La première et vraie fin de "Yakuza"

Avis sur Yakuza 3 sur PlayStation 3

Avatar Foulcher
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Version PlayStation 3

Premier Yakuza que j’acquis, ce troisième épisode fut néanmoins le troisième que je finis - découvrant à travers lui cette série si particulière et addictive de Sega. Possesseur assez précoce d’une PS3, j’avais découvert par aventure un traiter absolument bluffant et basass du jeu qui figurait alors dans ma liste de jeux les plus attendus bien que je ne sache rien du jeu mis à part sa modélisation parfaite et sa mise en scène bien au dessus de ce qui s faisait en général. Au debut, j’avoue avoir été peu enclin à commencer par le premier épisode daté. Cependant, la première minute du résumé inclus dans le jeu me dissuada de faire l’impasse dessus au risque de le regretter ; heureusement que je suivis mon intuition car Yakuza 3 se savoure très différemment selon ce paramètre. Je dissuade d’ailleurs toute personne voulant sincèrement s’immerger totalement dans la série de commencer par le 3 tout simplement car il est une sorte de «  Parrain 3 » pour Yakuza. A la limite, il vaut mieux commencer par le 4 qui est un nouveau départ.

Venons-en maintenant au jeu que je viens de refaire dans ma revisite de la série en prévision du 6 (je m’y prends un peu tôt sans doute !).
Globalement, Yakuza 3 est un épisode un peu spécial dans la série en tant que dernier représentant connu à ce jour des Yakuza centrés sur Kazuma avec une progression et des scènes « canon » et en même temps premier épisode à faire entrer la série dans un style plus « soap opera ». En sus, il introduit une nouvelle base de gameplay fondé sur le second moteur utilisé jusqu’à Kiwami tout en ayant une situation géographique jamais reprise dans les épisodes suivants.

A ce titre, Yakuza 3 est un peu symboliquement un enterrement (au sens presque littéral, cf. la première scène du jeu) du style des deux premiers Yakuza (qui revivra dans le Zéro, épisode hommage et nouveau point de départ pour les néophytes) vers un style plus décontracté voire « niais » (les guillemets sont là pour atténuer la connotation négative du terme, Yakuza ayant une faculté a finalement réussir à bien faire avaler la pilule). Ce moratoire symbolique fait écho au deuil de Kazuma de sa vie en tant que Yakuza, de son lourd passé, de ses déceptions et de ses proches semblables tous disparus. En guise d’amendement et de recouvrance, Kazuma perpétue héritage de son « père » en reprenant un orphelinat dont on s’occupera une grande partie du jeu.
De cet orphelinat, parlons en : beaucoup de joueurs n'ont pas aimé cette partie mais de mon côte j'ai beaucoup apprécié cette parenthèse douce à Okinawa avec ses paysages urbains ou naturels très dépaysants/reposants (cela a un petit air de Guillin dans Shenmue 2) et ses petites intrigues locales beaucoup plus "rurales" face à ce que l'on a l'habitude de voir à Tokyo. Le lien d'amitié avec la famille Nakahara fera d'ailleurs parti d'un des deux piliers du jeu vaguement complété par le second qui est un fil rouge plutôt oubliable car énorme sur fond de Tojo clan assez désincarné et vide (j'en parlerai plus tard). Même si je ne me suis pas investi à fond dans les quêtes annexes, j'ai bien aimé celles que j'ai faites qui étaient en relation avec de vieilles boutiques, de rumeurs locales ou d'intrigues plutôt légères : d'ailleurs, c'est la première fois où je me suis senti moins à mon aise à Karamucho. Quant à la partie principale, je l'ai trouvée également agréable en ce qu'elle fait vivre à Kazuma des événements du quotidien - certes un peu caricaturaux dans les bons sentiments - avec un traitement malgré tout assez adulte et réconfortant. Ainsi, le jeu achève vraiment de nous faire connaître chaque orphelin ainsi que nos nouveaux amis locaux que l'on découvrira au travers de plusieurs événements partagés. Ainsi, ce troisième épisode emprunte partiellement sa narration aux films de type "tranche de vie" en se focalisant sur une forme de "cercle familial" au sens large.
Mais s'il n'y avait que cela, le jeu serait quand même bien chiant non ?

