a oublié de soigner l’essentiel. Essai non transformé.

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