Sauveur ou prédateur

Avis sur Vampyr sur PC

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Version PC

Contrairement à la majorité des gens, je n'attendais rien de particulier de ce Vampyr. Je dirais même que je ne l'attendais pas spécialement en tant que tel, c'est donc avec un état d'esprit plutôt léger, libéré de toute exigence et sans a priori que j'ai lancé pour la première fois le titre chez mon frère pour tester, le temps d'une courte session. Et bien je fus tout de suite convaincu par le gameplay et par l'univers visuel de la ville au sein de laquelle évolue notre personnage : un Londres ravagé par une épidémie au début du XXème siècle.

Pour ce qui est du cadre général, votre serviteur vieillissant un peu plus chaque année et ayant de moins en moins de temps à consacrer à des titres gigantesques en monde ouvert, avoue avoir été séduit immédiatement par l'aspect dirigiste mais pas trop. Les développeurs français sont parvenus selon moi à trouver un subtil équilibre dans Vampyr entre les phases de couloirs et le mini monde ouvert autorisant le joueur de temps à autre à sortir des sentiers battus. Je dis bien "mini" car les parties accessibles de la capitale londonienne sont infimes au regard de la taille réelle et historique de la ville. D'ailleurs, c'est à peine s'il y a une tentative de respect du cadre historique mais personnellement je m'en tape. On déambule dans les ruelles, on loot à foison, on bute des adversaires, on cherche le chemin à suivre pour aller à l'objectif de mission, on parle aux quelques P.N.J. ci et là. Bref, j'étais dans mon élément ! D'autant plus que, et on rejoint mon second point, la représentation de la ville fictive de Londres est agréable. En effet, les décors intérieurs comme extérieurs sont réussis, les personnages ont tous un style unique le tout servi par des dialogues intéressants et rarement ennuyeux. Ce que je vais dire est subjectif mais la plupart du temps les graphistes français dans l'industrie du jeu vidéo tiennent le haut du pavé sur tout ce qui est level design ou ambiance générale : Dishonored, Remember Me, The Council etc.

Côté gameplay, le studio DONTNOD nous sert quelque chose d'assez classique mais qui a fait ses preuves. Vampyr est un jeu d'action saupoudré d'éléments RPG à la mode. En effet, le jeu alterne entre des phases d'exploration où vous devrez rechercher des indices ou des objets de quête, des phases de dialogues indispensables pour faire avancer les quêtes secondaires ou principales et les phases de baston contre les ennemis aux détours des rues de la capitale anglo-saxonne. Ces dernières ressemblent peu ou prou à ce que la série des Batman propose, on éclate des ennemis en les verrouillant façon beat them all en enchaînant les coups classiques ou spéciaux nécessitant non pas de la magie/mana mais du sang. Bienvenue dans Vampyr, un jeu qui, au risque de vous surprendre, parle de vampires. L'ensemble est régit par un système d'expérience qui permet d'augmenter les capacités de votre personnage en lui ajoutant des sorts dévastateurs, des passifs offensifs ou défensifs et même des "ultimate", sorte de coups ultimes. A la manette, je n'ai pas grand chose à ajouter, c'est intuitif et le personnage quoiqu'un peu pataud, répond au doigt et à la baguette. Les développeurs proposent également un système de fabrication d'objets et d'amélioration des armes blanches ou à distance. Rien de transcendant, on a déjà vu ça des millions de fois.

La grande particularité du titre réside dans l'ambivalence de votre personnage. Vous incarnez un docteur vampire charismatique, oui, intitulé Jonathan Reid au lendemain de la première guerre mondiale. Je vous laisse découvrir le pourquoi du comment en l'essayant. Tout l'enjeu est donc de savoir si vous voulez gagner en puissance jusqu'à bouffer des innocents, espérant ainsi par votre force et votre rage, débarrasser la ville de Londres de l'épidémie mortelle. Ou bien de faire preuve de bienveillance à l'égard des habitants qui croiseront votre chemin en évitant soigneusement d'amplifier la désolation en les croquant. La première option, facile, vous octroie une puissance énorme et vous permet de grimper en niveau rapidement. Le problème c'est que plus vous boulottez vos gentils camarades, plus la ville de Londres sombre dans le chaos et plus les ennemis gagnent en puissance en retour. En effet, manger des infirmières, des médecins ou le peu de personnes qui tentent de trouver des solutions au tumulte ambiant n'aide en rien à sortir de la crise sanitaire. A contrario, opter pour la seconde voie, bien plus difficile d'ailleurs, vous fera galérer comme un esclave. Seuls les méchants abattus vous donneront de l'expérience (très peu au regard d'un civil innocent) ainsi que les diverses quêtes mais jamais suffisamment pour surclasser les ennemis de certains recoins de la ville (on est sans cesse 5 voire 10 niveaux en dessous des adversaires). Par conséquent, on se fait victimiser du début à la fin. J'exagère un peu mais certains passages sont retors, surtout si vous désirez tracer en ligne droite. Vampyr parvient donc à vous tirailler sans cesse entre l'appât de la facilité en bouffant un PNJ gentil qui vous donnera vingt fois plus d'expériences qu'un mob ou boss ennemi. Et ça, j'ai trouvé personnellement que c'était une idée de génie.

Vous l'aurez compris, le point fort du titre est clairement la narration car du dilemme évoqué ci-dessus découle la totalité du scénario de ce Vampyr, ajouté à cela des guerres de faction entre mutants, vampires et humains. Votre objectif sera de gérer le niveau de salubrité des différents quartiers de la ville en évitant, ou pas, d'ajouter du chaos au chaos. Bref, je ne veux pas divulguer plus avant le contenu de l'histoire mais sachez qu'elle tire le jeu vers le haut et non l'inverse comme dans la majorité des productions actuelles.

Les points négatifs ? Il y'en a clairement. Voici ce que j'ai retenu : la ville de Londres manque de vie. Les quelques PNJ que l'on croise sont tous concentrés autour de foyers disséminés sur la carte (une dizaine de personnages tout au plus par quartier). Tout le reste de la ville est désert, seuls les ennemis déambulent dans celle-ci. Les animations sont un peu raides, on en prend plein la tronche parfois sans pouvoir rien faire. On s'étonne de voir son personnage, tel Hulk, détruire les quelques éléments du décors destructibles simplement en courant (pierres tombales etc.). Les combats sont exigeants (les ennemis adorent spammer la même attaque pour vous ouvrir le c..) et répétitifs, les ennemis réapparaissent sans arrêt dans les quartiers par lesquels vous serez contraints de revenir plusieurs fois... Enfin, sucer le sang de vos ennemis sert littéralement à que dalle alors que le faire sur des personnages gentils vous octroie tellement d'expérience que soudainement vous vous transformez en One Punch Man. Illogique. En parlant de manque de logique, personne ne soupçonne Jonathan Reid d'être un vampire alors que c'est clairement marqué sur sa tronche.

Nonobstant ces quelques errements, je fus littéralement scotché à ma manette durant une bonne trentaine d'heures, indice important selon moi de la qualité d'un jeu. Les points forts du titre prennent largement le dessus sur les quelques aspects négatifs évoqués au-dessus. L'ambiance est réussie, graphiquement c'est honnête, les dialogues à choix multiples impliquent le joueur, l'aspect action/RPG est bien dosé. Mais c'est véritablement le scénario, et par extension les dilemmes moraux, qui donne toute sa valeur à ce Vampyr. Pour ceux qui recherchent un jeu d'action sur le thème assez rare des vampires avec une histoire qui tient debout, n'hésitez plus. Je recommande.

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