Et si justement cette partie ne lasse pas, c'est qu'elle s'intègre malgré tout dans un fil rouge beaucoup plus porté sur l'action et donc digne de la série. En effet, ce microcosme ne sera pas épargné par de la castagne - tantôt sérieuse, tantôt second degré - et des intrigues aux proportions démesurées. A ce titre, Yakuza 3 vise d'ailleurs très haut en intégrant une dimension politique et internationale à son intrigue (ici, il va être question de CIA, d'organisations internationales, de ministres, ...) avec des liens bien tordus typiquement japonais. Je ne vais pas aller plus loin en dévoilant l'intrigue mais en gros le petit coin de paradis de Kazuma sera menacé par des projets immobiliers et militaires, obligeant encore une fois notre héros à mouiller la chemise pour son clan avec lequel il entretient une relation de vieil amant lassé mais toujours attaché en tant que père protecteur près à faire le sale boulot malgré une ingratitude chronique de ses anciens acolytes qui aiment essayer de le tabasser. Ceci sera l'occasion d'également renouer avec ses vieilles connaissances dont on découvrira l'évolution.
Au fond donc, Yakuza 3 est une sorte de grand réunion de famille présentant un peu ce que sont devenus les membres - physiques ou administratifs - de notre bonne vieille série avant son nouveau départ : de Date et de son nouveau travail de journaliste en passant par le Tojo Clan épuré de tous ses anciens membres et en proie à une instabilité interne (à ce propos, le jeu s'inspire d'une évolution réelle au Japon du clan majoritaire) jusqu’à de vieux fantômes revenus nous hanter par fan-service (bonjour Lau Ka Long) ou projection, ce qui me pousse à le recommander surtout aux personnes ayant vécu les deux premiers épisodes qui demeurent pour moi - avec le Zero - les seuls "vrais" Yakuza au sens que leur titre occidental sous-entend, les suites relevant plutôt d'histoires vaguement corrélées au banditisme que l'on aperçoit surtout de l'extérieur et non de l'intérieur. Autrement, ce bilan a malgré tout une bonne saveur mais c'est presque un gâchis, surtout que l'on revoit Fuma (son fantôme? :p) dans le jeu, apparition sans intérêt pour toute personne n'ayant pas suivi le jeu.

Cette recommandation tient aussi au fait que l'intrigue principale est vaguement sans intérêt, reprenant la course tri-partie au pouvoir de Yakuza 2 de façon largement moins convaincante que celui-ci. Les Yakuzas sont facilement oubliables tant ils souffrent de la comparaison avec les précédents épisodes en termes de charisme. En sus,la narration donne une impression bizarre de vide", surtout en comparaison avec l'ampleur que le scénario veut se donner. On nous parle de CIA et de grand clan Tojo mais au final on a l'impression d'être dans une petite intrigue de village avec un Tojo Clan peuplé de trois péons anti-charismatiques et une CIA vaguement visible. Même quand on se rend chez un ministre - personnage assez réussi pour le coup mais peu côtoyé - on se retrouve à combattre de façon invraisemblable des adversaires dans un combat misérable aussi bien en termes de mise en scène que de gameplay. Bref, tout ceci ne tient pas, et je ne parle même pas de logique de scénario mais de dissonance entre intention scénaristique et réalité.

