C'est pas pour rien que la patience est une vertu.

Avis sur Virtue's Last Reward sur Nintendo 3DS

Avatar Alex D. Wolf
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Version Nintendo 3DS

Les suites, c'est un exercice difficile. Je ne parle pas des arithmétiques ou des géométriques, ni des séquentielles ou intégrales. Je parle des suites à ces jeux que tu as aimé, même s'ils n'étaient pas parfaits. Ces jeux au concept porteur qui t'ont porté tout du long, dont tu crois avoir fait le tour et dont tu maudis le cliffhanger final autant que tu jubiles à l'idée que, non, c'est pas terminé.

Les suites, c'est parfois des extras ajoutés à des histoires qui n'en avaient pas besoin, ou qui auraient pu s'en passer. Les suites, c'est parfois une façon pour les scénaristes de bâtir un empire à la hauteur de leurs ambitions. Les suites, c'est parfois l'occasion de repérer les maladresses du gameplay et d'y apporter des solutions (ou des contrepoids). Ou alors, c'est juste un découpage pertinent, tu en veux plus ? Tu peux en avoir plus. Ca t'a suffi ? Tu peux t'en contenter.

Oui, j'insiste énormément sur le fait que Virtue's Last Reward est la suite de 999 : Nine Hours, Nine Persons, Nine Doors. Parce qu'autant on peut jouer à ce jeu sans avoir fait le premier volet, autant on ne peut pleinement l'apprécier qu'une fois en possession de toutes les informations disséminées.

A mes yeux, 999 était un visuel novel blindé de défauts assez coriaces : écriture généralement convenable, mais parfois incohérente (les minutes à géométrie variables ou l'absence totale d'ambiance dramatique malgré le point de départ), fonction Skip pas optimisée, personnages à la crédibilité très discutable, énigmes bien trop faciles... Et malgré tout cela, il avait cette âme, cette profondeur qui fait que tu as envie de le faire, de le poursuivre, d'aller jusqu'au bout de l'intrigue. Cet attrait qui fait que les défauts, même les plus rédhibitoires, tardent à te sauter aux yeux ; par contre, vu qu'on est forcé de le faire et de le refaire pour en voir le fin mot, ben inévitablement... Les défauts ne peuvent pas rester cachés indéfiniment. Heureusement que la True Ending parvenait à bien rattraper la sauce.

Virtue's Last Reward corrige ces petites bévues en offrant une jouabilité et une écriture très adaptées à son concept central : les choix et embranchements multiples. Le héros, étudiant sans histoires, va se retrouver mêlé au nouveau Nonary Game, en compagnie de huit autres personnages et compagnons d'infortune. Comme dans le jeu précédent, il est question d'ouvrir la porte 9 pour pouvoir quitter les lieux. Comme dans le jeu précédent, cela implique de passer d'autres portes (basées ici sur le spectre lumineux et non les racines digitales) et résoudre des énigmes. Toutefois, dans la foulée, il va se retrouver aux prises avec la pire machine à faire des coups de pute qui soit : l'Ambidex Game, qui te place face à celui qui t'a jadis aidé dans les énigmes, et alors, tu le vois inévitablement comme un potentiel salopard qui va te trahir pour sortir avant toi. Sans toi.

A divers moments, vous devez choisir une porte et une réponse à ce jeu infect. Cela vous dirige vers une branche du scénario, puis vers une autre bifurcation... Et ainsi de suite, pour un total de 24 fins différentes. Si elles ne sont pas toutes indispensables, vous devrez en voir neuf pour avoir enfin accès la vraie fin du soft. Celle qui va vous chopper, vous briser en deux et vous laisser là où vous l'êtes, comme ça, tellement tout ce que vous croyiez avoir deviné n'était finalement qu'une brindille dans la tempête.

Oui, ça, j'avais du mal à le croire en lisant les critiques. Faut dire, les éloges dithyrambiques sur les scénarii j'ai de plus en plus de mal à les tenir pour acquit depuis quelques menues déceptions (oui, Xenogears, c'est sur toi que je darde mon brûlant regard, sur toi, sur Trials&Tribulations aussi, et sur Soul Hackers pendant qu'on y est). Mais là, ben mon salaud, c'est clairement une réputation pas volée. Ca part parfois un poil trop loin, peut-être, mais finalement, c'est ça qu'est bon : on en a jamais assez, il faut aller plus loin que loin. Si on y réfléchit, même après fait le tour de la Terre à pied, océans et montagnes comprises, on peut très bien continuer à marcher. Il n'y a pas d'autres limites que celles qu'on se fixe, et manifestement, le scénariste ne s'en est pas posé la moindre.

Je garde quand même en tête deux ou trois lacunes qui m'ont légèrement écœuré au cours de ma partie : les graphismes ne sont pas une franche réussite (bon ça, on pardonne, c'est un visual novel pas un blockbuster), les musiques sont très très très quelconques à deux ou trois exceptions près, heureusement qu'on a deux doublages qui frôlent l'un et l'autre la perfection (quoique l'anglais est un peu plus "théâtral" et moins naturel que le japonais, lequel a ma préférence ipso facto) ; le pire restant l'obligation de faire de temps à autres des quasi-retour à la case départ. Résultat, même si je ne refais pas forcément tout depuis le tout début, je vais devoir me retaper pas mal de choses alors que je sais déjà à peu de choses près tout ce qui va se passer, alors je lis une ligne sur deux, puis trois, puis je zappe bêtement, c'est un peu fastidieux. Et enfin, la difficulté du jeu est aussi constante que le cours de la livre sterling. On passe d'une énigme tellement évidente qu'on peut la résoudre sans même découvrir les indices afférents (vécu) à une autre sur laquelle on peut s'arracher les cheveux pendant des jours (vécu !). Quant au mode Easy pour ce genre de cas, lui-même vogue du "joue à ma place" allant jusqu'à dire en toutes lettres ce que vous devez faire, au plus pur "je te dis l'évidence mais je t'apprends que dalle d'utile" (vécu !!! je hais ces putains de fléchettes !). Je n'évoque pas non plus les réponses secrètes, j'en ai trouvé certaines sans le vouloir alors que d'autres, faites chauffer le walkthrough ! En prime, les informations qu'elles procurent sont souvent des tartines de spoilers qui vous font entrevoir les révélations à venir, qui n'en sont que moins percutantes.

J'ai même hésité entre 7 et 8 pour ce jeu parce que, autant la fin ultime (et la compagnie des personnages extrêmement bien construits) rattrape(nt) le tout, autant je me suis occasionnellement bien ennuyé sur ce jeu qui se montrait jusque-là plus intéressant pour ce qu'il raconte (on aborde aussi bien la physique quantique que la science-fiction, la philosophie ou encore le thriller) que pour ce qu'il montre. J'arrondis finalement à l'unité supérieure en adressant une supplique à Spike Chunsoft : s'il doit un jour sortir un chapitre 3, faites qu'il soit à la hauteur. Et faites que, pour une fois, il n'y ait jamais la moindre baisse de régime dans l'intrigue, car c'est bien le point qui fera la différence pour moi.

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