Le gameplay d'ailleurs, parlons-en. Je n'avais par forcément fait attention chaque détail cité ici à l'époque, étant beaucoup moins expérimenté dans le système de jeu mais...putain...le système de jeu de Yakuza 3 est une énorme régression par rapport au 2 (régression qui ne sera jamais totalement corrigée d'ailleurs).
D'abord, le système est assez cassé. Dans les deux premiers, si l'on jouait bien on pouvait ne presque jamais se faire toucher. Dans le 3, il y aura toujours des moments pétés où tu ne pourras rien faire et où tu te sentiras injustement puni par le jeu alors que tu ne pouvais rien faire, la faute à une volonté de produire des coups plus spectaculaires mais impossibles à parer. A ce titre, Yakuza 3 qui n'a pas les nouveaux personnages plus adaptés au genre (plus bourrin) s'avère assez désagréable à jouer parfois avec des combats qui durent des plombes et des esquives à répétitions pour des coups qui passent pas toujours de faon prévisible : c'est assez brouillon.
En second, le jeu a transformé pas mal d'actions autrefois à la charge du joueur en heat actions, comprenez actions automatisées. Par exemple, avant on pouvait réaliser des mouvements en live comme attraper quelqu'un en plein vol et le balancer ; ce coup est devenu un heat donc donc interactif alors que ce n'était pas non plus très dur à faire en live ni moins spectaculaire. Ce point est encore plus frustrant dans le 3 qui voit ses heat complètement nerfés et incohérents contre les boss en mode difficile (je n'ai jamais testé le mode normal) : un heat enlève une misère au boss alors qu'un coup normal fait plus mal.
Enfin, le jeu a fait vache maigre sur la mise en scène des boss qui est répétitive et "étrange". En effet, les coups """finaux""" du jeu n'achèvent jamais un combat et sont toujours les mêmes : en gros, vous finirez le boss avec un petit coup et jamais avec les finis ultra-stylés du 2. Ensuite, même contre le boss final les QTE sont répétés inlassablement, de sorte que je ne me souviens que 'un seul QTE cool et drôle dans le jeu contre un boss du début du jeu (Kanda). Peut-être n'avaient-ils pas le temps ou le budget à cause du nouveau moteur et de la popularité finalement assez relative de la série mais ce point est à noter.

Parallèlement à cela, les ajouts de gameplay annexes ne sont pas toujours heureux comme le système de poursuite écœurant et minable balancé partout comme pour le rentabiliser ou les armes trop faibles et friables pour être intéressantes (d'ailleurs elles ne marchent même pas sur le boss). Ces points ont néanmoins peu d'impact sur le jeu et je n'en tiens pas rigueur à Sega qui a tout de même investi dans un moteur assez bluffant pour l'époque (et même aujourd'hui dansles cinématiques) et malgré tout cela proposé une mise en scène cinq étoiles (je ne vais pas revenir là dessus, j'ai déjà parlé dans plusieurs autres critiques des qualités narratives de la série), quelques nouveautés agréables/drôles (les révélations, un très bon golf, ...) et un contenu annexe assez décent. taper sur un jeu de ce calibre serait un manque de respect et serait incohérent vu comment Yakuza survole la quasi-totalité des autres productions semblables sur ses qualités historiques, il ne s'agit ici que d'une comparaison face au reste de la série. le 4 a d'ailleurs prouvé que l'on avait eu raison de ne pas jeter la pierre à SEGA (malgré les coupes qui ne m'ont pas gêné et auxquelles je n'ai même pas fait gaffe, ne visitant pas vraiment les hôtesses) vu le monstre de contenu qu'il fut, suivi de près par le 5 littéralement bourré de quêtes annexes et de villes (trop d'ailleurs mais c’est une autre histoire).

En définitive, j'ai vraiment bien aimé ce Yakuza 3 qui ferme une page de l'histoire de la série avec une intrigue plus intimiste et douce dans un Okinawa drôlement joli et dépaysant. Malgré une impression de "vide" narratif dans la partie "action" du scénario, un format un peu moins ample étant donné la transition technique de la série et une certaine régression au niveau des combats, cet épisode m'aura marqué aussi bien pour ce qu'il représente que pour ses situations assez émouvantes (pas de spoil évidemment). Un épisode mélancolique et reposant que je recommande aux anciens joueurs et qui prend une tout autre saveur quand on y rejoue après avoir fini les épisodes récents,la première vraie fin du chapitre un de la vie de Kazuma et de "Yakuza" dans sa signification première.

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